XV de France - Fabien Galthié : "Mon staff ? J’ai choisi les meilleurs"

Par Simon Valzer
  • Fabien Galthié, sélectionneur du XV de France, avec Laurent Sempéré, Nicolas Jeanjean et Patrick Arlettaz
    Fabien Galthié, sélectionneur du XV de France, avec Laurent Sempéré, Nicolas Jeanjean et Patrick Arlettaz Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le Mis à jour
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Présent au club de Saint-Gély-Pic-Saint-Loup avec les nouveaux membres de son staff avec qui il s’est « entraîné à entraîner », le sélectionneur Fabien Galthié est revenu sur ses choix pour remodeler son équipe dirigeante. Il évoque également les cas du pilier Uini Atonio, ou celui du jeune Rochelais Hugo Reus, que l’on pourrait bientôt voir en Bleu…

Vous venez de nous présenter vos trois adjoints, Laurent Sempéré, Patrick Arlettaz et Nicolas Jeanjean qui a été promu. Cela ne fait-il pas beaucoup de changements pour un seul staff ?

C’est un turnover qui est plutôt bien maîtrisé. On a travaillé avec un staff pendant quatre ans qui n’a pas bougé, et qui s’est même renforcé au cours du temps. Ce sont des cycles. On aurait pu continuer avec la même équipe mais certains ont choisi de changer d’autres projets, j’en profite d’ailleurs pour les saluer et leur rendre hommage : je salue Laurent Labit et Karim Ghezal qui ont fait un travail extraordinaire avec nous et qui sont partis au Stade français, Thibault Giroud qui est parti à l’UBB, et Philippe Turblin qui reste à Colomiers. Ces rotations sont normales sur le nombre, mais cela a été un challenge pour moi de retrouver des compétences. On va se découvrir. Ce fut une première séquence qui nous a permis de nous projeter sur le troisième jour de la semaine qui précédera le match contre l’Irlande. Cela nous a permis de nous rencontrer dans la matière.

Vous allez aborder le prochain Tournoi sans Antoine Dupont ni Romain Ntamack. Qu’est-ce que cela change dans la projection sur cet évènement ?

Déjà, une pensée pour Romain qui est en train de récupérer de son ligament croisé et qui ne sera pas disponible pour encore un petit moment, et Antoine qui est dans une continuité de projet, celui de basculer sur les Jeux Olympiques et porter le maillot de l’équipe de France à VII. Ils sont des titulaires en puissance dans cette équipe depuis quatre ans. Cela va permettre d’offrir des opportunités à des forts potentiels qui vont monter. Je pense à Matthieu Jalibert bien sûr qui a porté ce maillot au numéro 10 pendant la Coupe du monde, et à la mêlée il y avait "Max" Lucu et Baptiste Couilloud. Il y a d’autres joueurs qui sont potentiellement aptes à entrer dans le projet. On lancera le processus de sélection à partir de la mi-décembre. C’est toujours une opportunité pour nous.

Hugo Reus a le droit, tout le potentiel de penser qu’il peut rentrer dans ce vestiaire

En l’absence de Dupont, qui sera le capitaine ?

On prendra le temps de le choisir avec les leaders, dont Antoine fait partie. On avait géré la même chose au début du mandat avec la blessure de Charles Ollivon : Antoine avait enfilé le brassard. Nous étions partis avec une équipe développement et sans les joueurs premiums en Australie, et Anthony Jelonch avait pris le capitanat. Il y a aussi Greg Alldritt, Julien Marchand et Gaël Fickou qui sont des leaders de cette équipe. On en parlera avec le comité de sélection et cela se fera dans la co-construction.

Pourrait-on imaginer qu’Hugo Reus, de la Rochelle, soit appelé ?

Déjà il faut le féliciter parce qu’il est champion du monde des moins de 20 ans. C’est un exemple, en effet. Je me souviens d’ailleurs que lui et Baptiste Jauneau étaient dans une séance que nous avions menée à Sabres. Hugo Reus était dans le comité d’Aquitaine, quand on s’entraînait à entraîner. Ces deux joueurs, on les avait remarqués et en quatre ans ils ont fait un chemin incroyable. Il a le droit, il a tout le potentiel de penser qu’il peut rentrer dans ce vestiaire.

Il y a quatre ans, vous aviez fait le choix d’écarter des trentenaires. Est-ce que c’est une réflexion que vous menez maintenant ? Des joueurs comme Cyril Baille, Charles Ollivon ou Jonathan Danty arrivent dans cet âge...

On redémarre tout juste, donc toutes les réflexions seront à mener avec le reste du staff. Quand on a démarré il y a quatre ans, l’équipe avait 24 ans de moyenne d’âge et 8 sélections en février 2020. Là, on va redémarrer avec une équipe qui, contre l’Afrique du Sud avait 27 ans et 33 sélections. L’idée c’est de faire mûrir ce groupe, ces joueurs leaders, et voir si les joueurs que vous avez cités sont en capacité de pousser le curseur et d’aller à quatre ans de plus. Je pense que c’est jouable pour la majorité d’entre eux, même si c’est un long chemin, surtout dans le championnat de France et au niveau international. Moi, je veux les accompagner du mieux possible car ce sont des grands joueurs.

Fabien Galthié, entouré de son staff, a même présenté l'analyse vidéo de la tactique qui sera celle des Bleus face à l'Irlande.
Fabien Galthié, entouré de son staff, a même présenté l'analyse vidéo de la tactique qui sera celle des Bleus face à l'Irlande. Midi Olympique - Patrick Derewiany

Repartez-vous d’une feuille blanche ? Si non, que gardez-vous des quatre dernières années ?

Il ne faut rien s’interdire. On a quatre ans de vécu très fort. Il y a encore quelques petites modifications qui n’ont pas encore été travaillées, comme l’arrivée de Laurent, de Patrick, de la montée en compétences de Nicolas, de l’arrivée du Dr Savigny, la présence et la vision que porte Jean-Marc Lhermet. On va construire quelque chose en s’appuyant sur l’expérience de ces 44 matchs, mais il ne faut pas s’interdire de modifier des organisations en ayant identifié des possibilités de progrès.

Le deuil est-il évacué ?

Je vais parler pour moi. Depuis un mois… On a vécu une épreuve, qui est une défaite. On n’a pas atteint notre objectif, notre ambition. On a encore une immense peine, une blessure. Je regarde les joueurs, je les suis. J’ai beaucoup échangé avec eux. Ils sont repartis au combat dans leurs clubs. J’ai trouvé beaucoup de grandeur dans leur posture, beaucoup de courage. On sent bien que ce n’est pas passé. Il faut un travail de cicatrisation. Il faut du temps. Je les regarde s’adresser au grand public, et ils ont une posture magnifique. Mais il va falloir du temps pour eux, et pour nous. Mais le temps va nous permettre de cicatriser tout ça. L’arrivée du nouveau staff, de Jean-Marc (Lhermet) à nos côtés. Cela va nous permettre d’accepter, de dépasser, de transcender. À quand le rebond ? Cela va arriver. Il ne faut pas faire semblant, et les joueurs ne font pas semblant. Ils sont honnêtes, droits, courageux. Il n’y a pas de raison qu’on ne soit pas encore plus forts. Après le temps de la colère, vient le temps de l’ambition. Le temps sera notre allié.

Qu’attendez-vous de vos nouveaux adjoints ?

Je les ai suivis quand il a fallu renouveler les partants. J’ai suivi les options possibles. J’ai pris vraiment le temps pour prendre les décisions, car j’en avais beaucoup. J’ai pris les meilleurs, chacun dans leurs domaines, chacun dans leurs équipes. J’ai ressenti chez eux une grande motivation, une grande force. J’ai senti l’évidence aussi. Leur histoire, leur potentiel, leur talent et leur passion. J’ai vu évoluer Nicolas en six ans dans le staff.

Fabien Galthié entouré de son staff, notamment Patrick Arlettaz et Nicolas Jeanjean.
Fabien Galthié entouré de son staff, notamment Patrick Arlettaz et Nicolas Jeanjean. Midi Olympique - Patrick Derewiany

Les choses se sont faites naturellement. C’est bien qu’il y ait aussi de la promotion interne. On n’est pas à l’abri d’être chassés, je suis très content que les clubs s’intéressent aux coachs de l’équipe de France, cela veut dire qu’on a acquis une valeur, une réputation. Je peux citer l’exemple de Sébastien Piqueronnies, qui était déjà parti des moins de 20 ans pour aller à Pau et ces liens nous relient aux clubs. Le championnat de France nous oblige toujours à nous dépasser.

Le Tournoi approche à grand pas. Le France-Irlande va-t-il vous faire faire la bascule ?

Je dirais le Tournoi dans son ensemble. Le 2 février, bien sûr, est là (il fait un signe en élevant sa main, N.D.L.R.). On sait que c’est l’Irlande et que c’est le Vélodrome, mais je dirais que ce sera le Tournoi dans son ensemble. On en a besoin pour repartir de l’avant. Il nous tarde surtout de retrouver notre public, de refaire communion avec lui. On sent qu’il a envie que l’on se transcende.

Que vous évoque le retour de Bernard Laporte d’un point de vue sportif et d’un point de vue éthique ?

(Il souffle) Je ne me permettrais pas trop de… Sur l’inspiration je dirais que ce sont des choix professionnels. La vie des clubs est mouvante. Bernard Laporte est réputé sur le plan rugbystique, il a eu des résultats avec l’équipe de France et ses différents clubs. Il revient sur le terrain. Ce qui m’inspire, c’est qu’il est toujours passionné. Le rugby français cherche en permanence à faire du mieux possible, donc ce sont des choix. Maintenant, place au jeu.

Fabien Galthié a assuré la séance des moins de 19 ans des Saint-Gély-Pic-Saint-Loup ce vendredi soir.
Fabien Galthié a assuré la séance des moins de 19 ans des Saint-Gély-Pic-Saint-Loup ce vendredi soir. Midi Olympique - Patrick Derewiany

Pouvez-nous confirmer que le pilier Uini Atonio sera avec vous ?

On n’a pas encore partagé sur la sélection, donc difficile d’échanger avec vous sur ça. Vous avez lu qu’il était intéressé pour repartir sur une période avec l’équipe de France. Nous, on va choisir les meilleurs piliers droits. Et parmi les meilleurs piliers droits, Uini Atonio est candidat.

Emmanuel Meafou est sélectionnable. Est-ce une bonne chose ?

C’est une bonne nouvelle, oui. Au vu de ses dernières saisons, pour ne rien cacher… C’est un joueur essentiel au Stade toulousain, un joueur au potentiel reconnu par tout le monde, en Top 14 et en Coupe d’Europe. L’équipe de France, c’est un autre niveau, donc on va voir s’il peut basculer sur le niveau international, mais il est bien parmi les meilleurs deuxième ligne côté droit.

Allez-vous vous appuyer sur les U20 ?

On les connaît bien déjà. Cela fait quatre ans que l’on s’entraîne avec eux. Qu’ils nous aident à nous préparer et qu’on les aide à mûrir. On travaille main dans la main avec la DTN et les entraîneurs. Ils connaissent bien le niveau international. Sur les derniers groupes champions du monde en 2018 et 2019, ils sont nombreux à être venus avec nous. Mais on voit aussi que ce n’est pas si facile que ça de s’imposer en équipe de France. Le chemin n’est pas évident. Il y a la blessure, qui peut ralentir l’éclosion. Ce n’est pas facile de s’imposer en club et en équipe de France après avoir été champion du monde. En tout cas, nous, on compte sur eux.

Est-ce que Raphaël Ibanez sera là et au même poste ? Quelles seront les prérogatives de Jean-Marc Lhermet ?

Jean-Marc ici présent nous accompagne sur cette séance. Il est élu, en charge du haut niveau et responsable des équipes de France. Il porte un projet, une vision politique, économique, et sportive. Le XV de France est l’une des sept équipes qui représentent la FFR. On est sur une co-construction sur la façon dont l’équipe de France va fonctionner sur les quatre années à venir. On a des enjeux majeurs identifiés par la nouvelle gouvernance, et c’est là que Raphaël Ibanez, qui est toujours le manager général de l’équipe de France va voir son rôle évoluer. Il faut le saluer, et saluer son travail pendant quatre ans. Il fait partie du staff qui a eu 80 % de victoires. Le travail a été très bien fait, par Raphaël et par tout le staff. Dans son contrat, ses compétences sont élargies : le travail avec World Rugby avec 17 commissions où la France doit être représentée. C’est un travail important. Le travail avec la Ligue, continuer à développer le lien et la relation avec les clubs, ainsi que la formation. Développer l’esprit bleu, aussi ; l’importer vers les autres équipes de France. Il aura une mission marketing également. Pour résumer, il va avoir des fonctions plus transverses.

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Les commentaires (33)
Fflair Il y a 3 mois Le 25/11/2023 à 21:55

1 seul commentaire:
- Galtier est un des meilleurs entraineurs au monde.
- La France a perdu face à des des joueurs dopés qui ont bénéficié d'un arbitrage truqué.

Arretons de le mettre en cause, il serait plus utile de boycoter les matchs world-rugby.

PatCout Il y a 3 mois Le 25/11/2023 à 19:06

Parler faire, de la politique, ou s'exprimer comme s'il était déjà au Prud'homme, pour ne surtout pas parler de rugby, d'un projet jeu... Qu'on lui paye un coach, un psy, comment voulez vous qu'il libère ses joueurs si lui même ne sort pas de sa camisole de force ? Au fond, il n'est sans doute que le reflet de la maladie endémique du rugby Français : la guerre de clans...

PPC4090 Il y a 3 mois Le 25/11/2023 à 17:50

Les commentaires négatifs m'attristent ; comment dire que cette coupe du Monde a été ratée? il a donné de l'émotion , fédéré une équipe et il a perdu d'un point . Il faut au contraire les encourager et savoir passer au dessus des détails ...bien sûr tout n'est pas parfait mais qui peut prétendre l'étre ?