Icon Sport

Les Bleus, le cas Parra, l'évolution de son métier... Les confidences d'Azéma

Les Bleus, le cas Parra, l'évolution de son métier... Les confidences d'Azéma

Le 07/07/2019 à 18:25Mis à jour Le 08/07/2019 à 13:27

TOP 14 - En vacances en catalogne, Franck Azéma a accepté de se poser un moment, chez "Jeannine à la mer", à Sainte-Marie-la-Mer, mercredi dernier. L’Auvergnat d’adoption nous parle de son métier, de son évolution, de ses convictions. Il revient aussi sur le poste de sélectionneur des Bleus et sur le cas Parra.

Midi Olympique : On vous a quitté sur une finale de Top 14 perdue il y a moins d’un mois. Avec les années, est-on davantage blindé pour digérer cette déconvenue ?

Franck Azéma : Le temps n’y change rien. Ça fait toujours autant de bien quand tu la gagnes, ça fait toujours autant souffrir quand tu la perds. Cette saison aurait pu être exceptionnelle. Elle reste belle, tout de même. Je garde une frustration car il aurait été possible de faire mieux sur la finale, en mettant davantage de pression sur Toulouse. C’est dur mais la chance que vous avez dans le sport, c’est que tout repart à zéro chaque été.

Qu’avez-vous appris de la saison galère 2017-2018 ?

F.A. : Ça a été une année douloureuse mais, quelque part, ce genre de périodes est intéressant dans une carrière car ça te montre comment tu traverses les épreuves : est-ce que tu t’effondres, est-ce que tu as encore la grinta ? C’est révélateur aussi du caractère d’un groupe, d’un club. Ce qu’on essaye de cultiver comme identité, autour de la franchise et de la transparence, c’est ce qui nous a permis de rester solidaires et de pouvoir rebondir derrière. Ça a induit une vraie remise en question. Moi le premier. Je me suis posé plein de questions : est-ce que je laisse suffisamment de place à mes collaborateurs, est-ce qu’ils sont trop exposés, est-ce que ma relation avec les joueurs est la bonne ? Il y a eu un travail énorme du staff médical sur les data, à tous niveaux : le sommeil, la récupération, les voyages, la nutrition… Il n’y avait pas un seul facteur qui pouvait expliquer notre situation. Il fallait trouver comment se protéger. Le retour des joueurs a été important, aussi. Ils sont responsables car ils sont sur le terrain et nous sommes fautifs car c’est notre mission de leur créer les bonnes conditions. Tout le monde a joué le jeu, a dit ce qu’il ne comprenait pas. Les mecs ont demandé une exigence différente sur des points particuliers et nous aussi en retour. Le tout a permis d’établir un nouveau projet.

Avez-vous craint pour votre place ?

F.A. : Non, je n’ai pas eu cette crainte car ça fait partie du métier. À partir du premier jour où j’ai entraîné, j’ai eu conscience que tout pouvait s’arrêter subitement. Ça a été clair. J’ai eu une discussion avec Éric (de Cromières) sur le sujet : si l’équipe n’était pas dans les clous en octobre, une tête allait tomber et c’était la mienne. Ça aurait été normal. Je ne me suis pas mis la pression tous les jours en pensant à ça. Mais je savais que ça pouvait arriver. J’étais bien entouré et, surtout, les gens ont continué de croire en ce qu’on faisait. Au moins, si ça n’avait pas marché, je serais tombé avec mes convictions. À partir de là, il n’y a pas de regrets à avoir.

Comment avez-vous réagi lorsque Bernard Laporte a annoncé que Joe Schmidt et Warren Gatland étaient ses choix prioritaires pour le poste de sélectionneur ?

F.A. : C’est la loi du marché, c’est comme ça. On ne peut pas dire oui aux joueurs étrangers et non aux entraîneurs. C’est la concurrence. Tout ce que l’on peut faire, nous, c’est être bon.

Est-ce une déception de ne pas avoir été choisi ?

F.A. : Je ne vais pas dire que je n’étais pas intéressé. Il y a quatre ans, quand on m’avait posé la question, je ne me sentais pas légitime. Il me fallait faire mes armes en championnat. Il y a un an, quand Bernard Laporte m’avait appelé pour épauler Jacques Brunel, j’étais honoré et intéressé. Mais je n’étais pas dans une situation propice. Le club était en difficulté, je me voyais mal dire : « Désolé les gars, je m’en vais trois mois pour le Tournoi, faites au mieux. » Je ne crois pas en ça. Cette fois encore, la saison passe et je vois que mon nom est évoqué… Les Bleus, j’en avais envie, je ne vais pas mentir. Mais ma vie ne tourne pas autour de cette ambition. Si ça arrive, tant mieux. D’autant plus que je n’ai jamais eu la chance d’être en équipe de France en tant que joueur.

Peut-on revenir sur l’éviction de Morgan Parra, en raison de ses critiques publiques après la débâcle de Twickenham ?

F.A. : Morgan n’aurait pas dû dire ce qu’il a dit dans la presse. Ça aurait dû rester en interne. Il y a un respect à avoir par rapport à l’autorité, à l’entraîneur. Bon, là, il était dans la frustration, c’était à chaud… Voyant que ça ne bougeait pas, peut-être qu’il s’est dit que ça allait provoquer quelque chose, booster l’équipe. Ça s’est retourné contre lui. Même s’il n’a pas assassiné tout le monde, attention. Je ne cautionne pas le fait qu’il l’ait dit publiquement mais je dis aussi que tu ne peux pas avoir que des moutons dans un vestiaire. Morgan, ça reste un leader, un compétiteur. Parfois, il faut accepter d’entendre qu’on n’est pas bons, que ça ne va pas. À un moment donné, il a eu le courage de monter au créneau. Il fallait le sanctionner mais se demander aussi pourquoi il a fait ça, est-ce qu’il était soutenu. Il faut aussi comprendre les choses. Je trouve que ça n’a pas été bien géré. À son retour, j’ai vu que ça l’avait touché.

Camille Lopez, aussi, n’a pas été le même après le Tournoi…

F.A. : Camille a été associé là-dessus. Je ne vois pas ce qu’il a pu dire. Il l’a payé, en tout cas. Il y a la concurrence au poste, aussi. Il faut se blinder par rapport à tout ça. Il a la chance d’être dans le groupe pour la Coupe du monde, à lui de bien se préparer, de rester naturel et de montrer que l’on peut avoir confiance en lui.

La gestion de ces deux cas vous a-t-elle mis en colère ?

F.A. : Oui, parce que j’ai vu mes garçons impactés. Je vis avec eux toute l’année. Morgan, il m’a vu arriver à Clermont, il y a dix ans. C’est mon capitaine. Sa situation ne m’a pas fait plaisir.

Pariez sur le Rugby avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313
Contenus sponsorisés
0
0