Carnet noir - Symbole du grand Béziers, international français, Alain Estève nous a quittés

Par Jérôme Prévot
  • Sur ce cliché pris en décembre 2021, Alain Estève était allé à la rencontre des Biterrois pour présenter son autobiographie.
    Sur ce cliché pris en décembre 2021, Alain Estève était allé à la rencontre des Biterrois pour présenter son autobiographie. Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le Mis à jour
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Alain Estève nous a quittés à l'âge de 77 ans. Symbole du grand Béziers, il laisse un immense héritage au rugby français.

On apprend ce mardi qu'Alain Estève nous a quittés à l'âge de 77 ans. "Le géant de Béziers" faisait partie de l'équipe de France du début des années 1970. En vingt sélections avec le XV de France, il a réussi à remporter le Tournoi des Cinq Nations en 1973. Surtout, il a incarné la domination biterroise sur le rugby hexagonal dans ces années 1970, avec huit titres de champion de France entre 1971 et 1981.

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\ud83d\udda4 L’ASBH a la douleur de vous faire part de la disparition d’Alain Estève (77 ans) des suites d’une longue maladie.

Au peuple Biterrois et à l’ensemble du monde du rugby, Alain Estève manquera terriblement.

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— ASBH Officiel (@ASBHOfficiel) November 7, 2023

En milieu de journée, l'ASBH a communiqué sur cette tragique nouvelle : "Le Grand est mort. L'ASBH a la douleur de vous faire part de la disparition d'Alain Estève des suites d'une longue maladie. Au peuple biterrois et à l'ensemble du monde du rugby, Alain Estève manquera terriblement." Et a rappelé que le Sunday Times "le classait récemment à la deuxième place des "joueurs français les plus effrayants de tous les temps"".

Il joua l'ogre dans "Le petit Poucet"!

On touche ici au mythe. Oui, Alain Estève n’était pas un joueur comme les autres. Il est parti avec cette aura extraordinaire et sulfureuse. Celle d’un colosse comme on en avait rarement vu avant lui : il fut le premier international à 2 mètres. Mais sa dimension ne se calculait pas seulement en centimètres et en kilogrammes. Alain Estève avait le pouvoir… de faire peur. Il était impressionnant comme peu de joueurs l’ont été avant lui et le cinéma lui demanda d’ailleurs d’incarner l’ogre dans une adaptation du Petit Poucet.

Inutile de dire que sur un terrain, avec l’AS Béziers, il savait se faire respecter, c’est le moins qu’on puisse dire, avec quelques coups de tête quand il le fallait agrémentés d’un regard noir et de paroles biens senties. Il fut huit fois champion de France et « seulement » vingt fois international. Il en aurait mérité quarante ou cinquante, aujourd’hui, il en aurait cent. Avec le recul, on s’est toujours étonné qu’il n’ait pas fait partie de l’aventure du Grand Chelem 1977. Mais il passait pour difficile à gérer, comme quelques Biterrois de l’époque qui se sentaient mieux chez eux que sous un autre maillot.

La rudesse, oui ! Le talent, assurément

On a souvent résumé Alain Estève à ce rôle de spadassin, redresseur de torts, protecteur des jeunes débutants de l’ASB et expert dans l’art de « dégonfler » l’adversaire. Mais les journalistes expérimentés nous ont appris une chose, comme un rite de passage entre le camp du grand public et celui des vrais connaisseurs du jeu : Estève, c’était d’abord un formidable joueur de rugby. Il était rapide, adroit, intelligent dans le jeu.

Il faut revoir le match Angleterre-France de 1975 et le premier essai d’Alain Guilbert, la finale du Du-Manoir de 1973 perdue contre Narbonne, mais une de ses passes n’aurait pas été reniée par André Boniface ou Jo Maso. Il faut revoir aussi la finale de 1974 contre Narbonne et l’essai de l'Audois François Sangalli. Le centre à la Peter Pan conclut une chevauchée fantastique, mais Alain Estève replacé troisième ligne malgré son quintal, le suit, le frôle et l’empêche d’aller entre les poteaux.

Il reste dans nos mémoires comme l’un des surdoués du rugby tricolore. Mais son talent fut noyé par sa légende, son apparence, son caractère parfois difficile, son passé marqué par une enfance misérable, puis plus tard, par son attirance pour le monde de la nuit. Il a tenu plusieurs boîtes de nuit et connut des déboires judiciaires. Il avait été amené au rugby par ...Walter Spanghero, qui l’avait croisé par hasard et l’avait fait signer à Narbonne. Mais Alain Estève avait fini par se sentir en conflit avec la fratrie de Bram et il avait mis le cap à l’Est, à Béziers. Raoul Barrière le façonna comme on polit un diamant, et pourtant les deux hommes se quittèrent sur un conflit en 1978.

D’Alain Estève, on retient enfin l’épisode fameux de la finale 1971 et la blessure aux côtes d’André Herrero. Que de polémiques et de controverses au sujet de cet événement. Un épisode inscrit dans la légende du rugby français et sur lequel Midi Olympique avait longuement enquêté, à l'été 2021Le Biterrois fut accusé d’un sournois coup de pompe qu’il a toujours démenti et qui finit d’écrire sa légende noire et son emprise sur ses futurs adversaires et coéquipiers.

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Les commentaires (23)
Pasglop Il y a 3 mois Le 08/11/2023 à 07:01

Article en mode "les morts sont tous des braves types". Difficile sans doute d'écrire autre chose quand un gars vient juste de partir, mais quand on connaît le type en question et ce qu'il a fait après sa carrière sportive ...

SponSFP Il y a 3 mois Le 08/11/2023 à 01:01

Grand joueur c'est vrai mais homme terrible à ne pas croiser dans ses mauvais moments où il était capable de presque tout. Je me souviens de ferias et fêtes de Béziers où il valait mieux éviter de le croiser... Le grand Estèves c'était ça aussi. Ce qui explique le peu de sélections et le fait qu'aujourd'hui il serait incompatible avec le rugby moderne... et je n' en dirai pas plus ce soir...

BOUNTY07 Il y a 3 mois Le 08/11/2023 à 00:41

lors du 1° test en 1971 en Afrique du sud (défaite du XV de France 22/9 à Blomfontein) sur une charge du terrible 2° ligne Frik DU Preez (une légende en afrique du sud)il l'avait pris a deux mains (l'une au torse et l'autre par la ceinture du short le retourna tel un poireau et le planta tete la première sur le terrain qui n'était que de la terre. le public en était abasourdi. coté francais un pack lourd Iracabal Yachvili Azaret Claude Spanghero et Este et Biémouret Dauga et Walter Spanghero avant aile. Coté Boks la fabuleruse 3°ligne : Ellis Tommy Bedford Piet Greyling DU Preeze et John Williams en 2°ligne et enfin Sauermann Van Vick et Hannes Mrais le formidable pilier blond en 1° ligne. Le XV de France prit saz revanche en arrachant le match nul 8/8 a Durban huit jour plus tard avec un fantastique drop de 45 mètres du regretté Jack Cantoni un autre biterrois.