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Procès "Laporte-Altrad"- 9e jour (1/3) : Comment la défense d’Atcher est montée au front

Procès "Laporte-Altrad"- 9e jour (1/3) : Comment la défense d’Atcher est montée au front
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 21/09/2022 à 12:25Mis à jour Le 24/09/2022 à 14:25

Alors que le procès "Laporte-Altrad" arrivera ce soir à son terme, les avocats de Claude Atcher et Benoit Rover, dont les clients risquent des peines de prison ferme, sont ce matin montés à la barre. Dans leurs plaidoieries, ceux-ci ont sévèrement attaqué l’enquête menée par le Parquet National Financier.

Le procès "Laporte-Altrad" connaît aujourd’hui, au tribunal correctionnel de Paris, son crépuscule. Au lendemain du réquisitoire du procureur François-Xavier Dulin, lequel a demandé des peines de prison ferme pour les cinq prévenus ainsi que de lourdes amendes, la défense des personnes poursuivies (Bernard Laporte, Claude Atcher, Serge Simon, Mohed Altrad et Benoit Rover) a donc pris le relais à la barre et ce matin, c’est Brice Grazzini, le conseil de Benoit Rover, qui a ouvert les débats : "M. Rover est un prévenu collatéral, disait-il en préambule. Il y a un sentiment d’in compréhension parce qu’à son sujet, le dossier d’enquête n’est pas clair. [...] L’"anonyme du procès", comme le surnomme la presse, a été face à vous sincère, madame la présidente."

Poursuivi pour des délits de "recel d’abus de confiance", "complicité d’abus de bien social" et "complicité de travail dissimulé" , Rover, co-gérant de la société Score XV dont Claude Atcher est le principal actionnaire, encourt une peine de prison d’un an, dont six mois avec sursis, une interdiction de trois ans de gérer une société et une interdiction d’un an d’exercer toute fonction en lien avec le rugby, même de façon bénévole. Au propos de son client, Grazzini enchaînait ainsi : "Vous ne pouvez que relaxer M. Rover sur le recel d’abus de confiance, la somme de 80 400 euros qu’on lui reproche d’avoir détournée au profit de M. Atcher étant inexacte ; elle ne correspond à aucun de nos calculs. Et on a passé dessus quelques nuits blanches, croyez moi..."

Claude Atcher France 2023

Claude Atcher France 2023Icon Sport

Concernant les déclarations salariales et patronales faisant défaut, Brice Grazzini expliquait : "Au moment où j’aborde ce sujet, j’entends déjà la petite voix de monsieur le procureur me soufflant à l’oreille : "Pas de chance, hein ?". J’assure pourtant qu’il y a récemment eu une inondation dans les locaux de la Société Score XV, nous joignons d’ailleurs des photos au dossier, et que ceci peut aussi expliquer en partie certaines déclarations manquantes à l’Urssaf".

Plus emphatique, l’avocat du barreau de Marseille concluait ainsi : "Lorsque l’on vient réclamer à l’encontre de M. Rover un an d’exclusion de tout rapport avec le rugby avec exécution provisoire pour être sûr qu’il perde son emploi actuel (Benoît Rover travaille au GIP France 2023, N.D.L.R), tout ceci doit être en accord avec l’image que se donne le Parquet National Financier : impeccable, irréprochable. Or, ce n’est pas le cas dans le dossier Rover. Madame la présidente, vous devez relaxer Benoit Rover. Car rien ne pousse sur le terreau infertile de l’à peu près".

La mallette et le chauffeur de taxi…

Dans la foulée, Celine Lasek, l’avocate de Claude Atcher, démarrait sa plaidoirie de la sorte : "Le procureur reconnaissait mardi dans son réquisitoire des "coquilles" et des "erreurs marginales" dans le dossier d’enquête comme s’il s’agissait de fautes d’orthographe... Sauf que « l’erreur marginale", ici, c’est M. Atcher. On dit qu’il a été missionné pour diriger France 2023 par copinage. L’homme dont on parle, c’est l’homme aux trois coupes du Monde, celui qui a offert à deux pays différents (la France en 2007 et 2023, le Japon en 2019, N.D.L.R.) l’organisation de tels évènements. Personne n’aurait pu faire ce job comme il l’a fait, lui. Cette Coupe du monde 2023, c’est sa vie. La gestion financière du Gip, dont il était le directeur, a d’ailleurs été unanimement saluée, même par l’Agence Française Anticorruption ! Et on veut écarter cet homme-là du rugby ?"

Entrant à présent dans le coeur des faits, maître Lasek critiquait alors une enquête à ses yeux « bâclée », d’où elle exhumait cet exemple : "Le parquet financier a un temps tenté de prouver que l’on avait acheté la Coupe du monde. Les policiers ont donc entendu un chauffeur de taxi ayant transporté M. Atcher à l’occasion d’un voyage en Mongolie et ayant supposément dit que mon client avait gardé une mallette sur ses genoux durant tout le trajet. Les policiers, qui ont vu le spectre de la corruption, ont alors retrouvé ce chauffeur de taxi, trois ans après les faits et lui ont demandé : "Avez-vous transporté M. Atcher en 2017, monsieur ? -Peut-être… -Et avait-il sa malette sur ses genoux ? -Peut-être… Mais c’est plutôt courant, vous savez. Je ne m’en souviens pas. -Vous n’avez pas des problèmes de mémoire, monsieur ?" Voilà de quoi parle-t-on. D’une absence de faits, d’une accumulation de fantasmes...

Atcher, Laporte et Simon lors d'une conférence il y a quelques mois.

Atcher, Laporte et Simon lors d'une conférence il y a quelques mois.Icon Sport

Au sujet de la prime versée par la FFR à Score XV après la victoire du dossier "France 2023" , un bonus que le PNF estime "sans cause", son conseil appuyait : "Je ne sais pas comment vous dire, madame la présidente, qu’une prime de 30 000 euros pour récompenser le travail effectué est légitime… Je ne sais pas…." A présent ironique, elle évoquait les abus de biens sociaux reprochés à Claude Atcher : "Voici l’affaire qui fait trembler la République : les frais de crèche de M. Atcher. On a, en France, un mécanisme légal qui permet à une société de prendre en charge la crèche de ses salariés. C’est aussi simple que cela".

Pour rappel, Claude Atcher risque ici un an de prison dont six mois ferme, une interdiction de trois ans de gérer une société commerciale, une amende de 50 000 euros d’amende et une interdiction d’exercer toute fonction dans le rugby, même bénévolement. Céline Lasek concluait ainsi : "Vous annulerez la citation de M. Atcher, madame la présidente. Et si vous n’êtes pas d’accord avec moi, vous relaxerez. Je citerai Jean-Luc Godard : "Ce n’est pas parce que je me suis trompé que j’ai eu tort". Telle est la position du Parquet National Financier".

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