"Pas sûr que l'on puisse faire disparaître la souffrance", Valentin Insardi, psychologue de Provale, évoque la santé mentale des joueurs

Par Emilien Terme
  • Le joueur de Brive Sammy Arnold reçoit un protocole commotion.
    Le joueur de Brive Sammy Arnold reçoit un protocole commotion. Icon Sport - Johnny Fidelin
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L'accompagnement psychologique des joueurs de rugby professionnel a récemment été pointé du doigt par Romain Ntamack. Valentin Insardi, psychologue du syndicat Provale, fait le point sur les solutions mises à disposition des joueurs.

Le tabou du rugby ? La santé mentale des joueurs est depuis toujours un sujet délicat dans le monde de l'ovalie. Pourtant elle est au cœur de notre sport. Il y a les cas que l'on connaît comme celui de Paul Alo-Emile qui s'était exprimé dans les colonnes de Midi Olympique la saison dernière ("Un jour, j’ai même failli m’ôter la vie"), mais il y a aussi tous les joueurs qui ne parlent pas...

Dans un entretien accordé à nos confrères de Brut, Emile et Romain Ntamack ont abordé le sujet de la santé mentale des joueurs professionnels. "La santé mentale des joueurs n'était pas un sujet à mon époque. On voyait ça comme une faiblesse. Il y avait ce côté que le rugby est un sport d'homme, de guerrier qui se relève sans montrer ses faiblesses", confie Emile Ntamack. Pour son fils Romain, presque vingt ans après la fin de carrière de "Milou", il reste beaucoup de progrès à faire : "Il y a forcément des améliorations par rapport à son époque (l'époque de joueur d'Emile Ntamack entre 1988 et 2005, N.D.L.R.) mais je trouve qu'il y a pas mal de retard à l'allumage. Il y a beaucoup de joueurs qui sont en situation compliquée mentalement à cause de périodes compliquées dans la vie privée ou sur le terrain avec des périodes sans jouer. Je trouve qu'il n'y a rien de mis en place pour leur permettre d'avoir une épaule sur laquelle s'appuyer."

"Au sein des clubs, on vise une forme de bien-être, mais avant tout la performance"

Depuis 2019, le syndicat des joueurs de rugby professionnel Provale possède une cellule psychologique qui vise à accompagner les joueurs. Valentin Insardi évolue au sein de cette cellule psychologique en tant que psychologue. L'ancien joueur du CS Bourgoin-Jallieu Rugby nuance les propos tenus par le demi d'ouverture du XV de France : "Les propos de Romain étaient assez forts, il y a quand même des choses qui sont mises en place. Elles ne sont peut-être pas encore suffisantes aujourd'hui, je le reconnais, mais on va dans le sens d'une prise en compte de la santé mentale des joueurs."

Les joueurs qui font appel aux services de la cellule psychologique sont ceux qui ne trouvent pas de réponses au sein de leur club. Pour Valentin Insardi, les objectifs sportifs prennent le pas sur la santé mentale des joueurs : "Au sein des clubs, on parle surtout de préparation mentale qui vise une forme de bien-être, mais avant tout la performance. Les joueurs qui viennent nous voir ne se sentent pas entendus souvent parce qu'ils échangent avec les médecins qui sont pris avec la dynamique du club et dans le staff. Ce n'est pas une généralité, mais ce sont les retours que l'on a des joueurs." La cellule psychologique est un outil pour les joueurs, mais apporte également une solution aux clubs qui n'auraient pas les moyens de répondre aux différentes problématiques : "Un centre de formation qui était très inquiet pour un jeune joueur avait pris contact avec moi. L'idée est de travailler avec les clubs", poursuit Valentin Insardi.

"Quand on souffre de dépression, ça ne se voit pas forcément"

Pression de résultat, risque de blessure ou exposition médiatique, la santé mentale d'un joueur de rugby est constamment menacée. La grande difficulté est d'identifier le mal : "Quand on se casse une jambe ça se voit, on ne peut pas faire autrement. Quand on souffre de dépression ou d'angoisse ça ne se voit pas forcément. C'est difficilement représentable et la perspective temporelle de guérison dépend de chaque joueur", explique le psychologue avant de poursuivre : "Les joueurs sont souvent touchés par la dépression, l'angoisse et les addictions. Souvent, ce sont des choses qui sont en lien. La dépression est parfois en lien avec des angoisses, les addictions c'est souvent pour apaiser des angoisses. Le but est d'accompagner les joueurs pour que cette souffrance soit supportable. La faire disparaître, ce serait très ambitieux. Je ne suis pas sûr que l'on peut faire disparaître la souffrance."

Le passé de joueur de rugby professionnel de Valentin Insardi, mais aussi de l'ensemble de l'équipe qui compose la cellule psychologique (Maylis Bonnin et Pat Barnard), leur permet de mieux comprendre le quotidien des joueurs professionnels. Il permet de briser l'armure derrière laquelle se protège les rugbymen et d'identifier des faiblesses enfouies.

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Les commentaires (1)
Urdinatxoria Il y a 16 jours Le 31/03/2024 à 15:29

N'allez pas sigmatiser Tilsley ! Jouer au rugby à 10 km de chez soi et se faire jeter , çà ne doit pas être facile à vivre.