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Carte blanche à Denis Charvet : "Lettre à Teddy Thomas"

Carte blanche à Denis Charvet : "Lettre à Teddy Thomas"
Par Midi Olympique

Le 07/12/2021 à 08:31Mis à jour Le 07/12/2021 à 11:23

TOP 14 - Ancien trois-quarts centre international (23 sélections), désormais consultant pour RMC, Denis Charvet revient sur le geste de Teddy Thomas face à l’UBB. Et la polémique qui suivit. Pour lui, pas de débat possible : "Si tu le dénatures, que tu le fais entrer dans une case, tu perds toute l’essence de son génie. D’ailleurs, qu’a-t-il fait de si grave ? Il n’a tué personne !"

J’ai été peiné par toute la polémique qui a animé la semaine dernière, autour du geste de Teddy Thomas. D’ailleurs, de quel geste parle-t-on ? On fait des heures de débats sur ce petit signe de la main. Moi, sur cette action, je retiens l’incroyable cadrage-débordement qu’il déclenche juste en suivant, presque à l’arrêt, dans un espace minuscule. Il n’y a que Teddy Thomas pour faire cela. Il faut retenir la beauté, l’esthétisme de ce geste de rugby. Et si le Racing 92 a finalement perdu ce match, ce n’est absolument pas de sa faute.

Certainement que Christophe Urios s’en est servi dans les vestiaires, c’est légitime et de bonne guerre. Mais la vérité est que la première période de Teddy Thomas est exceptionnelle et que le Racing s’est effondré physiquement et collectivement, en deuxième période. Ils ont explosé, voilà tout. Dès lors, je déteste qu’on fasse de Thomas un bouc émissaire de cette défaite.

Il ne faut jamais dénaturer un tel garçon, un tel talent. Si tu le dénatures, que tu le fais entrer dans une case, tu perds toute l’essence de son génie. D’ailleurs, qu’a-t-il fait de si grave ? Il n’a tué personne ! Il fait un geste de toréador. Il fixe du regard son adversaire, lui propose de venir au défi, d’homme à homme, puis gagne effectivement son duel. Les gens hurlent à l’infamie. Moi, je crie au génie. Il ne faut jamais mettre le génie en cage.

Top 14 - Teddy Thomas inscrivant un essai face à l'Union Bordeaux-Bègles

Top 14 - Teddy Thomas inscrivant un essai face à l'Union Bordeaux-BèglesIcon Sport

Teddy, c’est un enfant de la balle. Un amoureux de ce jeu. Un garçon attachant, différent et j’aime profondément les gens différents. Le rugby est sa passion bien avant d’être son métier. Alors, quand je prends sa défense, je sais que Jacky Lorenzetti pourrait me répondre : "oui, mais moi, je le paie." Il a certainement raison, je le comprends. Je lui répondrai à mon tour : "restons des enfants !" Ce rapport à notre enfance, au jeu, c’est toute la spécificité de notre sport. Sa beauté aussi. Je ne veux jamais qu’on remette cela en question. Sinon, on remet en question ce qui nous a fait grandir.

Le rugby a besoin de ce genre de joueurs. Il nous faut des personnalités, pas seulement des gens lisses et aseptisés. Tout est tellement aseptisé, de nos jours… On va pourtant aux matchs pour voir des garçons comme lui, des talents atypiques. Ils ont cette approche spectaculaire et les enfants que nous sommes tous s’identifient à cela.

Alors, Teddy agace. Est-ce que le grand Serge Blanco n’agaçait pas, lui aussi, en son temps ? C’est le propre des joueurs qui ont une supériorité naturelle. Je préférais admirer Serge, plutôt que l’envier. Il était tellement fort, tellement brillant…

Teddy est de cette race-là. Il est animé par le jeu et son esprit. Foutons-lui la paix. Ne l’ostracisons pas. Aimons-le comme il est et arrêtons avec cette aberration de lui réclamer des excuses publiques. Ne lui reprochons pas sa différence. Moi, sa différence, je la trouve belle. Et vous voulez que je vous dise ? C’est un garçon comme lui qui peut nous faire gagner la Coupe du monde.

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