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Toujours en première ligne

Toujours en première ligne

Le 30/08/2018 à 18:45

C’était écrit d’avance, presque cousu de fil blanc. Le décès de Louis Fajfrowski, venu renforcer le climat pesant qui entoure depuis quelques mois le monde du rugby à force d’empiler les commotions et de compter les joueurs contraint de stopper leurs carrières en raison de leur état de santé, a plané sur ce début de compétition.

Première journée de Top 14, premières frayeurs et polémiques. Et toujours les arbitres en première ligne. Laurent Cardona, qui a infligé le carton rouge à Sergio Parisse, s’est trompé. Il le confesse, avec une touchante sincérité, dans l’entretien qu’il nous a accordé. Et tire le signal d’alarme. À juste titre.

Top 14 - Laurent Cardona après avoir donné un carton rouge à Sergio Parisse

Top 14 - Laurent Cardona après avoir donné un carton rouge à Sergio ParisseIcon Sport

De plus en plus, on délègue aux hommes au sifflet de lourdes responsabilités. De quoi faire peser sur leurs épaules une pression dont ils se passeraient bien. "Les arbitres ne sont pas effrayés par ces responsabilités, jure Joël Dumé, le Directeur Technique Nationale de l’Arbitrage français. Il faut vraiment dédramatiser beaucoup de choses. J’entends que les nouvelles mesures vont perturber les arbitres. Je n’y crois pas. En revanche, il y a aujourd’hui un climat ambiant où tout le monde a envie de réécrire les règles, tout le monde parle de la sécurité des joueurs. Pour nous, arbitres, cela ne doit rien changer. La règle reste la règle. Il y a des observables qui sont nettement identifiés et en fonction de ça, les arbitres doivent prendre leur décision."

Ras-le-bol

En amont de la saison, Joël Dumé avait réuni tous ses arbitres de Top 14 et de Pro D2 à Guzet-Neige, dans les Pyrénées. Prendre le grand air avant de plonger en apnée dans un milieu qui les épargne de moins en moins. "Durant ce stage, j’avais prévenu les arbitres de ne pas se laisser emporter par le climat ambiant, reprend Joël Dumé. Nous sommes dans une situation où notre vigilance doit être maximale. En revanche, je lis et j’entends que j’ai réclamé une extrême sévérité aux arbitres, ce n’est pas vrai. Je demande seulement aux arbitres de prendre les bonnes décisions en fonction des observables. Les arbitres savent qu’ils sont surveillés, surtout en début de championnat. Si l’on reprend la décision de Laurent Cardona, l’image du joueur catalan qui part en arrière est impressionnante, la fin du geste de Parisse qui avec son coude repousse le joueur de l’Usap trompe l’arbitre. Il a, je pense, été pris par cette ambiance un peu anxiogène."

Ce genre de dérapage, il le craignait avant le coup d’envoi de la saison, Joël Dumé. Il s’y était préparé. Il n’empêche : le DTN de l’arbitrage en a aussi ras-le-bol des plaintes et autres gémissements contre ses hommes. "Qu’on laisse les arbitres faire leur travail en toute sérénité, clame-t-il. En plus, ce ne sont pas les plus avertis qui contestent. D’ailleurs, j’ai beaucoup apprécié la réaction de Sergio Parisse. Il dit qu’il n’est pas d’accord, mais qu’il respecte la décision de l’arbitre. Dans l’intérêt de tout le monde, il faut vraiment laisser les arbitres faire leur travail sereinement." Et Joël Dumé de conclure, un peu agacé : "Tous les acteurs du jeu doivent prendre leur responsabilité. Je n’ai pas entendu grand monde dire que le plaqueur de Perpignan a eu une attitude terrible. Il plaque en restant droit comme un "I". Peut-être faudrait-il apprendre aux joueurs à plaquer, non ?"

Rugbyrama : Avec quelques jours de recul, comment jugez-vous votre décision d’exclure définitivement Sergio Parisse lors du dernier Usap - Paris ?

Laurent Cardona : Après avoir visionné plusieurs fois l’action, je n’ai pas peur de le dire, je me suis trompé. Le plus mauvais geste technique est commis par le défenseur, Alan Brazo, et pas par Sergio Parisse qui ne cherche effectivement qu’à se défendre. À vitesse réelle et sur les images des écrans géants d’Aimé-Giral, j’avais l’impression que le coude du Parisien avait occasionné les blessures du joueur de Perpignan qui est sorti la bouche en sang. Et finalement, ses deux dents cassées et ses points de suture sont la conséquence d’un choc de sa tête sur l’épaule du troisième ligne italien (après l’impact, le joueur parisien repousse le Catalan de l’avant-bras, N.D.L.R.). L’action est complètement involontaire. Je l’ai d’ailleurs stipulé dans mon rapport à la commission de discipline, et j’ai tenu à appeler Sergio Parisse pour m’expliquer.

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