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Jantjies : "J’arrive avec mon éthique de travail et ma volonté d’apporter"

Jantjies : "J’arrive avec mon éthique de travail et ma volonté d’apporter"

Le 07/05/2021 à 10:10Mis à jour Le 07/05/2021 à 11:12

TOP 14 - Attendu comme le sauveur de la Section, le champion du Monde 2019 disputera son premier match sous ses nouvelles couleurs ce week-end. Pour Rugbyrama, il raconte comment il aborde cette aventure paloise et assure que le maintien de Pau passera avant tout par un travail collectif.

C’est un transfert qui n’est pas passé inaperçu. À Pau, bien entendu, mais aussi dans la France du rugby. Le 13 avril dernier, la Section Paloise a annoncé le recrutement d’Elton Jantjies, en tant que joueur supplémentaire jusqu’à la fin de la saison. Un véritable renfort de poids, pour pallier l’absence du maître à jouer de l’équipe, Antoine Hastoy, blessé à l’épaule pendant un match à Castres.

“J’avais déjà été en contact avec Pau il y a un an, mais ça ne s’était pas fait car ce n’était pas le bon moment, raconte aujourd’hui Jantjies. J’étais sous contrat avec les Lions et nous pouvions alors jouer. En cette fin de saison, le président de Pau est revenu à la charge afin de me recruter et ça a pu se faire. Le Covid a joué un rôle important, puisqu’à cause de la pandémie, le championnat sud-africain était en pause. J’ai eu une discussion avec les Lions et les Springboks et nous sommes tombés d’accord pour dire que c’était une superbe opportunité de venir pratiquer le rugby européen et se confronter au Top 14.” Une fois l’affaire ficelée, Jantjies s'est renseigné sur le jeu français, le rythme de vie et la culture dans l’Hexagone en échangeant avec Kolbe, Pollard, Mapoe ou Du Plessis,

Arrivé en France le week-end du 17 avril, le demi d’ouverture a d’abord vécu une période d’isolement avant de découvrir son équipe. Dont il connaissait certains membres pour les avoir affrontés par le passé (Tumua Manu ou Maks van Dyk en Super Rugby par exemple) ou par des connaissances communes (il a joué avec le frère de Lourens Adriaanse aux Lions). “La manière dont j’ai été accueilli fait que je me suis senti attendu, prêt et épaulé, apprécie le natif de Graaff-Reinet. Dès mon arrivée, je me suis senti comme partie intégrante du projet. Ça a donc été très facile de se concentrer sur le rugby, malgré la période d’isolement et tous les protocoles médicaux.”

En quête de temps de jeu

Avec l’arrivée de l’ouvreur international, c’est une opération donnant-donnant qu’espèrent faire les Lions, les Springboks et la Section. Celle-ci, justement, compte sur l’apport du joueur pour mener à bien l’opération maintien en Top 14 dans laquelle elle est plongée. Sa franchise et la sélection nationale, elles, savent qu’avec cette pige, Jantjies va pouvoir retrouver la compétition et le rythme. “J’avais besoin de jouer, appuie le trentenaire. Il y a cette tournée des Lions britanniques en Afrique du Sud qui arrive et à laquelle je souhaite participer.”

À cause de la pandémie mondiale, le numéro dix n’a plus foulé un terrain depuis le 7 novembre dernier. Mais il assure être en forme et avoir tiré profit de ces sept mois sans rugby : “Depuis la Coupe du Monde 2019, j’ai enchaîné. Cette pause a donc été la bienvenue, à la fois pour mon corps et ma tête. J’ai pu rester avec ma famille et faire d’autres choses, sans arrêter l’activité physique. Puis il y a eu un début de Super Rugby, et dernièrement j’ai fait une grosse préparation physique. Je suis prêt. Je n’attends qu’une chose, c’est de pouvoir mettre mon premier maillot de Pau ce week-end et jouer au rugby.”

Adaptation express

Dès sa signature, il s’est mis à visionner les matchs de ses futurs coéquipiers pour mieux analyser et comprendre ce qui est produit dans le Béarn. Pour lui, le maintien de la Section passera avant tout par du jeu. “Malgré la situation, il faut qu’on arrive à s’amuser, insiste l'intéressé. Si c’est le cas et qu’on pratique notre rugby, le résultat suivra. Mon objectif est de jouer mon rugby normal, de convaincre mes coéquipiers d’en faire de même. Il ne faut pas être dépassé par l'enjeu. J’ai confiance dans ce qu’on est capable de proposer. Si on arrive à jouer comme on sait le faire, ça devrait aller.”

Néanmoins, Jantjies va devoir faire preuve d’une adaptation express pour assimiler le système béarnais et essayer de mener son équipe vers la victoire. Une chose qui peut lui faire peur ? “Non”, répond-il fermement. La barrière de la langue à ce poste clé de demi d’ouverture ? Pas franchement inquiétante, non plus. “La majorité des joueurs parlent anglais, qu’ils soient anglo ou francophones” souligne-t-il et comme le reste des étrangers de l’équipe, Jantjies suit des cours de français depuis son arrivée. “Vous savez, quand on parle le même langage qu’est le rugby, lorsqu’on a les noms des systèmes en tête, c’est plus facile” ajoute-t-il.

Le vainqueur du Rugby Championship (2019) a aussi pu bénéficier des conseils d’Antoine Hastoy, actuellement blessé. “Nous avons essentiellement échangé sur notre système de jeu, sur des petits détails pour me permettre d’assimiler au plus vite notre rugby. J’ai aussi beaucoup parlé avec les demis de mêlée. J’espère que cette collaboration va autant apporter à Antoine qu’à moi. Et pourquoi pas le rencontrer, un de ces jours, pendant un test match France-Afrique du Sud” glisse-t-il.

Jantjies : Je n’ai pas la prétention d’être un sauveur

Dans le Béarn, les attentes sont grandes autour d’Elton Jantjies. On n’accueille pas un joueur de ce standing tous les quatre matins. Qui plus est, pour une opération maintien. “Je veux amener de l’expérience, des petits détails pour mes coéquipiers et les 2 % qui feront peut-être tomber la pièce du bon côté, détaille-t-il. Je n’ai pas la prétention d’être un sauveur. Je ne me mets pas une pression particulière.”

Champion du monde en 2019, celui qui compte 37 sélections avec l’Afrique du Sud et qui est capitaine de la franchise des Lions a l’habitude des matchs à fort enjeu. Un facteur qui ne semble pas l’effrayer et qu’il dit avoir déjà connu au Japon à son arrivée dans la franchise des NTT Shining Arcs, ou avec les Lions quelques années plus tôt. “Je vois ça comme une opportunité à prendre pour montrer ce que l’équipe est capable de faire, explique-t-il. Je refuse de sortir Elton Jantjies de l’effectif dans ces moments-là. C’est le groupe qui est capable d’absorber la pression et de la transformer, et c’est juste une opportunité de montrer qu’on mérite de rester en Top 14. Il y a eu des confrontations avec les All Blacks, où quand tu as trois ou quatre matchs d’affilée et que tu commences le premier mal, tu as une pression populaire. Ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète.”

Bien conscient que ses prestations seront scrutées de près, Jantjies rappelle qu’il n’est pas “Jésus”, et débarque avec ses convictions qui doivent aider la Section. “J’arrive avec mon éthique de travail et ma volonté d’apporter. Depuis que je suis tout jeune, il y a quelque chose qui me guide : à chaque entraînement, être meilleur que la veille. Mon état d’esprit fait que je veux toujours progresser, mieux comprendre, connaître et maîtriser mon rugby, ainsi que mon corps et ma manière de me préparer. Je vais juste jouer mon rugby et ça va bien se passer. Mon seul objectif, c’est de faire en sorte que les plans de l’équipe soient respectés, qu’elle joue du mieux possible. Champion du Monde ou pas, tout le monde fera partie du projet pour sauver le club.”

Des débuts face à Agen, une fin contre Pollard ?

Néanmoins, son arrivée dans le “64”, couplée à celle de Sébastien Piqueronies a, semble-t-il, redonné de l’entrain à l’actuel treizième de Top 14. D’ailleurs, les deux hommes sont sur la même longueur d’onde. “Avec Sébastien, nous parlons le même rugby : un rugby simple, de préparation, basé sur les détails, l'efficience, la rapidité. Je m’applique ces mêmes principes” confie Jantjies.

Samedi, le numéro dix disputera son premier match sous ses nouvelles couleurs à Agen. “Physiquement, je me sens prêt, affirme-t-il. Je passe surtout du temps à discuter avec les autres, pour être sûr qu’on est tous sur la même longueur d’onde. C’est plus important d’avoir quinze gars focus sur le même objectif, que cinq qui veulent sauver la patrie tout seuls. Depuis que je suis là, j’ai le sentiment que cette équipe mérite de gagner. Elle n’est souvent pas passée loin. Maintenant, il y aura ce premier match à Agen, où j’espère mettre en action ce désir de gagner qui est inhérent à l’équipe. Tout le monde travaille très dur. Je suis très content d’être arrivé ici, car on n’est pas en dilettante.”

Bien entendu, les Béarnais ne voudront pas être les premiers à tomber face au SUA. Un succès des vert et blanc à Armandie permettrait à la bande à Lucas Rey d’espérer encore un maintien sans passer par la case barrage, avant des matchs contre le Racing, La Rochelle et le MHR. S’il peut arriver encore beaucoup de choses dans le mois à venir, la possibilité d’avoir un Pau-Montpellier décisif, sur l’ultime journée, existe. Et on pourrait alors retrouver sur la pelouse du Hameau, le 5 juin prochain, un duel alléchant entre les deux Springboks Pollard et Jantjies. Ce dernier conclut : “On ne peut pas encore savoir si ce sera un match important, mais Handré a abordé le sujet. Dans tous les cas, ce sera cool de jouer contre lui.”

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