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Top 14 - Jonathan Best (Grenoble) : "Est-ce toujours le Grenoble que j’ai aimé ? Je ne sais pas… "

Best: "Est-ce toujours le Grenoble que j’ai aimé ? Je ne sais pas… "

Le 04/06/2016 à 12:18

TOP 14 - Le troisième ligne de Grenoble a connu une saison difficile, avec seulement 14 matches de Top 14. Au frigo pendant quatre mois, il revient tout juste dans le groupe, alors que l’équipe n’a plus rien à jouer. A la veille du dernier match de la saison, il se confie sur sa situation, sur ce rugby qu’il ne reconnaît plus, et évoque son avenir.

Comment avez-vous vécu ces quatre mois (27/12/2015-30/04/2016) sans jouer, sans apparaître dans le groupe professionnel ?

Jonathan BEST: Très mal, forcément. Je me suis tapé la Fédérale 1, je suis le seul du groupe à avoir connu ça. J’étais là aussi pendant les années de merde, et quand les choses deviennent belles, je suis comme un con, chez moi, à regarder les copains à la télé ! En plus, la transition a été très dure : j’ai été capitaine en Challenge (contre Agen, le 10 décembre 2015, ndlr), puis plus rien… Le président m’avait pourtant dit que ça tournerait en janvier ! Aujourd’hui, j’ai digéré, je ravale ma fierté et je suis de retour.

Vous avez raté la demi-finale de Coupe d’Europe, contre les Harlequins…

J.B: C’est le jeu du rugby professionnel : on est à la disposition des entraîneurs. J’ai fait ce match à Agen, puis c’était terminé. En carrière, des phases finales, on en vit peu. Même en jeunes, je n’ai jamais connu ça parce que j’ai arrêté entre mes 14 et 19 ans. Maintenant, j’essaye de relativiser : dans cette demie de Coupe d’Europe, il n’y avait pas photo, le FCG était en-dessous. Finalement, c’était peut-être mieux de ne pas le jouer ce match, non ?!

" On m’a fait comprendre que j’étais grande gueule. On m’a longtemps dit que c’était ma force mais aujourd’hui, on vient me dire que c’est un problème pour l’équipe"

Comment expliquez-vous cette mise à l’écart de décembre à avril dernier ?

J.B: On m’a fait comprendre que j’étais grande gueule. On m’a longtemps dit que c’était ma force mais aujourd’hui, on vient me dire que c’est un problème pour l’équipe. Je n’ai pas un parcours classique, pas un physique extraordinaire donc ma force, c’est mon caractère. Il a aussi été question de mon site internet, Le Sport Dauphinois, parce que des informations sur le club fuitaient. J’ai quand même une éthique et mon employeur, c’est le FCG. Heureusement que je ne raconte pas tout ! (Rires)

Le jeu de Grenoble a changé. Est-il possible que votre profil ne corresponde plus au club ?

J.B: Oui, il y a des raisons sportives. Des mecs comme Mahamadou Diaby ont explosé cette année. Mais ma technique individuelle n’est pas dégueulasse non plus : Mahamadou n’est pas forcément plus à l’aise que moi balle en main ! (Rires) J’aime les rucks, j’aime gratter des ballons. Quand il pleut et que tu joues à Oyonnax, il vaut peut-être mieux aligner John Best. Puis, si tous les joueurs avaient le même profil, ce serait chiant !

Jonathan Best contre Limoges en 2008

Jonathan Best contre Limoges en 2008Icon Sport

Vous avez aussi refusé de jouer deuxième ligne…

J.B: Non, ça c’est la communication qu’a choisie le club ! Ça ne me gênait pas de dépanner à ce poste, mais quand les vrais deuxième ligne sont revenus, j’ai préféré laisser la place. Il n’y a que du positif à ça puisqu’aujourd’hui un jeune, Thomas Jolmes, joue ! Actuellement, les deuxième ligne sont des athlètes, ils courent, ils liftent, ils poussent… C’est bien plus exigeant que la troisième ligne. J’aurais préféré qu’on me dise s’il fallait que je joue à ce poste.

Votre relation avec Sylvain Bégon, l’entraîneur des avants viré en décembre dernier, vous a-t-elle pénalisé ?

J.B: J’étais proche de lui, donc je l’ai défendu jusqu’au bout. Fabrice Landreau a fait le tour des joueurs avant de prendre une décision, et de moins en moins avaient envie de continuer avec Sylvain. Maintenant, on entend que Sylvain pourrait revenir dans le club, mais pas avec les pros… En tout cas, je n’ai pas apprécié la brutalité avec laquelle il a été viré. On lui a dit "tu fais tes valises, tu prends tes cartons et tu t’en vas !" Je ne regrette rien : ce n’est pas uniquement ça qui m’a sorti du groupe, même s’il y a peut-être un peu de ça.

" Je suis là depuis 14 ans, j’aurais pu être un lien, pour la transmission"

Vous êtes trop tendre, vous avez trop de cœur pour le rugby actuel…

J.B: Avec tout ce qui se passe dans d’autres clubs, je me dis qu’il est peut-être temps d’arrêter ! Les valeurs s’éteignent à petit feu. Les clubs sont devenues des entreprises : le résultat sportif compte, mais aussi le financier. Le FCG veut continuer à avancer, et en tant qu’entreprise, il a décidé que ce serait sans Jonathan Best. Je suis là depuis 14 ans, j’aurais pu être un lien, pour la transmission.

Il vous reste un an de contrat. Les supporters doivent-ils, malgré tout, se préparer à votre dernier match au Stade des Alpes ?

J.B: On n’est jamais sûr de rien. Lors de la dernière réunion avec Jackman, il m’a fait comprendre que je n’étais pas son premier choix. J’ai toujours voulu faire un seul club dans ma carrière. Quand j’ai émis l’hypothèse de partir, ça a été très dur de me dire que j’allais rater mes adieux. J’aurais rêvé de finir capitaine, en finale de Top14, et de soulever le bouclier !

" Je ne vous cache pas que je préfère aller à l’entraînement, jouer au rugby plutôt que d’aller à l’usine"

Envisagez-vous de rester dans un club qui ne veut plus de vous ?

J.B: Attention, je rejoue quand même ! Certes les clubs sont des entreprises, mais des entreprises qui paient bien. Je ne vous cache pas que je préfère aller à l’entraînement, jouer au rugby plutôt que d’aller à l’usine. Mes parents galèrent depuis 40 ans pour 1 500 euros par mois ; moi, j’ai cette chance de bien gagner ma vie avec ce sport. Ça me permet de préparer ma reconversion. Le réseau qu’offre le club aussi. Et puis, je n’ai pas eu de vraies propositions pour me barrer !

Vous avez donc pensé partir : à Perpignan par exemple ?

J.B: (Rires) Mes tweets ont abouti à la confusion dans la tête des gens. Mes parents viennent de Perpignan, alors si je peux aider Perpignan à retrouver les sommets de la France… Mais en réalité, je n’ai eu aucun contact concret avec l’Usap. Ça me paraît compliqué de me dire que je prends la place de Perez par exemple : moi, ça me ferait chier qu’un joueur comme ça vienne prendre ma place à Grenoble ! Si je ne finis pas à Grenoble, c’est pour Perpignan ou le Pays basque, là où le rugby est viscéral. Sinon, j’ai été dragué par des clubs amateurs, et il faut leur rendre à ce rugby ce qu’il nous a donné ; je viens de là.

Comment allez-vous surmonter la fin de cette belle histoire d’amour avec le FCG ?

J.B: Est-ce que l’histoire est déjà terminée ? Est-ce toujours le Grenoble que j’ai aimé ? Je ne sais pas… Quand je porte ce maillot, j’ai toujours envie de donner le maximum. J’ai été formé dans le club, mais j’ai conscience que ma carrière est derrière moi. Je suis déçu que le FCG ne m’ait rien proposé pour l’après-rugby.

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