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Urios : "Je n'ai pas su être inspirant"

Urios : "Je n'ai pas su être inspirant"

Le 22/06/2022 à 18:13Mis à jour Le 22/06/2022 à 19:01

TOP 14 - Christophe Urios a fait le bilan de la saison, sur tous les plans et s’est projeté sur la saison prochaine, fait très important après les tangages de ses dernières semaines.

On peut penser ce qu’on veut de Christophe Urios, mais peu d’entraîneurs auraient ainsi parlé pendant une heure et quart pour faire un bilan de la saison, avec chiffres, graphiques et citations à l’appui (Sénèque, Georges Clémenceau, Michael Jordan, Antoine de Rivarol). Professionnel et méticuleux jusqu’au bout, le manageur de l’UBB est revenu sur ce parcours plutôt brillant de l’UBB, demi-finaliste du Top 14, mais traversé de trous d’air assez brutaux. Il s’est aussi clairement projeté sur la saison prochaine, programme de préparation détaillé à la clé, coupant court à toutes les interrogations sur son avenir, après les tensions de début juin qui ont fait tant couler d’encre.

"Nous avons fini la saison très déçus. C’est étonnant car le début a été marqué par une montée en puissance, mais les mois de novembre et de décembre n’ont pas été bons. Avec le Covid en plus, le confinement et les matchs reportés nous n’avons pas bien travaillé. On a ensuite traversé une période de blessures en février, mars, avril et nous n’avons pas su réenclencher la dynamique. Nous nous sommes retrouvés comme si on démarrait une autre saison, tant sur le plan physique que sur la cohésion et sur notre rugby. Au final, ça a donné une saison réussie, mais pas optimisée. J’en suis responsable, je n’ai pas su être inspirant."

Pourquoi tant de blessures ?

Christophe Urios a insisté sur cette épidémie de blessures, véritable point nodal de l’exercice 2021-22. Cette série de forfaits et de rechutes posent question au manager bordelais qui avouait en chercher les raisons. "Nous nous sommes retrouvés à douze ou quinze à l’entraînement. Nous sommes allés à Clermont alors que nous avions vingt-deux absents. Je n’avais jamais vu autant de blessures en vingt ans. Et surtout, ces dernières années, nous en avions peu, six ou sept en moyenne par semaine. Il y a bien quelque chose qui n’ a pas marché, que nous avons mal fait ou qui a changé. Nous avons commencé à isoler certaines choses."

" Personne n’a parlé du niveau de jeu de Cameron et de Matthieu"

Christophe Urios n’a pas voulu revenir longuement sur la polémique et les bisbilles qu’il a vécues avec ses deux internationaux, Cameron Woki et Matthieu Jalibert. Il y a quand même fait allusion : "Il y a eu des tensions, mais elles sont normales... Et c'est dommage que personne n'ait évoqué certains points. J'ai soulevé des choses, en pointant du doigt Mathieu et Cameron. J'aurais pu le faire avec d'autres. Je regrette qu'au lieu de s'occuper d'un problème entre mon groupe et moi, que certains (médias) ne fassent pas le point sur le niveau de jeu de Mathieu et Cameron. On a juste vu uniquement le problème entre Urios et Jalibert et Woki. Je comprends, mais était-ce le cœur du problème ? Je ne vais rien dire de plus car je me suis fait allumer pendant une semaine. Les observateurs se sont plutôt préoccupés de savoir si Urios avait perdu son vestiaire... Je regrette que personne n'ait analysé pourquoi j'avais fait ces déclarations."

Visiblement la défaite à Perpignan du 5 juin (22-15) a profondément marqué Christophe Urios. Elle a symbolisé les limites mentales de son équipe : "Je ne comprends pas pourquoi nous avons fait ce non-match à l’USAP. Ça reste ma plus grosse déception depuis que je suis à Bordeaux alors que nous avions les meilleurs sur le terrain. Après, il y a eu cet orage, je l’ai déclenché volontairement, c’était la seule façon de pouvoir réagir. J’en ai suffisamment parlé."

Le manager ne cherchait aucune excuse à la défaite face à Montpellier en demi-finale. "Les meilleurs ont gagné, pas de problème, on s’est fait casser la gueule. Je n’ai pas de regrets. Mais regardez chaque joueur ce jour-là. Vous me direz s’il a joué à son meilleur niveau ; j’ai ma petite idée. Ça reste du gâchis quand on voit qu’il reste en lice Castres, Montpellier, UBB en demi-finale… Je ne suis pas sûr que ça se reproduira dans les quinze ans qui viennent… Je ne dis pas que nous ne sens pas champions avec un tableau plus dur... Mais cette saison, il y avait une vraie opportunité."

Le manageur a poursuivi sa démonstration qui visait à détailler les lacunes de son équipe. "Nous ne faisons pas ce qu’on dit. Je dois travailler au leadership de l’équipe. On doit faire mieux. Le leadership n’est pas assez précis sur les onze mois de l’année. A la fin de saison, plusieurs joueurs se sont engagés : Max Lucu, François Trinh-Duc et Louis Picamoles mais deux sur trois ne seront plus là l’an prochain. Il nous manque des combattants dans cette équipe. Nous n’avons pas la culture de la gagne. Les joueurs comprennent-ils ce que ça veut dire ? En fait, ça devient philosophique, moi en fait, c’est surtout la défaite que je hais. Je déteste perdre. Il faut aussi savoir vivre avec l’inconfort de la pression de celui qui veut avancer. Et j’ai découvert que nous n’étions pas à l’aise avec l’inconfort. Les équipes de haut niveau savent vivre ces moments-là."

Mais le manageur bordelais a aussi battu sa coulpe à plusieurs reprises : "Dans cette période délicate (novembre-décembre, NDLR) je n’ai pas été bon, j’avais le nez dans le guidon. Probablement aussi que, quand il y a eu de belles victoires, car il y en a eu. Nous aurions pu les fêter pour absorber la pression. Et ça, je sais le faire, c’est facile pour moi. Je ne l’ai pas fait, et ce fut une erreur."

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