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France - Nouvelle-Zélande - Soyons réalistes : exigeons l’impossible

Soyons réalistes : exigeons l’impossible

Le 16/10/2015 à 23:45Mis à jour Le 17/10/2015 à 23:08

COUPE DU MONDE - Le XV de France s'apprête à défier la Nouvelle-Zélande, samedi soir à Cardiff, en quart de finale. Une victoire constituerait un immense exploit doublé d'une colossale surprise. Car rien, sur ce tournoi comme sur ces quatre dernières années, n'incite à l'optimisme pour l'équipe de Philippe Saint-André.

On peut survivre à tout, sauf à la mort, disait Oscar Wilde. Depuis quatre ans, l'équipe de France de Philippe Saint-André a survécu à beaucoup de choses. La preuve, elle est encore là. Elle a survécu à des résultats oscillant entre le moyen, le très moyen et le franchement médiocre. En quatre Tournois des 6 nations, elle a échoué par trois fois à la quatrième place et une fois à la 6e et dernière.

A l'échelle historique, c'est un fiasco sans précédent. Jamais, depuis le passage à 6 nations, les Bleus n'avaient terminé à la dernière place sous Laporte et Lièvremont, les deux prédécesseurs de PSA. Pire, jamais, depuis les années 1920, le XV de France n'avait passé quatre années consécutives sans voir le podium du Tournoi. Le bilan de l'actuel sélectionneur est édifiant.

PSA n'aura donc jamais réussi à emmener la France sur le poidum du Tournoi

PSA n'aura donc jamais réussi à emmener la France sur le poidum du TournoiIcon Sport

5 victoires en 26 matches face aux nations phares

Et encore, les Bleus ont signé la quasi-totalité de leurs succès face à l'Ecosse et l'Italie. Depuis l'arrivée de l'ancien manager de Sale et du RC Toulon, cette équipe a disputé 26 matches face aux sept meilleures nations : l'Angleterre, le pays de Galles et l'Irlande en Europe, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, l'Afrique du Sud et l'Argentine, les quatre pays phares du Sud. Contre ces équipes, elle a décroché 5 victoires, pour 2 nuls et 19 défaites.

Facteur aggravant, ce quasi-naufrage se double d'une absolue absence d'identité. Qui est cette équipe de France ? Ses convictions ? Ses forces récurrentes ? Ses fondations ? A l'image de sa mêlée la semaine dernière, ses rares et fragiles bases volent en éclats. Le processus de construction du groupe, au fil des mois et des matches, en vue de la Coupe du monde 2015, a d'abord incité à la patience, à la clémence. Mais on n’a jamais rien vu venir. Le XV bleu version PSA n'a jamais gagné en cohérence. Ces quatre années ont mené au fiasco de Cardiff, dimanche dernier, face à l'Irlande. Tout ça pour ça.

C'est donc cette équipe qui, samedi soir, sera confrontée au plus extrême des défis : battre la Nouvelle-Zélande, championne du monde en titre, principale candidate à sa succession et référence ultime du rugby mondial. En trois petites décennies d'existence, la Coupe du monde a imposé au rugby français des défis similaires ou approchants. Du Concord Oval de Sydney en 1987 face aux Wallabies de Campese et Lynagh à l'Eden Park en 2011 en passant par Twickenham 1999 ou Durban 1995. Jamais elle ne l'avait abordé avec si peu de certitudes et à ce point en position de faiblesse.

Comparaison n'est pas raison

Pour trouver des raisons d'y croire, il faut creuser. Profondément. Et comme on ne trouve pas, ou pas grand chose, on se raccroche aux (plus ou moins) vieilles lunes du passé. Oui, il y a eu Twickenham 1999. Oui, il y a eu Cardiff 2007. Dans les deux cas, c'est vrai, pas grand monde ne voyait les Bleus franchir l'obstacle black. Et c'était bien logique. Les Néo-Zélandais étaient, a priori, supérieurs aux Français. Dans les deux cas.

Mais comparaison n'est pas raison. Les équipes du tandem Skrela-Villepreux et de Laporte possédaient d'autres certitudes que celle de Saint-André. Que ce fut sur les années précédentes ou au coeur de la compétition concernée, elles avaient, même avec leurs carences, affiché au moins sur certaines périodes un jeu et acquis des résultats dont ne peut s'enorgueillir celle de PSA. Fait inédit, l'équipe de France s'avance vers ce défi en sortant d'une défaite, ce qui ne lui était jamais arrivé avant un match de cette envergure. Elle déboulait parfois de victoires fragiles, comme après la demie de 2011 contre le pays de Galles, mais jamais après avoir pris une gifle comme celle du week-end dernier. Elle n'a donc quasiment rien de concret sur quoi s'appuyer.

Alors, on ressort les vieux slogans. Mais "Impossible n'est pas Français" et "les Français ne sont jamais aussi dangereux que quand personne ne les attend", c'est un peu court. Un peu vain, aussi. A ce dernier "argument", on objectera une question : que reste-t-il de l'imprévisibilité du jeu tricolore qui, effectivement, a longtemps rendu complexe, pour ses adversaires, l'approche d'un match face à cette équipe ?

Pour devenir la première équipe à battre trois fois les All Blacks en Coupe du monde, les Bleus vont devoir offrir, le temps d'une soirée, ce qu'ils n'ont jamais approché en quatre années. C'est sans doute beaucoup leur demander. C'est toujours possible. Peut-être l'urgence de la situation et la proximité de la disparition engendreront-elles un sursaut salvateur. On a vu des choses bien étranges par le passé. Mais cela parait tout de même peu probable.

Un peu de vie avant de mourir ?

Pour que Cardiff 2015 s'achève comme Cardiff 2007, il faudrait aussi que la révolte bleue s'accompagne d'un tassement noir. Or il est probable que, de leur côté, les Blacks évoluent dans une forme de confort qui n'était pas le leur il y a quatre ans. Lors de la finale 2011, il leur avait fallu gérer un poids démentiel. Celui de 24 années d'insuccès et de frustration. Celui de la pression d'un public qui n'aurait pas admis un nouvel échec, à domicile cette fois. Celui de deux douloureuses défaites face aux Français à évacuer.

Cela faisait beaucoup de spectres pour 15 hommes, furent-ils de noir vêtus. Tout ceci a disparu avec le titre de 2011. Bien sûr, quand on est All Black, la pression est toujours forte. Mais elle est incomparable avec celle qui, il y a quatre ans à l'Eden Park, avait tétanisé la bande à McCaw, au point de voir celle à Dusautoir à un cheveu de la déboulonner.

Au fond, on ne demande pas tant à l'équipe de Philippe Saint-André de gagner que d'offrir enfin quelque chose. Un peu de vie avant de mourir. Mourir, c'est triste, mais c'est le lot de tous. Des individus comme des équipes. Le drame, le vrai drame, c'est de mourir et que personne ne vous pleure. Si les 80 minutes de samedi soir ressemblent aux quatre dernières années, il n'y aura peut-être pas grand monde pour regretter la disparition d'une équipe rachitique dans ses résultats et pingre dans ses émotions.

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