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Top 14 - Jean Monribot (Bayonne) : "Je vais raccrocher les crampons à la fin de la saison"

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TOP 14 - C’est désormais une certitude. Jean Monribot (35 ans) mettra un terme à sa carrière au mois de juin prochain. Mais avant ça, le troisième ligne espère bien finir son aventure à l’Aviron bayonnais. Blessé pendant toute la première partie de saison, il est de retour aux affaires et nous a accordé ce long entretien en début de semaine.

Jean, on ne vous a plus vu sur le terrain depuis le mois d’août. Comment allez-vous ?

J’ai été opéré des deux adducteurs par le docteur Reboul, car je souffrais d’une pubalgie. J’ai ensuite fait un petit tour au CERS pendant trois semaines, puis il y a eu la phase de réathlétisation. Là, je suis très content, car physiquement, je me sens bien. L’année dernière, j’avais vraiment du mal à courir. J’étais à 80 % de ma capacité physique. Là, le fait d’être à 100 % sur le terrain donne du baume au cœur. Désormais, il me tarde de faire cette phase retour avec l’équipe.

Vous avez passé cinq mois sans jouer. Comment avez-vous traversé cette phase ?

C’est la première grosse blessure que j’ai dans ma carrière. Je n’ai jamais eu autant de temps pour moi. Je l’ai pris comme une chance de pouvoir travailler comme il faut, individuellement. Je n’avais jamais travaillé aussi fort que ces derniers mois sur le plan physique. Ça m'a permis, aussi, de me régénérer. Le corps s’est un petit peu reposé. Je ne regrette pas du tout le fait d’être passé par la case opération, même si ça a duré quatre mois. J’en ai tellement bavé en jouant à 70 ou 80 %, avec tout le temps des douleurs. Là, il me tarde vraiment de retrouver le rectangle avec les copains.

Un nouveau staff et dix-sept joueurs sont arrivés à l’intersaison. Les bons résultats sont arrivés très vite. Était-ce dur de vivre à l’écart de tout ça ?

Non, ce n’était pas dur. Je prenais du plaisir à regarder cette équipe ! Les semaines, du coup, sont plus joyeuses. Même si je me tenais à l’écart, je faisais partie, quand même, de la vie de l’équipe. Quand tu gagnes ou que tu perds, tu ressens aussi des émotions. Et je préfère quand l’équipe gagne, plutôt que de vivre l’enfer, quand tu vois les copains avec la tête basse. Les résultats nous réussissent. Nous avons un très bon groupe, qui ne se prend pas la tête. Il avance humblement et ça fait plaisir d’avoir été, pendant ces cinq mois, à côté de l’équipe.

Top 14 - Jean Monribot (Bayonne)
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Ces derniers mois, vous avez moins joué et perdu le capitanat. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai pris du recul l’an dernier, lorsque Mariano Galarza est passé capitaine. Après, c’est vrai que, l’an passé, j’en ai bavé par rapport à mon physique et à cette pubalgie que je traînais depuis un an et demi. Je me disais que mon corps me lâchait. Après mon 300e match (février 2022, NDLR), j’ai pris une claque. Je me suis dit que ma carrière était derrière moi. Je me suis rendu compte de plein de choses, qu’il fallait passer le témoin aux jeunes qui poussaient derrière. En fin de saison, je faisais tout pour essayer de vite réintégrer l’équipe, afin d’être dans ce rôle d’impact player qui m’a vraiment plu. Ça m'a permis de vivre de grands moments, dont cette finale de Pro D2 gagnée. Ensuite, après le premier match amical, je me suis rendu compte, de suite, que ce n’était pas possible de refaire une saison comme ça. Voilà pourquoi j’ai fait le choix de me faire opérer. Je ne voulais pas finir avec cette souffrance.

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant le voyage à Bordeaux, samedi ?

Je peux postuler. Le staff décidera si je joue ou pas. Bordeaux se relance bien, ils ont fait forte impression lors du dernier match. Nous avons vu une équipe libérée, joueuse, opportuniste et très dangereuse, puisqu’elle a mis 40 points au champion de France. Je pense qu’on y va au mauvais moment, mais derrière, nous enchaînerons sur du Challenge européen. Nous avons donc un dernier effort à faire. Nous allons tout faire pour essayer de sortir une bonne performance de Bordeaux.

Quel regard portez-vous sur les performances de votre équipe depuis le début de la saison ?

Je vois une équipe très solidaire avec un gros état d’esprit, une grosse défense, un fort caractère. Elle arrive à renverser le cours des matchs en ne lâchant jamais rien. Il y a des joueurs qui ne brillent pas forcément aux yeux de tout le monde, mais qui font des tâches obscures très importantes pour le groupe. Et il y a une charnière avec Guillaume Rouet et Camille Lopez qui est étincelante. Camille porte un petit peu cette équipe, il apporte de la confiance. Tu le ressens sur le terrain. Dès les premiers entraînements, Camille a de suite pris la parole, il s’est investi à 100 %. Ces dernières années, nous n’avons jamais eu trop de joueurs de ce calibre à Bayonne. À côté de ces joueurs, tu es un peu plus à l’écoute, notamment quand ils sont irréprochables et qu’ils montrent l’exemple sur le terrain. Il manquait peut-être, à l’Aviron, des joueurs comme ça, qui te permettent d’élever ton niveau de jeu.

Top 14 - Guillaume Rouet et Camille Lopez (Bayonne)
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Bayonne est cinquième après quatorze journées. Avez-vous souvenir d’avoir eu une équipe aussi forte, ici ?

L’année où on descend avec 52 points, on avait fait une très belle saison, avec de très bons joueurs. Cette année-là, on avait une bonne équipe. Ensuite, nous avons plus joué le Pro D2 ou le maintien en Top 14. Cette année, je trouve que le recrutement a été intelligent. Il y a une force, aussi, à Bayonne : c’est le nouveau stade. Il permet aux joueurs qui sont sur le terrain de se transcender. Pour l’instant, je n’ai été que spectateur, mais il me tarde d’être sur la pelouse, pour vivre des moments comme ça. Les joueurs en sont conscients. Le public nous apporte de la force, ce stade est magnifique et je sens que l’Aviron est dans une bonne passe, en train de prendre un joli virage. Après, dans ce sport professionnel, tout peut aller très vite et les joueurs, ainsi que l’ensemble du club, restent assez humbles par rapport à ça. On sait d’où on vient, on sait qu’on a galéré ces dernières saisons. Il faut prendre ce bonheur, cette joie, quand on voit que l’Aviron est cinquième à ce moment de la saison, pour continuer à grandir, mais calmement.

Il vous reste six mois de contrat à l’Aviron. Comment les abordez-vous ?

Là, il me tarde vraiment de retrouver le terrain. J’ai envie de profiter au maximum. J’ai fait le choix de l’opération, pour ensuite être à 100 %. Je suis un compétiteur et jusqu’au dernier match que je ferai à l’Aviron, je le resterai. J’ai envie de tout donner. Le fait de prendre un petit peu de repos m’a donné un bol d’air. Si physiquement et dans la tête, j’en meurs d’envie, mes performances sur le terrain suivront. J’ai vraiment envie de bien finir la boucle, ici à Bayonne et montrer, comme j’ai eu fait pendant ma carrière, une bonne image de moi, en ne lâchant rien, en affichant un gros état d’esprit, celui d’un combattant.

Car ensuite, vous raccrocherez les crampons ?

Oui. J’ai rencontré Grégory Patat et le président. Je leur ai annoncé mon choix de tirer un trait sur ma carrière. C’est quelque chose de logique pour moi, de bien réfléchi. Il y a plein de choses à faire en dehors du rugby. J’ai des projets, à côté, qui vont me permettre de basculer sur une autre vie. Mais avant ça, j’ai vraiment envie de tout donner pour ce club, car j’ai vécu de très grands moments, ainsi que des moments difficiles, mais ils m’ont permis de me construire en tant qu’homme. J’ai envie de croquer à pleines dents dans ces derniers mois pour profiter et, après, dire un dernier adieu à ce stade et ce public, qui m’ont tant donné. C’est pour ça que j’ai travaillé très fort individuellement et je remercie ceux qui m’ont permis de revenir physiquement à ce niveau.

Bayonne est aujourd’hui dans le top six. Rêvez-vous d’une fin de carrière en apothéose ?

Ce serait bien (sourires). Notre objectif, c’est quand même le maintien. Depuis le début de la saison, le groupe ne pense qu’à ça. C’est un gros défi, quand même, c’est une tâche assez compliquée. Je pense que l’on est sur le bon chemin. On peut parler de nous comme une surprise. C’est tout à fait logique que les gens parlent de Bayonne, comme, peut-être, un prétendant au top six, car factuellement, nous sommes cinquièmes du championnat. Mais après, il faut aussi être réaliste. Nous n’avons pas une profondeur de banc aussi importante que des équipes qui sont dans le top neuf. Et la saison est encore longue. On joue toujours pratiquement avec les mêmes joueurs, donc je pense qu’il faut être vigilant. Il faut que le groupe garde cette humilité qu’il a. En tout cas, ce qui est bien, c’est que tout le monde est vraiment impliqué dans le club, et quand on voit des guichets fermés tous les week-ends, cela prouve que les gens répondent présent et nous apportent de la force. Il y a une réelle communion, actuellement, à Bayonne. Il ne faut pas s’en priver.