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"Tao", dernier du nom : portrait de Donovan Taofifenua

"Tao", dernier du nom : portrait de Donovan Taofifenua
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 12/01/2021 à 10:02Mis à jour Le 12/01/2021 à 11:43

Auteur d’un début de saison fracassant, le jeune ailier Racingman de 21ans fait parti des meilleurs marqueurs d’essais du Top 14 et est l'appelé surprise du Tournoi des Six Nations. Aux origines du phénomène, il est une famille comme il en existe peu...

Donovan Taofifenua est né à Grenoble, où son père Jean-Jacques, talonneur du FCG au début des années 2000, faisait parler la poudre. Au cœur d’un pack de mammouths, le pater familias était en première ligne entouré de Sylvain Marconnet et Petru Balan, un Roumain au torse de catcheur. à Grenoble, Jean-Jacques luttait en famille et, derrière lui, le Calédonien Lyonel Vaytanaki et son grand frère, Willy "Tao", géniteur de Sébastien et Romain, le préservaient de tout incident. "Avec Willy en deuxième barre, a coutume de dire Jean-Jacques, j’avais des yeux derrière la tête. Je pouvais distribuer sereinement".

C’est donc au fil des périples de son père que l’actuel attaquant du Racing 92 a commencé le rugby à Mouguerre (Pyrénées-Atlantiques), à une époque où Jean-Jacques défendait les couleurs de l’Aviron bayonnais. "Mon fils est né avec un ballon dans les mains. Pour ma récup, j’avais un circuit, non loin d’Urcuit, dans la campagne basque : à 5 ans, Donovan le faisait déjà en footing avec moi. » Sans blague. "Que voulez-vous que je vous dise ? Il rêvait de faire carrière comme nous l’avions fait, Willy et moi." Jean-Jacques marque une pause, se marre, reprend : "Donovan est très calme, très doux. Il tient ça de sa mère. Mais j’espère qu’il vieillira comme moi et son oncle (Willy). Car c’est aussi ça, le rugby !"

Il rivalise avec Tuisova et Kolbe

Il s’est passé mille choses, dans la vie du dernier "Tao", depuis cet après-midi d’automne où il enfila ses premiers crampons : le pôle Espoirs d’Ussel, l’académie de Clermont cinq ans durant, un titre de champion du monde acquis avec les Bleuets au printemps 2019 et, plus près de nous, un début de saison hallucinant. Dans les Hauts-de-Seine, le jeune homme (21 ans) enchaîne les feuilles de match (onze depuis le début de saison) dans un fond du terrain francilien comptant pourtant quelques pépites, Teddy Thomas, Simon Zebo, Louis Dupichot, Kurtley Beale, Juan Imhoff ou Dorian Laborde en faisant tous partie. Taofifenua ? Ce sont des pattes incroyables, une attraction évidente pour l’en-but adverse, six essais en Top 14, deux en Champions Cup et une récente convocation à Marcoussis, où il put découvrir à l’automne les contours de la méthode Galthié. "Il marche bien, poursuit Jean-Jacques. Vous avez vu le cad’deb’qu’il a mis à Raka la semaine dernière ? S’il avait marqué, il aurait dépassé Kolbe et Tuisova au nombre d’essais !" Pas mal, en effet. « Le petit me dit que Juan Imhoff l’a pris sous son aile, au Racing. Il le conseille beaucoup, trouve que leurs jeux se ressemblent. Donovan n’aurait pu rêver meilleur guide. » Au Racing, "Tao" n’a donc eu besoin que de quelques semaines pour marquer les esprits. "Sa lecture de jeu est excellente, raconte Mike Prendergast, le boss des trois-quarts franciliens.

Et s’il marque autant, ce n’est pas un hasard : il est toujours bien placé." Laurent Travers, le patron sportif, va plus loin : "Il ne perd jamais le ballon au contact, c’est son point fort : il est toujours possible de jouer derrière lui. S’il continue de «matcher» à l’aile comme il le fait, il aura un jour sa chance à l’arrière."

Les raisons de son départ de l’ASMCA

Concernant "Tao", issu de la génération des Carbonel, Gros, Joseph ou Lebel, la question qui hante certains supporters clermontois est la suivante : comment un tel joueur a-t-il pu quitter l’Auvergne au printemps dernier ? Bertrand Rioux, le directeur du centre de formation de l’ASMCA, livre sa version des faits : "Ma vision est la suivante : à l’automne 2019, Alivereti Raka et Damian Penaud sont tous deux partis en Coupe du monde. À ce moment-là, Donovan n’a pas eu beaucoup de temps de jeu, pour des raisons que j’ignore. Le club lui a néanmoins proposé un contrat. De son côté, il a peut-être senti qu’on ne lui faisait pas suffisamment confiance." Il suspend sa phrase, poursuit : "Je ne connais pas la teneur exacte de son contrat du Racing mais ils ont dû se montrer généreux. Ça a dû peser, aussi.

Quelques mois plus tard, nous n’avons aucune aigreur par rapport à cette situation : Donovan est un chouette môme, il a fait son choix et on lui souhaite tout le bonheur du monde." Sur la même thématique, Jean-Jacques Taofifenua enchaîne : "Le choix de partir, il l’a fait tout seul. Il a souffert, il en a pleuré mais il a assumé, de bout en bout. […] Clermont, c’était son club mais là-bas, son manager (Franck Azéma) lui disait toujours : "Il y a trop de concurrence, Donovan". Mon fils ne comprenait pas pourquoi on ne le laissait jamais prouver quoi que ce soit sur le terrain, ne serait-ce que sur une fin de match. D’autant plus qu’il sortait d’un très bon championnat du monde avec les moins de 20 ans. Donovan m’a souvent parlé de ça. Ça l’a à la fois perturbé et réveillé." Alors ? "Laurent Travers m’a un jour appelé, ajoute Jean-Jacques. Puis Yannick Nyanga est arrivé : le directeur sportif du Racing lui a dit qu’il le suivait depuis trois ans. Ce discours lui a plu."

Un arbre généalogique ahurissant

Dans les faits, Donovan Taofifenua, qui s’apprête à se lancer dans un Master de commerce, est enfin le dernier rejeton d’une lignée exceptionnelle, d’un capital génétique comme il en existe que très peu dans le monde. Jean-Jacques, aujourd’hui entraîneur de Trélissac (Fédérale 1) aux côtés de Benjamin Bagate, retrace pour nous l’arbre généalogique en question : "Tout ça est bizarre… Il doit y avoir quelque chose de différent, dans notre sang… Filimo (troisième ligne de l’Aviron bayonnais) est le fils de mon frère Jean-Claude. Sébastien et Romain (Toulon) sont les gamins de mon autre frangin, Willy. Yann David ? C’est aussi la famille : sa mère est une cousine de mon père. Quant à Yoram Moefana, son arrière-grand-mère n’est autre que la sœur de mon arrière-grand-père." Il se dit, chez les "Tao", que le petit frère de Donovan possède, en plus des cannes du Racingman, l’esprit querelleur du pater. On nous le présente quand ?

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