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TOP 14 - Rugby d'ailleurs - Christian Njewel : "Combattre, puis boire un coup : un sport d'hommes"

Njewel : "Se livrer un combat, puis boire un coup ensemble... ça, c'est un sport d'hommes"
Par Rugbyrama

Le 19/10/2017 à 13:30Mis à jour Le 19/10/2017 à 13:54

TOP 14 - Rugby d'ailleurs - Nouvel article de notre série consacrée aux joueurs issus de pays où le rugby est assez méconnu. Découverte de ce sport à 18 ans, recrutement par Lyon puis transfert à Oyonnax, voici le parcours du Camerounais Christian Njewel.

Christian Njewel, où et quand avez-vous découvert le rugby ?

Christian Njewel : Au Cameroun, à 18 ans. Je jouais au basket avant. Des copains à moi jouaient au rugby, ils m'ont dit de venir voir un entraînement. Tout de suite, j'ai trouvé ce sport très intéressant : les contacts, le côté physique, la cohésion d'équipe, tout cela m'a plu.

Et vos premières sensations sur un terrain de rugby ?

C.N. : Mes premières impressions, c'est que c'était un sport rude, mais sans embrouille. Après l'entraînement, les joueurs restaient tous ensemble, j'ai immédiatement apprécié cet état d'esprit. Pour être honnête, lors du premier entraînement, je ne comprenais rien aux règles, c'était compliqué. L'entraîneur comptait sur ma taille et m'avait identifié comme une cible en touche mais je n'étais pas gainé... c'était une catastrophe.

" L'entraîneur m'a dit : 'T'es costaud donc on te donne le ballon, tu avances et tu ne fais pas de passe'"

Après les premiers entraînements, les premiers matches ?

C.N. : Quand j'ai disputé mon premier match, l'entraîneur m'a dit : "T'es costaud donc on te donne le ballon, tu avances et tu ne fais pas de passe". Même sur touche, il ne voulait pas que je dévie pour le neuf, on faisait des ballons portés. Après le premier match, j'avais mal partout. Mais j'ai trouvé fantastique l'esprit de la troisième mi-temps, l'idée que les joueurs se livrent un vrai combat sur le terrain puis boivent un coup tous ensemble après. C'est là que je me suis dit que j'y retournerai et que c'était un vrai sport d'hommes. À l'époque, je continuais quand même à jouer au basket à côté, ça m'a aidé pour le rugby, notamment en ce qui concerne la dextérité, les passes, ou même le jump pour la touche.

Jusqu'au jour où vous avez été repéré par des recruteurs français ?

C.N. : Oui, il y a eu un tournoi organisé au Cameroun, ça faisait seulement 2-3 mois que je jouais. Michael Steve m'a repéré là-bas, pendant le tournoi. Il m'a demandé si ça m'intéressait de venir jouer en France, ce qui m'avait donné une motivation supplémentaire. Un dirigeant camerounais connaissait quelqu'un au CO aussi, ils étaient très intéressés et ils étaient les premiers à vouloir me faire venir mais je n'avais pas pu avoir le visa. Ensuite c'est le LOU qui a fait des efforts pour me faire venir et ça a marché.

D'un ou deux entraînement(s) par semaine à... deux ou trois par jour

Donc vous arrivez à Lyon à 19 ans, comment s'est passé votre intégration ?

C.N. : À mon arrivée à Lyon, j'ai pu compter sur William Diabou, un pilier camerounais qui jouait à l'ASVEL. C'était pas très loin donc on se voyait très souvent. Il connaissait aussi Stéphane Véré, le directeur du centre de formation du LOU. Stéphane m'a beaucoup soutenu quand je me demandais si je n'avais pas fait une erreur. L'hiver surtout, c'était très compliqué. Mais il m'a toujours énormément encouragé, il n'arrêtait pas de me dire : "Je crois en toi, tu vas réussir". Et puis j'ai aussi reçu le soutien de certains joueurs qui sont venus se présenter lorsque je suis arrivé. Adamou Gambo, un autre joueur camerounais formé à Castres était prêté à Oyonnax et venait souvent me voir à Lyon. Sans eux, je n'y serais pas arrivé. Si j'ai réussi à devenir professionnel, ils y sont pour beaucoup. J'étais arrivé dans un pays où je ne connaissais rien ni personne et ils me comprenaient donc ils m'ont aidé, que ce soit au niveau de la culture ou... de tout en fait !

Lionel Nallet et Christian Njewel (LOU) - PRO D2, mai 2014

Lionel Nallet et Christian Njewel (LOU) - PRO D2, mai 2014Getty Images

Est-ce que vous avez été surpris par le niveau en arrivant en France ?

C.N. : Au Cameroun, nous nous entraînions une à deux fois par semaine. Au LOU, je suis arrivé à 19 ans donc j'ai joué en Reichel (-21 ans) lors de ma première année. Je n'allais pas intégrer l'équipe Espoirs comme ça. Et bien sûr que j'ai été surpris par le niveau, on s'entraînait jusqu'à trois fois par jour parfois. Je n'avais évidemment jamais connu un rythmer pareil, c'était difficile.

À ce moment là, vous pensiez faire carrière ?

C.N. : À cette époque, non, je ne savais pas encore si j'allais pouvoir en faire un métier. Je me disais même que je pouvais peut-être encore retourner au basket, je pensais vraiment pas pouvoir en faire une carrière.

" Nous avons la possibilité de construire une belle équipe (du Cameroun) mais il faut que les instances dirigeantes suivent."

Votre premier match en professionnel, vous vous en souvenez ?

C.N. : Lors de ma deuxième année avec les Espoirs, j'ai commené à faire des entraînements avec l'équipe première, qui était en Pro D2. On jouait encore au stade Vuillermet à l'époque. L'année suivante, j'ai commencé à jouer en Top 14, puisque le LOU était monté. Mon premier match, c'était à Mayol contre Toulon, en challenge européen. C'était un match très compliqué mais une bonne expérience.

Vous avez également eu l'occasion de défendre les couleurs de votre pays?

C.N. : J'ai aussi joué en sélection au début mais la fédération ne fonctionne pas bien. Cela fait quelques années que l'on n'arrive pas à participer aux compétitions internationales. La fédération et le ministère camerounais ne parviennent pas à trouver de terrain d'entente... Donc on ne peut pas mettre d'équipe en place. C'est dommage parce qu'il y a beaucoup de joueurs camerounais qui jouent en France, à un bon niveau, que ce soit en Pro D2 ou en Fédérale 1. Nous avons la possibilité de construire une belle équipe mais il faut que les instances dirigeantes suivent.

Vous êtes encore jeune (27 ans) mais est-ce que vous avez déjà commencé à réfléchir à votre après-carrière ?

C.N. : C'est vrai que l'après-carrière n'est pas pour tout de suite mais j'y pense quand même. La fédération camerounaise de rugby a besoin qu'une nouvelle génération arrive et fasse bouger les choses. Aujourd'hui, ils n'ont pas les compétences. Il n'y a aucune éducation rugbystique au Cameroun. Il faut que des formations soient mises en place pour que tout ça devienne un peu plus professionnel. Donc pourquoi pas (sic) travailler pour la fédération quand j'arrêterai de jouer. Cela fait partie de mes projets, même si on n'en est pas encore là. Ce qui est sûr, c'est que j'ai envie de transmettre, de partager ce que j'ai appris avec les jeunes joueurs camerounais. Et puis j'ai commencé le rugby là-bas, j'aimerais bien finir là-bas aussi, boucler la boucle.

Avez-vous déjà débuté des démarches en ce sens ?

C.N. : Je rentre déjà au Cameroun chaque année pendant les trêves et je parle de mon expérience. Mais avant de penser à l'après-carrière, la priorité est de maintenir Oyonnax en Top 14 cette saison, avant, pourquoi pas, de viser un peu plus haut l'année prochaine. Je suis très content à Oyonnax, j'ai la confiance des entraîneurs et du président.

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