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Top 14 - Jean-Baptiste Poux (Bordeaux-Bègles) : "Je suis allé au bout du bout"

Poux : "Je suis allé au bout du bout"

Le 10/11/2016 à 10:27Mis à jour Le 10/11/2016 à 12:51

TOP 14 - Rare médiatiquement, Jean-Baptiste Poux, pilier vétéran peu utilisé par l'UBB, vit sa dernière saison de joueur sans amertume, fier de son parcours, et avec l'envie de rendre tout ce que le rugby lui a apporté.

Une seule feuille de match contre le Stade Français après dix journées. Comment vivez-vous cette saison ?

Jean-Baptiste POUX : Cette saison, je joue beaucoup moins. Déjà l'an dernier, je commençais à moins jouer donc je savais bien en resignant une saison de plus, on m'avait averti, que je n'allais pas trop jouer, que j'étais là pour dépanner. Je me suis fait une raison. Je sais qu'à 37 ans, c'est souvent ce rôle là qu'on a.

Dans ces cas-là, on attend la Tournée d'automne et le départ des internationaux avec impatience pour retrouver le terrain ?

J-B.P. : Non. Je suis concentré surtout à ne pas louper d'entraînement, à rester concentré durant la semaine. J'ai eu la chance de ne pas être confronté durant ma carrière à ce type de situation. J'ai énormément joué, j'ai toujours été dans le groupe, remplaçant ou titulaire, donc c'est une situation au début qui est bizarre mais il faut se forcer à s'entraîner, à faire le travail physique, à rester en condition pour préparer un match si on fait appel à nous.

Jean-Baptiste Poux (Bordeaux-Bègles)

Jean-Baptiste Poux (Bordeaux-Bègles)Icon Sport

" Les jeunes sont préparés à ce rugby-là, moi j'étais préparé à celui des années 90"

Est-ce qu'on a besoin de jouer pour être performant le week-end ? Vous allez enchainer trois matches d'un coup en novembre...

J-B.P. : Oui, il faut jouer. L'idéal, c'est quand même d'enchainer les matches, c'est là où on est le meilleur. Si on ne ne fait que s'entraîner, que du travail physique, même de qualité, ça ne remplace pas les matches.

Sans faire offense à votre âge, quand vous voyez ces jeunes piliers à votre place, ça vous laisse quel sentiment ?

J-B.P. : Le rugby a bien changé. J'en parlais avec certains, à l'époque, on touchait beaucoup moins de ballons au poste de pilier. Il y avait moins de phases de rucks, on était vraiment concentré sur la mêlée, les lifts en touche, une bonne défense. Maintenant, c'est beaucoup de zones d'affrontement, avec le ballon, beaucoup plus de plaquages. C'est devenu beaucoup plus intense au niveau physique. Quand je regarde nos matches il y a quinze ans et ceux d'aujourd'hui, c'est différent. Les jeunes sont préparés à ce rugby-là, moi j'étais préparé à celui des années 90. Ils sont beaucoup mieux préparés que moi à leur âge, physiquement ils sont vraiment au point, cela n'a rien à voir, ils sont beaucoup plus encadrés que nous. On ne peut pas comparer les générations. Moi, j'ai eu la chance de connaitre ces deux rugbys, il a évolué comme dans tous les sports.

Votre expérience vous sert aujourd'hui dans le rugby des années 2010 ?

J-B.P. : Oui ça me sert mais physiquement, c'est plus dur quand tu as 37 ans que quand tu en as 25. L'expérience au niveau de la mêlée me sert tout le temps mais au niveau de l'intensité, je ne peux pas me comparer à gauche avec "Jeff" (Poirot), Sébastien (Taofifenua) ou Steven (Kitshoff), des joueurs de grande qualité qui sont en pleine possession de leurs moyens physiques. J'essaye d'apporter mon expérience et d'être toujours positif. Après, quand on a 37 ans, on n'a plus du tout le même rôle qu'à 25. Là, j'accompagne et j'essaye de donner le maximum quand on fait appel à moi.

Jean-Baptiste Poux avec le XV de France en 2002

Jean-Baptiste Poux avec le XV de France en 2002AFP

" Au niveau de la mêlée, quand on demande mon avis, je le donne mais c'est davantage un échange qui s'établit entre un jeune et un ancien, je ne suis pas un donneur de leçons"

Vous avez un rôle d'éducateur, de référent vis-à-vis de la nouvelle génération ?

J-B.P. : S'il y a un joueur qui vient me demander des conseils, c'est avec plaisir que je lui en donne. Après je ne suis pas le Père Castor à raconter des grandes histoires à tout le monde, ce n'est pas mon caractère. Au niveau de la mêlée, quand on demande mon avis, je le donne mais c'est davantage un échange qui s'établit entre un jeune et un ancien, je ne suis pas un donneur de leçons.

C'est donc votre dernière saison ? Comment l'appréhendez-vous ?

J-B.P. : Oui, c'est la dernière. Tant que je peux jouer et prendre du plaisir sur le terrain, je continue, je ne me pose pas réellement de questions mais c'est sûr que ça va être un changement de vie. Je ne me prends pas trop la tête la dessus, j'essaye de vivre mes derniers moments de joueur, d'en profiter au maximum. Je ne me projette trop pas sur l'avenir, le moment où ça va s'arrêter. J'essaye d'aller au bout de mon aventure.

Vous avez réfléchi à l'après ?

J-B.P. : J'ai quelques pistes mais il n'y a rien de bien clair. La Norvège (le pays de sa femme), la France, je vais être flexible.

La Norvège recherche peut-être un entraîneur pour ses avants ?

J-B.P. : (sourire) Le niveau n'est pas le même qu'ici. Mais quelque que soit le niveau de pratique, l'esprit reste le même. C'est ça qui me plait avant tout. Je suis venu au rugby pour cet esprit collectif, ce travail d'équipe qui me plait. L'équipe de Norvège, c'est du niveau Fédérale à Fédérale 3, il y a beaucoup expatriés qui y jouent, beaucoup d'amateurs. Les gens se paient les déplacements, ils s'achètent tout, il n'y a pas de compensation financière pour les joueurs, c'est avant tout le plaisir de se retrouver et de garder un contact. C'est la passion du sport de rugby, il n'y a pas de contraintes.

Jean-Baptiste Poux lors de la finale de la Coupe du monde 2011, Nouvelle-Zélande-France

Jean-Baptiste Poux lors de la finale de la Coupe du monde 2011, Nouvelle-Zélande-FranceIcon Sport

" J'ai joué tous les matches que j'ai rêvé de jouer : j'ai fait le Grand Chelem et une finale de Coupe du monde"

Entraîner est une option pour vous ?

J-B.P. : Oui, je me verrais bien entraîner. J'ai commencé depuis la saison dernière à m'occuper de la mêlée des U18 de l'UBB. Transmettre, c'est intéressant mais ce n'est pas parce que l'on a fait une carrière de joueur qu'on va forcément être un bon entraîneur. Il faut apprendre beaucoup de choses, dans de nombreux domaines.

Quand vous regardez derrière vous, trois Coupes du monde, de nombreux titres. C'est une fierté ?

J-B.P. : Oui, c'est une fierté. Le palmarès, j'en suis fier. Avec Narbonne, j'ai fait une finale de Challenge Européen (2001) et en onze saisons avec Toulouse, j'ai fait dix finales. On a marqué une génération, quand tu fais du sport, la fierté est de marquer collectivement ou individuellement ton sport. J'ai joué tous les matches que j'ai rêvé de jouer : j'ai fait le Grand Chelem et une finale de Coupe du monde. Je pourrai dire que j'ai été au bout du bout et que j'ai donné le meilleur de moi-même dans un collectif. Cela va faire des bons souvenirs pour la suite.

Vous avez des regrets ?

J-B.P. : Ah non, car j'ai donné le maximum. C'est sûr je ne fais pas 1,90 m et 140 kilos, mais par rapport à mon physique, je suis allé au bout du bout. Je n'ai pas de regrets, je pourrai passer à autre chose en ayant la sensation d'avoir tout donné dans ce sport qui est avant tout une passion.

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