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Rugby à XIII : les joueuses transgenres interdites de matchs internationaux, Caroline Layt témoigne

Rugby à XIII : les joueuses transgenres interdites de matchs internationaux, Caroline Layt témoigne
Par AFP

Le 22/06/2022 à 11:42Mis à jour

RUGBY A XIII - La fédération internationale du rugby à XIII a annoncé dans un communiqué ce mardi que "les joueuses passées de sexe masculin à féminin (transsexuelles) ne peuvent pas participer aux matchs internationaux de rugby féminin". Caroline Layt, ancienne joueuse ayant fait sa transition en cours de carrière réagit à cette interdiction qu'elle voit comme une "punition".

"En gros, ce qu'ils disent c'est: "Nous ne voulons pas de vous" : Caroline Layt, ancienne joueuse transgenre, dénonce avec virulence la décision de la Fédération internationale de rugby à XIII (Irlande) d'interdire aux transgenres de participer à des matchs internationaux, qu'elle voit comme une "punition".

L'ancienne sportive de 56 ans, aujourd'hui journaliste et militante, craint qu'une telle décision ne conduise à une mise au ban des sportifs transgenres. "Nous sommes punis pour notre transition (...) En gros, ce qu'ils disent, c'est: "Nous ne voulons pas de vous", a-t-elle estimé dans un entretien à l'AFP.

Layt a joué au rugby en temps qu'homme puis en tant que femme après sa transition, un processus de trois ans impliquant des hormones et finalement une intervention chirurgicale effectuée en 1998, alors qu'elle avait plus de 30 ans. Elle a ensuite joué à haut-niveau dans des équipes féminines, notamment en représentant la Nouvelle-Galles du Sud, ne révélant son statut de transgenre qu'en 2005. Une décision qui a changé les perceptions à son égard et que certains lui ont fait payer cher.

"Moins que rien"

"Je suis soudain devenue une moins que rien", a-t-elle expliqué dans un entretien à l'AFP, dénonçant la mise à l'écart dont elle a été victime. Une discrimination et une hostilité qui est même allée jusqu'à des violences physiques à son encontre de la part de certains de ses coéquipières lors d'un entraînement en 2005, puis l'année suivante sur le terrain par des adversaires. "Certaines se sont depuis excusées auprès de moi, (...) j'ai apprécié ce geste", a déclaré Layt. Mais "d'autres n'ont pas changé d'avis et d'attitude à mon sujet et ne le feront sans doute jamais", a-t-elle ajouté.

L'ancienne sportive a rejeté l'argument selon lequel les transgenres auraient nécessairement un avantage physiologique sur les autres sportives: "Nous ne sommes pas tous de la même taille, du même poids, du même gabarit", a-t-elle argumenté, demandant aux instances sportives de se prononcer au cas par cas.

Mardi, l'IRL a annoncé que "les joueuses passées de sexe masculin à féminin (transsexuelles) ne peuvent pas participer aux matchs internationaux de rugby féminin", expliquant avoir besoin de consultations et de recherches supplémentaires pour finaliser une nouvelle politique pour 2023 et invoquant un "risque juridique, pour la réputation et le bien-être" du jeu et des joueurs.

"Nous sommes des être humains"

Pour Layt, cette décision, qui intervient deux jours après celle de la Fédération internationale de natation (Fina) qui veut faire concourir les transgenres dans une catégorie à part et donc les exclure de fait de la catégorie féminine, est "vraiment décevante".

L'IRL "saute dans un train en marche", a-t-elle regretté, alors que le président de World Athletics Sebastian Coe a indiqué lundi que sur ces questions, il entendait privilégier l'"équité" par rapport à l'"inclusion". "Nous sommes des êtres humains, nous avons des sentiments, et nous avons l'impression d'être montrés du doigt", a martelé Layt. "Ils ne semblent pas comprendre le fait que pour nous c'est inhérent, le fait de se sentir femme fait partie de nous dès le plus jeune âge", a-t-elle expliqué.

Layt avait raconté précédemment que dès l'âge de trois-quatre ans, elle avait eu le sentiment que c'était "mal" pour elle d'être un homme, demandant même à son père: "Pourquoi je ne peux pas être une fille, pourquoi je ne peux pas être jolie ?".

Et si des jeunes transgenres venaient lui demander aujourd'hui des conseils pour jouer au rugby ? "Je leur dirais de se cacher. Ou d'aller jouer dans un sport qui est inclusif", a-t-elle reconnu.

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