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Frédéric Michalak: "Si ça continue comme ça, la France va se retrouver de plus en plus loin..."

Michalak: "Si ça continue comme ça, la France va se retrouver de plus en plus loin..."

Le 18/10/2015 à 09:11Mis à jour Le 18/10/2015 à 13:32

Coupe du monde - Sorti sur blessure dès la 12e minute de jeu face aux All Blacks, Frédéric Michalak (33 ans, 77 sélections) a annoncé sa fin de carrière sous le maillot tricolore. Mais le demi d’ouverture quitte la scène internationale en ayant un regard très alarmiste sur l’avenir du rugby français.

Frédéric, quel est le sentiment qui domine après une telle correction ? L’impuissance ? La honte ?

Frédéric MICHALAK: C’est un bon retour sur la réalité des choses. On est tombé sur la meilleure équipe du monde et en plus de ça, elle nous l'a démontré d’une belle manière pendant 80 minutes. C’est dur parce que ça tombe sur nous. Mais on sent vraiment de l’impuissance face à ce genre d’équipe.

Frédéric Michalak défie Conor Murray lors de France-Irlande - 11 octobre 2015

Frédéric Michalak défie Conor Murray lors de France-Irlande - 11 octobre 2015Icon Sport

La réalité des choses, c’est de dire qu’il y a plusieurs classes d’écart entre vous et ces équipes ?

F.M: Bah oui, là c’est flagrant. C’est plusieurs classes d’écart et un écart qui se creuse de plus en plus au fil des ans avec des petites équipes qui deviennent plus grandes. Si ça continue comme ça, la France va se retrouver de plus en plus loin.

Dans quel état était le vestiaire ?

F.M: C’est compliqué, c’est difficile. C’est une aventure qui a duré assez longtemps et elle se finit pour nous tous de la plus mauvaise des manières. Pour moi aussi. Je pensais terminer ma carrière internationale sur une meilleure note mais bon… le corps ne suit plus.

" Pour moi, c’est la fin. Mon corps ne me suit plus."


C’est la fin de votre carrière en Bleu ?

F.M: Oui, oui. Pour moi, c’est la fin. C’est sûr. Je pense que physiquement, c’est très compliqué de pouvoir tenir le haut niveau en permanence. Mon corps ne me suit plus. C’est triste d’arrêter comme ça. Franchement, je me suis tout imaginé, avec une Coupe entre les mains. Mais je ne me suis pas imaginé sortir comme ça. Voilà, encore une blessure. On va dire que je reviendrai de cette blessure mais je vais me consacrer un peu plus au club et faire moins de match chaque année.

Frédéric Michalak - Ouvreur de l'équipe de France - France-Canada - 1 octobre 2015

Frédéric Michalak - Ouvreur de l'équipe de France - France-Canada - 1 octobre 2015Icon Sport

Qu’est-ce qui a changé pour que l’équipe de France en arrive là ?

F.M: J’ai connu des équipes de France qui gagnaient. Mais on a toujours été dans ce système là. Il y a un écart qui était conséquent à l’époque et qui est encore plus grand aujourd’hui. On se rend compte que l’équipe de France n’est pas forcément mise dans ses meilleures dispositions. On en a pris 60, je ne vais pas trouver d’excuses. Mais, moi qui ai vécu à l’étranger, qui ai vu d’autres choses, je pense que ce fossé va s’agrandir si on ne trouve pas de nouvelles résolutions.

Pendant trois mois, on nous a dit que la préparation physique allait tout changer… C’était de la poudre aux yeux ?

F.M: Non… Au contraire, je pense qu’il y avait enfin ce qui nous permettait d’être prêt physiquement. Malheureusement, quand tu ne fais que défendre et que tu n’arrives pas à bien lancer ton jeu sur les phases de jeu de touches ou de mêlées, et que tu ne tiens pas le ballon parce que tu n’es pas bon dans les rucks, tu peux faire la meilleure préparation physique que tu veux, ce sont des petits détails qui te font défauts. Contre les All Blacks, ça va vite.

" Ce fossé va s’agrandir si on ne trouve pas de nouvelles résolutions."

Vous dressez un constat très alarmant du rugby français. On a l’impression que les joueurs sont complètement délaissés par les dirigeants…

F.M: Je ne pense pas qu’on soit délaissé. Mais il y a un système à revoir. Ça n’excuse pas notre match. On en a pris soixante. On assume. On est là devant vous. Mais j’en parle depuis un moment. Il y a des choses à faire, que toutes les autres nations font mais on est les seuls à ne pas les faire. Il faut se poser gentiment et parler de la manière dont il faut faire grandir cette équipe de France et la faire évoluer parce que d’autres équipes arrivent en force.

Frederic Michalak (XV de France) sort sur blessure face à la Nouvelle-Zélande - le 17 octobre 2015

Frederic Michalak (XV de France) sort sur blessure face à la Nouvelle-Zélande - le 17 octobre 2015Icon Sport

L’équipe de France doit devenir une priorité ?

F.M: Bien sûr. Si on veut permettre aux jeunes qui vont monter sur les années futures de connaître ce haut niveau, il faut qu’ils puissent s’étoffer physiquement, jouer en club, jouer ces grandes nations pour être dans les meilleures dispositions.

Quels ont été les mots de Philippe Saint-André après le match ?

F.M: Il a dit qu’il fallait rester fier malgré tout. C’était une belle aventure pour lui et qu’il n’aurait rien changé de ce qu’il a fait. C’est une triste sortie pour lui comme pour nous tous.

Recueilli par notre envoyé spécial à Cardiff, Vincent PERE-LAHAILLE

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