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Toulon : l'improbable casse-tête du numéro 10

Toulon : l'improbable casse-tête du numéro 10

Le 20/02/2021 à 11:30Mis à jour Le 20/02/2021 à 11:43

TOP 14 - Privé de ses quatre ouvreurs "habituels" tout au long du mois de février, le staff du RCT n'a eu d'autre choix de se réinventer. S'ils n'ont pas connu la réussite escomptée contre La Rochelle, les Varois se voient offrir une nouvelle occasion de trouver des solutions contre Pau. Julien Dupuy, l'entraîneur des trois-quarts, nous aide à comprendre la problématique du staff varois.

Alors qu'ils réalisaient une première partie de saison des plus encourageantes, et s'étaient invités dans la course aux deux premières places du Top14, aux côtés de La Rochelle et du Stade toulousain, les Toulonnais ont pris de plein fouet le Tournoi des 6 Nations. Comme n'importe quel autre club de Top14, direz-vous ? Sans le moindre doute, à la différence que le RCT est l'équipe la plus impactée par la compétition. En effet, si quatre Lyonnais et autant Montpelliérains, Rochelais et Toulousains figurent dans la dernière liste de Fabien Galthié, ce ne sont pas moins de sept Toulonnais qui seront présents à Marcoussis dès dimanche. "On sait ce qu'on est capables de faire, mais quand il vous manque quinze joueurs, on est comme toutes les équipes... Aujourd'hui on est l'équipe la plus impactée par le nombre de joueurs sélectionnés en équipe de France, alors je n'ose pas imaginer combien ils vont nous en prendre si un jour nous sommes leaders du championnat.", ironisait Patrice Collazo en conférence de presse, jeudi.

"Est-ce que c'était un cadeau d'offrir sa première à Domon face aux trois-quarts de La Rochelle ? Je ne suis pas convaincu"

Sauf que s'ils ont dû apprendre à composer sans une quinzaine de joueurs ces dernières semaines, c'est évidemment la problématique des ouvreurs qui a le plus perturbé la préparation toulonnaise à la veille d'affronter La Rochelle. Vous dîtes ? Anthony Belleau blessé au genou, Louis Carbonel et Baptiste Serin appelés en sélection, et Duncan Paia'aua suspendu jusqu'au 27 février (soit contre La Rochelle, Pau et Bayonne), Patrice Collazo et Julien Dupuy n'ont eu d'autre choix que de devoir re-dessiner un système offensif sans ouvreur de métier. À moins de donner sa chance à un joueur du centre de formation ? "On a un jeune, Marius Domon, qui s'entraîne avec nous depuis deux semaines, mais est-ce que c'était un cadeau de lui offrir sa première face à la très belle ligne de trois-quarts de La Rochelle ? Je ne suis pas convaincu.", nous expliquait l'entraîneur des trois-quarts varois en début de semaine.

"Il ne faut donc pas qu'on perde de vue qu'il faut jouer au rugby, engager des choses"

Alors, le staff varois a dû sortir du chapeau une idée. Et la solution envisagée face aux Maritimes a été de donner les clés de l'attaque à Isaia Toeava et Ma'a Nonu, qui alternaient tour à tour entre l'ouverture et le poste de centre. Mais pourquoi ne pas avoir confié la responsabilité au seul Toeava, qui avait endossé ce rôle plus tôt dans la saison ? "Nous avions également besoin d'Ice sur les extérieurs. C'est quelqu'un qui met un peu plus de vitesse que Ma'a, qui arrive très bien à faire jouer les autres, à s'engager, alors on le voulait plutôt en 13 contre La Rochelle. On voulait que Ma'a fasse jouer autour de lui, et qu'Ice finisse les coups sur l'extérieur." De quoi imaginer une orgie de jeu, au profit d'une gestion forcément compliquée quand on n'a que trop rarement évolué avec le numéro 10 dans le dos ? Sauf que face aux Jaune et Noir, les deux champions du monde ont parfois semblé manquer d'automatisme dans le rôle de chef d'orchestre. Et s'ils ont trouvé certaines solutions dans le jeu courant, et sont parvenus à breaker la meilleure défense du championnat, les deux Néo-Zélandais ont certainement manqué d'audace, s'évertuant à donner de maladroits coups de grolles dans le ballon, alors qu'ils donnaient du fil à retordre aux Rochelais à chaque fois qu'ils jouaient à la main. "Contre La Rochelle, nous avons été hyper timides, peu entreprenants. Peut-être qu'on s'est dit qu'on n'avait pas de 10, qu'on ne pouvait pas sortir par le pied ? Pourtant en deuxième mi-temps, nous sommes parvenus à se créer des occasions. Il ne faut donc pas qu'on perde de vue qu'il faut jouer au rugby, engager des choses. On sait très bien qu'on n'a pas de 10, mais cela n'empêche pas de continuer à progresser en équipe. Il faut trouver des solutions : cessons d'être frileux, timides, neutres."

"Quand on met Ma'a ou Ice, c'est pour faire jouer les autres, pas pour gérer le jeu"

À vouloir jouer comme de véritables ouvreurs, alors même qu'ils n'ont pas l'habitude d'être positionnés en premier attaquant, Toeava et Nonu ont donc peut-être oublié de faire confiance à leur instinct. "Évidemment qu'un 10 de métier nous a manqué, mais est-ce que ça nous empêche d'aller de l'avant ? Quand on met Ma'a et Ice en 10, on sait très bien que ce ne sont pas des mecs qui vont gérer le match, mais on sait aussi qu'ils peuvent amener de la vitesse au jeu et savent faire jouer les autres. Ils le font au centre, pourquoi ne pas le faire en 10 ? Je trouve que nous nous sommes cachés derrière le fait de ne pas avoir d'ouvreur de métier, poursuivait l'entraîneur des arrières varois. On manquait de pied, mais on ne l'a pas découvert pendant le match ! La Rochelle a gagné 800 mètres au pied, et nous 322, évidemment que c'est un manque, mais nous aurions pu jouer au rugby quand même. Quand on met Ma'a ou Ice, c'est pour faire jouer les autres, pas pour gérer le jeu. On a eu une explication avec eux. Il ne faut pas qu'on se cache derrière cela, qu'on se recroqueville, sinon on va se mettre en difficulté."

"Ma'a et Ice sont deux grands joueurs, mais ils ont appris quelque chose ce week-end"

Après avoir payé pour apprendre contre La Rochelle, les Toulonnais vont désormais devoir réagir lors de leur déplacement à la Section paloise et de la réception de Bayonne, pour lesquels ils seront à nouveau privés de leurs quatres ouvreurs. « Le plus important, c'est de savoir comment Ma'a et Ice ont vécu cette rencontre face à la meilleure défense du championnat. Ce sont deux grands joueurs, qui ont gagné beaucoup de titres, mais ils ont appris quelque chose ce week-end. Ensuite on va échanger, s'organiser et trouver des solutions. » Mais alors, quelles solutions s'offrent désormais au RCT ? Lancer Marius Domon, voire Frederick Du Plessis, deux Espoirs qui se sont entraînés cette semaine avec le groupe ? Redonner sa chance au duo Toeava/Nonu, et accepter de donner l'entière responsabilité des sorties de camp dans le champ profond à Sonatane Takulua ou Anthony Méric, les deux demis de mêlée ? Demander aux deux Néo-Zélandais de continuer à sortir par le pied en position d'ouvreur, alors même qu'ils sont peu habitués à subir la pression rentrante qui incombe au poste ? Attendre des deux champions du monde qu'ils dictent le tempo et relancent tous les ballons à la main ? Ou alors tenter de se donner de l'air avec des jeux au pied de la part des centres ou de l'arrière, un peu plus éloignés de la pression du premier rideau défensif ? Le staff varois a en tout cas du pain sur la planche, et sait que ces deux rencontres doivent leur permettre de maintenir le navire RCT à flot, en attendant le retour des internationaux. « C'est compliqué, mais ce sont ces périodes qui comptent en fin de saison. Pour aller en phases finales, il faut avoir vécu ce genre de choses qui renforcent le groupe. Désormais, on va serrer les dents jusqu'à ce que tout le monde rentre. », concluait l'ancien international français, bien conscient qu'il est indispensable pour le RCT de limiter la casse durant cette drôle de période, avant de se tourner définitivement vers une fin de saison qui s'annonce bien plus réjouissante, une fois que les ouvreurs auront retrouvé leur costume frappé du muguet.

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