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"Ce jour va rester dans les mémoires" : Gorgadze revient sur l'exploit de la Géorgie

"Ce jour va rester dans les mémoires" : Gorgadze revient sur l'exploit de la Géorgie

Le 22/11/2022 à 15:20Mis à jour Le 23/11/2022 à 09:11

TEST-MATCH – La Géorgie a créé l'exploit du week-end en s'imposant pour la première fois de son histoire au pays de Galles (12-13). Quelques jours plus tard, le troisième ligne de la Section paloise, Beka Gorgadze, revient avec émotions sur ce moment historique pour tout un pays.

Quelques jours après votre exploit au pays de Galles, que ressentez-vous ?

C'était difficile d'y croire, même si au fil du match, nous sentions que nous étions capables de le faire. Et puis quand l'arbitre a sifflé, il y a eu une effusion de joie ! Il y a quelques années, c'était un rêve de jouer à Cardiff, alors y gagner... C'est difficile à réaliser, de trouver les mots, c'est juste incroyable ! Nous n'avions jamais vécu ça. Déjà cet été, c'était incroyable de battre l'Italie (victoire 28-19, NDLR). C'était notre première fois face à une grande nation du rugby.

On vous sent encore touché...

Nous jouons au rugby pour vivre ces moments-là. Ce sont des émotions qui vont profondément nous unir. Ce sont des souvenirs gravés en nous, qu'on pourra raconter à nos enfants. Après la victoire contre l'Italie, ce sont deux pages de notre histoire écrite sur une seule année. C'est énorme pour nous, joueurs, mais aussi pour nos familles, et tout notre pays. On fait parler de nous partout dans le monde du rugby. Ce n'est que du bonheur !

Parlez-nous de cette troisième mi-temps qui a dû être de qualité ?

Ufff (rires) ! Toute l'équipe est restée ensemble jusqu'à une heure du matin. Certains joueurs ont dû partir puisqu'ils avaient leur avion dans la nuit. On a voulu faire une soirée mémorable... On va dire qu'on a assuré la troisième mi-temps (rires).

Revenons sur le match. Vous étiez menés après un doublé de Jac Morgan (12-3, 24e) mais vous n'avez rien lâché ?

Honnêtement, on prend deux essais coup sur coup sur deux petites erreurs, car avant cela nous contrôlions bien le match. Nous savions que nous aurions des opportunités et on s'était préparé pour gagner. On y croyait à fond, nous n'avions que la victoire en tête, même si nous savions que c'était compliqué de gagner à Cardiff, mais c'est grâce à ça que nous y sommes arrivés. Si on avait lâché après les deux essais encaissés, nous n'aurions jamais pu gagner ce match, et nous aurions même pu perdre sur un score large... Mais nous sommes restés solidaires, notamment sur une séquence défensive en fin de première mi-temps. Les Gallois n'avaient d'autre solution que de nous rendre le ballon au pied.

Quel a été le discours à la mi-temps ?

À la mi-temps, malgré le 12-3, rien n'était terminé. On s'est dit qu'il fallait marquer rapidement pour rester dans le match. Et c'est ce qu'on a fait avec cet essai (par Alexander Todua à la 59e minute, NDLR). L'impact du banc, notamment en mêlée, nous a permis de reprendre le dessus et c'est ce qui nous a permis de l'emporter. On a pu les mettre à la faute en mêlée pour récolter des pénalités, pour aller jouer chez eux et marquer. Ce n'est que du bonheur, et je n'ai pas encore les mots (rires) !

Votre mêlée a encore fait des misères...

C'était énorme. Ça fait très longtemps que les personnes parlent de notre mêlée mais depuis quelque temps, elle était moins conquérante. Depuis cet été, nous avons retrouvé cette domination qui fait notre force. C'était déjà le cas contre l'Italie.

Même si vous marquez sur une belle combinaison derrière...

Il n'y a pas que la mêlée qui nous fait gagner... Il y a aussi ce jeu au pied de Tedo (Abzhandadze, ouvreur de Montauban, NDLR) sur l'essai, et cette dernière pénalité pas évidente pour un jeune joueur qui vient d'entrer sans trop d'expérience (Luka Matkava, 21 ans, disputait là son deuxième match avec les Lelos, NDLR). Nous avons tous assumé notre rôle et c'est grâce à ça que nous l'avons emporté.

La Géorgie a souvent été associée à la mêlée, mais depuis quelque temps vos trois-quarts prouvent qu'ils ont du talent !

C'est ce qui nous a permis de franchir un cap. Déjà contre l'Italie, nous avions fait notre job devant, mais derrière nos trois-quarts, avec Davit (Niniashvili, arrière de Lyon) ou encore Tedo, contre-attaquaient sur chaque ballon. Nous avons vraiment une équipe complète, à chaque poste. C'est ce qui fait la différence avec le passé. Avec notre progression en mêlée, et le talent derrière, on voit la différence (sourire)... Il y a vraiment du niveau partout maintenant !

On suppose que vous avez dû recevoir bon nombre de messages après le match...

Énormément ! On joue au rugby pour nous, pour l'équipe, mais surtout pour notre pays. Quand tout ne va pas très bien au pays, la seule chose que l'on peut faire, c'est leur amener cette dose de bonheur. Notre objectif est de rendre nos compatriotes fiers et heureux ! Les gens se sont rassemblés pour regarder le match ensemble en Géorgie. J'ai cru comprendre que c'était bien la folie aussi !

Test-match : La Géorgie célèbre son exploit historique au pays de Galles.

Test-match : La Géorgie célèbre son exploit historique au pays de Galles.Icon Sport

Après l'Italie cet été, vous avez battu une nouvelle équipe du Tier-1 et vous relancez une nouvelle fois le débat autour de la place de la Géorgie dans le Tournoi des 6 Nations ?

Avant cet été, les gens disaient que l'on gagnait chaque année le Tournoi des 6 Nations B, etc. Mais il ne faut pas parler que de ça. Aujourd'hui, on a battu l'Italie puis le pays de Galles et nous avons toqué aux portes, même si je sais que ça ne va pas changer tout de suite. Maintenant notre rêve, c'est de jouer au plus haut niveau ! Et si on y arrive, on aura accompli une mission quasi impossible. On peut regarder vers le haut.

Vous retrouverez les Gallois lors du Mondial l'année prochaine. Avez-vous pris un ascendant psychologique ?

L'année prochaine, ce sera tout autre chose. La Coupe du monde, c'est unique, c'est un contexte spécial, assez particulier. Mais nous savons maintenant que nous en sommes capables, qu'on l'a déjà fait. On sera en confiance, même si attention tous les matchs seront difficiles. Il faut viser très haut. L'équipe se sait attendue donc ce sera très très dur. Ce sera « one shot » tous les week-ends... On doit rester humbles car rien n'est fait. Oui on a marqué l'histoire, mais ce n'est pas pour ça que nous devons nous arrêter de jouer, de progresser.

" Quand j'ai commencé le rugby, nous étions quatre dans mon groupe... Aujourd'hui, ils sont 100 ou 200 enfants. "

Le Portugal s'est également qualifié vendredi dernier et se retrouvera dans votre poule. Est-ce un avantage de bien les connaître ?

C'est un adversaire que nous avons du mal à jouer. On déjoue souvent face aux Portugais comme cet hiver où nous avons fait match nul en Géorgie (23-23, NDLR)... Forcément, on aura un gros viseur sur nous. Pour eux, ce sera un match à gagner absolument. Il n'y a pas un match facile à la Coupe du monde. Mais on les connaît par cœur et on sait comment jouer contre eux...

Cette victoire face au pays de Galles va-t-elle encore permettre de développer le rugby en Géorgie ?

Absolument. La dernière révolution dans le rugby géorgien a eu lieu en 2015 quand les Lelos ont remporté deux matchs de la Coupe du monde. Ça a permis aux gens de changer de vision sur notre sport. Quand j'ai commencé le rugby, nous étions quatre dans mon groupe... Aujourd'hui, ils sont 100 ou 200 enfants. C'est ça qui nous fait progresser et qui pousse tout le pays à se développer. Je suis certain que notre résultat aura un impact sur les générations futures.

Pour conclure, que voulez-vous retenir de cette victoire historique ?

Je retiendrai toute cette semaine et le samedi 19 novembre en particulier. Ce jour va rester dans les mémoires de notre équipe et de notre pays... On a écrit une page de l'histoire. Maintenant il faut faire en sorte que ce livre soit le plus gros possible...

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