Faits divers - Affaire Wilfrid Hounkpatin : récit des faits lors d’une audience marquante

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Publié le Mis à jour
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Ce mercredi 3 avril, Wilfrid Hounkpatin écopait d'une peine de douze mois de prison assortie d'un sursis probatoire de deux ans dans le cadre d'une affaire de violence conjugale. Récit d'une après-midi d'audience décisive.

Il est 16h26 ce mercredi 3 avril, quand Julien Forton, président du tribunal correctionnel de Castres appelle à la barre Wilfrid Hounkpatin, le pilier international du CO, pour qu’il réponde des faits qui lui sont reprochés. Chemise, blanche, costume gris de bonne coupe, fines lunettes de vue dorées, voilà le colosse du CO devant la justice du peuple ; comme une quinzaine d’autres âmes errantes avant lui au cours de cette après midi dédiée exclusivement aux jugements des affaires de violences intra-familiales.

C’est le 8 janvier dernier que la vie du rugbyman a basculé après une dispute ayant éclaté sur fond de liaisons extra-conjugales. Ce jour-là, alors qu’il est occupé à réaliser des travaux dans son jardin, sa compagne, J.B. , s’empare du téléphone portable du joueur du CO. "Je savais qu’il me trompait depuis plusieurs années. Mais je pensais qu’il avait arrêté. Je lui avait pardonné. En consultant le téléphone, je suis tombé des nues", déclare à la barre la jeune femme, la voix étreinte par l’émotion. Lorsque Wilfrid Hounkpatin réalise que sa compagne est en possession de son téléphone, c’est la colère qui prend le dessus.

Le pilier du CO Wilfrid Hounkpatin était jugé au tribunal correctionnel de Castres. L'international français a été reconnu coupable de "violences conjugales" et condamné à douze mois de prison avec un sursis probatoire de deux ans

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— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) April 3, 2024

La jeune femme s’est enfermée dans la chambre du plus jeune des trois enfants du couple. Wilfrid Hounkpatin lui demande d’ouvrir la porte avant de faire voler la serrure en éclats d’un coup de pied face au refus de sa femme de coopérer. S’en suit une dispute - inégale au vu des gabarits respectifs des protagonistes -pour récupérer l’appareil. Le rugbyman saisit sa compagne par le "bas cou" selon ses dires, puis la soulève avant de la projeter sur le sommier dépourvu de matelas car la chambre est en cours de réfection. "J’essaye de contrôler ma force du mieux que je peux", se défend timidement le colosse. "Je voulais juste la maîtriser, récupérer mon téléphone et partir".

Des violences psychologiques

Cet accès de colère est le premier et le seul témoignage de violence physique du joueur envers la victime depuis le début de leur relation. Mais maître Marie Chabbal, le conseil de Mme B. évoque elle plusieurs années de soumission psychologique et financière. "Pour ma cliente, la première des violences a été de découvrir le contenu de ce téléphone. C’est le symbole de l’humiliation", insiste Me Marie Chabbal. Avant d’enchaîner sur les reproches très réguliers formulés à l’encontre de J.B. par Wilfrid Hounkatin, ce dernier arguant à son ex compagne de ne pas travailler et de ne pas entretenir la maison comme il se doit. Et l’avocate d’étayer ses propos par l’exemple.

- "Que faisiez vous, M. Hounkpatin, lors de la soirée du 1er de l’an ?", interroge l’avocate.

- "Il était prévu que l’on aille chez des amis à Port-La-Nouvelle pour passer la soirée mais je sentais que j’étais sous tension et j’ai préféré y aller seul. Quand je suis comme ça, je préfère m’isoler", répond le pilier du CO qui complète : "J’ai passé la soirée avec mon ami et me suis couché tôt". La femme de loi précisera elle la version de sa cliente, qui affirme que ce soir-là, le joueur est sorti seul pour "punir" sa compagne de n’avoir pas bien nettoyé leur "cave à vin". Maître Arnaud Bousquet, avocat de Wilfrid Hounkpatin rétorque n’avoir "jamais trouvé dans le code pénal un article qui interdit de passer le premier de l’an tout seul".

Madame la procureur, Claire-Marie de Agostini pousse le joueur dans ses derniers retranchements. "Avant d’en arriver à enfoncer la porte et commettre des actes de violences physiques sur madame, vous auriez pu porter plainte pour vol de téléphone et violation de la correspondance." "Je regrette d’être entré dans cette chambre de force", se contente de murmurer le joueur.

Le procès de la notoriété

Ce procès, c’est aussi celui de la notoriété qui arrive trop vite dans un environnement mal maîtrisé. Avec le succès, sa signature en Top 14 et les émoluments à cinq chiffres qui en découlent, Wilfrid Hounkpatin a dérapé. "L’argent est le roi de tous les vices", se plaît à rappeler Me Marie Chabbal. "Wilfrid Hounkpatin n’a pas su résister à ses sirènes." La victime le concède : "Tout se passait bien au début de notre relation, quand il jouait dans un petit club (Rouen, N.D.L.R.) et qu’il gagnait moins d’argent. On avait un petit appartement, tout allait bien … Vraiment la notoriété ne l’a pas aidé. Au fond je ne veux pas l’accabler. Je pense qu’il n’était pas bien. On n’était pas bien."

"Le rugby ça vous prend, ça vous mâche et ça vous crache"

Pour sa défense, l’ancien international fustige son milieu professionnel qui broie et fatigue même les plus forts sur l’autel de la performance. Et même s’il reconnaît aimer la relation au public et l’adrénaline du terrain, le joueur évoque une "fatigue émotionnelle" très marquée au moment des faits. Il utilise des mots forts : "Le rugby est un sport magnifique mais quand on approche du monde professionnel c’est dur." "On nous utilise, on est des morceaux de viande. Le rugby, ça vous prend, ça vous mâche et ça vous crache. Je voulais mettre ma famille à l’abri du besoin et offrir à mes enfants la jeunesse que je n’ai pas eue". Il confesse avoir dû jouer blessé. "J’ai masqué la douleur. Je portais un masque à longueur de temps."

Wilfrid Hounkpatin qui avoue que son contrôle judiciaire "[l’] a bien aidé" est désormais déterminé à reprendre le contrôle de sa vie : "J’ai appris à me détacher de mon activité professionnelle ces derniers temps. Il est vraiment important que je pense à moi et à mon bien-être." Le natif d’Aubagne finit par exprimer des excuses à son ex-compagne et ses regrets quant à l’absence d’une discussion qui aurait sans doute pu désamorcer la situation, tout en réitérant son souhait "d’avancer ensemble pour les enfants". "Notre vie de couple est finie mais il nous reste notre vie de parents".

Visiblement très éprouvée, J.B. désire désormais tourner la page et se reconstruire. "Elle termine une formation d’assistante dentaire. Un nouveau départ l’attend. Mais il faudra digérer", conclut Me Marie Chabbard.

Au bout du bout, le procureur de la république Claire-Marie de Agostini, semble n’avoir que peu goûté les explications du joueur du CO. Elle note que quelqu’un qui "doit être capable de respecter les règles sur un terrain de rugby doit l’être aussi chez lui", détaille que le joueur ne s’est absolument pas "maîtrisé en causant des blessures entraînant quatre jours d’ITT pour la victime " et évoque une réflexion "pas aboutie" avec un homme qui déclare être écrasé par la pression mais "content de jouer le week-end". Elle requerra une peine de quinze mois de prison assortie d’un sursis probatoire de deux ans. Julien Forton abaissera finalement un peu la peine, condamnant Wilfrid Hounkpatin à une peine de douze mois assortie d’un sursis probatoire de deux ans. Le joueur devra en plus se soumettre à une obligation de soins psychologique et à un stage de sensibilisation aux violences intra-familiales. Le pilier du CO est interdit de paraître au domicile de son ex-compagne mais pourra la voir dans le cadre de la garde de leurs enfants. Le président du tribunal interdit aussi au joueur le port d’armes et le condamne à verser un euro symbolique pour le préjudice moral de la victime ainsi que 1500 euros pour couvrir ses frais de défense. Seule concession du tribunal envers Wilfrid Hounkpatin, la non inscription de ce jugement au "B2". En clair, cette affaire n’apparaîtra pas dans son casier judiciaire, ce qui facilitera une éventuelle reconversion. Il est 18h20, Wilfrid Hounkpatin quitte la salle d’audience par une porte dérobée, évitant les questions des journalistes. Epilogue d’une journée émotionnellement chargée pour toutes les parties et qui pourrait en appeler d’autres pour le pilier du CO. Car à la suite de cette condamnation, l’avenir s’assombrit sérieusement pour le rugbyman. Celui qui n’avait jusqu’alors essuyé qu’une mise à pied temporaire et la suppression de sa prime d’éthique (1946 euros) pourrait être soumis à une sanction beaucoup plus lourde pouvant aller jusqu’au licenciement.

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Les commentaires (39)
GuydEg Il y a 7 jours Le 04/04/2024 à 23:47

Loup vert : j'ai compris, vous, vous l"enfoncez. La justice vous attend, alors ne faites aucune erreur.

GuydEg Il y a 7 jours Le 04/04/2024 à 14:03

Une personne est responsable de ces actes, jugée elle est condamnée. Recommencerait t elle ? La justice fera à nouveau son passage. Nous, entre temps nous faisons quoi vis à vis de cette personne, rugbyman ou autre, nous l'enfonçons ? ou nous l'aidons ?

LoupVert Il y a 7 jours Le 04/04/2024 à 18:35

Un mec qui tape sur une femme ou un enfant est impardonnable !!! La lâcheté et la sauvagerie à l'état pur ! Il n'a plus rien à faire sur un terrain de rugby !

Kris6440 Il y a 8 jours Le 04/04/2024 à 13:59

Tout cela est bien triste...le rugby école de la vie ?
Ce temps paraît bien loin aujourd'hui !

FCLOURDES Il y a 7 jours Le 04/04/2024 à 17:09

vous croyez qu'avant il n'y avait pas malheureusement des violences conjugales de la part de rugbymen ? c est juste que la parole n était pas aussi libérée qu'aujourd'hui

Titi6490 Il y a 7 jours Le 04/04/2024 à 18:35

C'est vrai que Marc Cécillon n'avait pas été violent avec sa femme