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Wainiqolo : "Les Fidjiens peuvent même jouer avec une noix de coco"

Wainiqolo : "Les Fidjiens peuvent même jouer avec une noix de coco"
Par Rugbyrama

Le 01/08/2021 à 11:58Mis à jour Le 01/08/2021 à 16:00

JO 2020 - Récemment sacré champion olympique avec les Fidji, le trois-quarts Jiuta Wainiqolo, 22 ans, débarquera à Toulon durant l'été. Au Japon, il a pris part à une aventure ayant mené la sélection à un doublé historique, après la première médaille d'or obtenue en 2016. C'est vêtu d'un débardeur de la délégation britannique, et avec un large sourire, que le Fidjien a répondu à nos questions.

Avec ce doublé, avez-vous l’impression d’avoir vécu quelque chose d’historique pour les Fidji ?

Nous sommes très heureux. Encore plus après ce que l’on a traversé, avec ce Covid-19. Comme d’autres, nous avons dû nous isoler avant Tokyo, former une bulle sanitaire. Cela a été très dur et a demandé beaucoup d’efforts. Par exemple, nous n’avons même pas pu dire au revoir à nos familles lorsque nous sommes revenus d’Australie, où nous étions allés jouer quelques matchs, avant les JO. On a fait tout ça pour ces Jeux et, au final, c’était un réel plaisir pour moi d’y participer. D’autant plus que l’on est reparti avec la médaille d’or. (sourire)

Votre sélection est très attendue lors de chaque tournoi à VII. Est-ce difficile de répondre aux attentes ?

Difficile, ça l’est parfois. Mais nous devons garder en tête que nous jouons pour notre pays, que nous le représentons. Surtout, au moment où nous sommes sur la pelouse, énormément de personnes souffrent de la pandémie aux Fidji… Ce tournoi, on l’a joué pour eux. En plus, je pense vraiment qu’en arrivant à Tokyo, nous n’avions pas grand-chose à perdre.

Et vous avez d’ailleurs plutôt du mal à rentrer dans la compétition, non ?

Affronter l’hôte japonais pour notre premier match, ce n’était pas simple. Ils étaient clairement là pour nous battre. Heureusement, on est quand même parvenus à arracher la victoire.

Pour ensuite remporter le titre. On imagine la joie du peuple fidjien après ça…

Ici, au pays, il y a tant d’émotions ! Il faut savoir qu’en raison du contexte sanitaire, un couvre-feu est en vigueur dès 18 heures. Eh bien, le soir de la finale (avec le décalage horaire, la finale a eu lieu dans les environs de 21 heures aux Fidji N.D.L.R.), de nombreux Fidjiens ont bravé ce couvre-feu pour aller fêter le titre dans les rues ! (rires)

D’autant qu’aux Fidji, on ne compte quasiment que sur le VII pour obtenir une médaille olympique, n’est-ce pas ?

Le VII est très important pour les Fidjiens. Au pays, tout le monde s’attendait à ce que l’on gagne et à ce qu’on ramène un titre. Les gens voulaient revivre ce qu’ils avaient vécu il y a cinq ans, à Rio. Pour eux, cette finale était un peu le moment de l’année.

" En 2016, je m’étais dit : "Je serai aux prochains Jeux olympiques""

Où étiez-vous en 2016, lors du premier titre, à Rio ?

J’étais à la maison, tranquille, assis en face de la télévision, les yeux rivés vers les joueurs. À ce moment-là, je m’étais dit : "Je serai aux prochains Jeux olympiques". Je me l’étais juré. Et après ça, eh bien, j’ai compté les années… jusqu’à aujourd’hui. Le rêve est devenu réalité.

Cette finale, était-ce donc le plus beau moment de votre jeune carrière ?

Vous savez, jouer les Blacks, c’est très particulier. Ils sont très expérimentés et, lorsque j’étais à l’école, pour la plupart, je les regardais déjà jouer. Donc là, c’était assez incroyable de les affronter dans une finale olympique.

Et encore plus incroyable de marquer l’un des plus beaux essais du tournoi ?

Celui-là, je ne l’oublierai jamais. Il va me rester gravé toute ma vie. En plus, c’est vrai que c’est l’un des plus jolis que j’ai eu l’occasion d’inscrire au cours de ma carrière. Au moment où je prends la balle, je ne pense qu’à une chose, c’est contourner toute cette défense néo-zélandaise, et battre mes adversaires.

Avez-vous pu fêter votre victoire ?

Nous sommes actuellement en quarantaine, mais on a hâte d’en sortir pour revoir nos familles, qu’on puisse célébrer tout ça à la maison !

On a parfois l’impression que la sélection fidjienne joue uniquement à l’instinct, au talent. Que travaillez-vous à l’entraînement ?

On est très talentueux ballon en main, et très à l’aise pour faire vivre cette balle sur le terrain. Les entraînements sont donc essentiellement axés sur la technique, sur les offloads et sur l’élimination en un contre un. On fait principalement des exercices de ballon, en fait.

Jerry Tuwai est le seul champion olympique 2021 qui était présent cinq ans plus tôt, à Rio de Janeiro. Comment expliquez-vous la qualité du vivier fidjien ?

Nous naissons avec le rugby. Tous les enfants, dès 4 ans, 5 ans, 6 ans… ils s’intéressent déjà à ce sport, ils peuvent vous nommer tous les joueurs de la sélection de rugby à VII ! Surtout, les Fidjiens jouent quand ils veulent. Même s’il n’y a pas de ballon, ils peuvent pratiquer le rugby avec tout ce qui leur passe sous la main. Une noix de coco, ou une vieille chaussure, n’importe quoi… Ils trouveront toujours un moyen.

Poursuivez…

Vous allez voir, beaucoup d'autres jeunes Fidjiens très talentueux ne vont pas tarder à arriver. Et je pense qu’il y en a pas mal qui sont meilleurs que moi. (sourire)

" Plus jeune, j’étais fan de Semi Radradra. Et aujourd'hui, je joue avec lui ! "

Étiez-vous vous aussi ce genre d’enfant dingue de rugby ?

Alors, moi, je joue au rugby depuis que je suis à l’école. En revanche, je dois dire qu’à l’époque, j’étais un peu plus football. C’est par ce sport que j’ai réellement commencé. Le rugby, je m’y suis vraiment mis plus tard, lorsque j’avais 18 ans !

Aviez-vous un modèle ?

Lorsque j’étais plus jeune, j’étais fan de Semi Radradra. Et aujourd'hui, je joue avec lui ! Je suis si heureux d’avoir pu évoluer avec ce joueur. Et si je pouvais faire équipe avec lui de nouveau, je le serais encore plus…

" Je pense que les Toulonnais ne voyaient pas du tout qui est-ce que j’étais"

Vous rejoindrez Toulon d’ici quelques semaines. Au moment de l'annonce de votre signature pour trois saisons, pensiez-vous être connu des supporters ?

(rires) Non, je pense que les Français et les Toulonnais ne voyaient pas du tout qui est-ce que j’étais. Ils en sauront un peu plus quand je jouerai en Top 14 !

Et maintenant que les Jeux olympiques sont terminés ?

Ah, sûrement un peu plus, en effet ! Il est vrai que certains m’ont découvert grâce à ces JO. D’ailleurs, beaucoup de messages m’ont été envoyés depuis.

Au vu du niveau que vous avez affiché lors du tournoi, vous allez probablement être assez attendu en Top 14...

Personnellement, je ne vois pas ça comme une pression supplémentaire. Je suis simplement excité par l’opportunité qu’on me donne, celle de pouvoir m’entraîner avec de grands professionnels.

En rejoignant la France, vous suivrez un peu les traces de vos coéquipiers à VII, Vilimoni Botitu et Aminiasi Tuimaba, les avez-vous consulté ?

Oui, j’en ai parlé avec Botitu et Tuimaba. Ils sont vraiment très heureux que je les rejoigne en Top 14 ! Moi, j’adore Toulon, c’est l’un des plus grands clubs que je connaisse. Quand j’ai entendu parler de ce club, c’était d’ailleurs grâce à Josua Tuisova. Désormais, je veux vivre ma passion pour le rugby là-bas, tout en m’entraînant encore plus dur. Je veux prouver, montrer au public ce que je vaux.

Propos recueillis par Dorian VIDAL

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