Investec Champions Cup - Swan Cormenier (Bayonne) : “Il y a des mots et des remarques qui ne sont pas faciles à entendre”

  • Swan Cormenier est l'une des révélations de l'année au poste de pilier gauche.
    Swan Cormenier est l'une des révélations de l'année au poste de pilier gauche. Icon Sport
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Swan Cormenier a découvert un nouveau monde, lorsqu’il a posé ses valises en Top 14 à l’Aviron en 2019. Le garçon sortait alors de deux saisons en Fédérale 1, à Albi. Il s’est, depuis, imposé comme un titulaire à gauche de la mêlée basque. Swan Cormenier est revenu sur ses premiers pas à Bayonne, a parlé des critiques auxquelles il a dû faire face, a évoqué sa prolongation et le rêve que représente le fait de pouvoir jouer la Champions Cup.

Quel regard portez-vous sur votre début de saison ?

J’ai pas mal enchaîné les matchs, un peu dans la continuité de la saison dernière. C’est plutôt cool, il y a une très bonne rotation avec Matis Perchaud. Quentin Béthune a eu un petit pépin physique, donc on attend son retour. Je suis très content du temps de jeu qu’on me donne.

Comment vous sentez-vous, physiquement, puisque vous n’êtes que deux au poste ?

Ça va, ce n'est pas évident, mais on essaye de récupérer avec des protocoles assez efficaces. Il faut bien les suivre, et à la moindre alerte, en informer le staff pour aménager les semaines et être à 100 % le week-end.

Vous avez l’air de plus en plus à l’aise dans cette équipe. Est-ce un constat que vous partagez ?

Oui, je suis plus à l’aise dans l’équipe. La saison dernière, je jouais un peu plus libéré, je l’ai ressenti aussi, avec un peu plus de confiance en moi. Ça influe sur mes performances. Les saisons se suivent, mais ne se ressemblent pas forcément. Ce n’est pas facile de garder un niveau d’excellence chaque week-end, car tout est remis en question.

Il y a eu beaucoup boulot à faire physiquement et rugbystiquement

La bascule a donc eu lieu la saison dernière ?

Oui, c’est ce que j’ai senti. C’était un nouvel élan, un nouveau staff, une nouvelle saison en Top 14 qu’on commence en boulet de canon, avec des résultats très positifs, une atmosphère plutôt bonne à l’intérieur ou extérieur du club. Il y a eu un enchaînement qui a fait que, chaque week-end, c’était plutôt cool.

Vous vivez déjà votre cinquième saison à Bayonne. Que vous dites-vous en regardant dans le rétroviseur ?

Je regarde un peu plus loin que les cinq saisons passées à l’Aviron. Mon parcours est un peu atypique, il n’a pas été facile. Il a fallu aller voir la Fédérale. J’ai eu une très belle opportunité avec Arnaud Méla (à Albi, NDLR). J’ai fait mes armes à ce niveau, puis la proposition de Bayonne est arrivée. Yannick Bru m’a fait confiance, m’a recruté et m’a lancé dans le grand bain, dès mon premier match de Top 14 au Racing. Il y a eu beaucoup de boulot à faire physiquement et rugbystiquement. J’ai découvert le très haut niveau avec un staff de qualité, composé de personnes qui ont eu l’habitude d'entraîner des grands joueurs. Il a fallu s’acclimater et faire sa place, son trou. Ça n’a pas été évident, il y a beaucoup d’attentes dans ce club en termes de résultats, et quelquefois, il a fallu prendre la réalité de certaines personnes dans le visage. Je me suis accroché, et à la fin, c’est ma cinquième saison ici. Le club a confiance en moi et c’est réciproque.

Dès lors ?

C’est cool de pouvoir encore évoluer dans le Top 14 à Bayonne et de voir le club évoluer. En cinq saisons, ici, il n’y en a eu qu’une seule en Pro D2. Je n’avais pas beaucoup de matchs à me mettre sous la dent la première année, j’ai eu pas mal de temps de jeu la seconde. En D2, j’ai beaucoup joué, une saison quasi-pleine, avec un titre et une remontée. Ensuite, sur la première saison avec le nouveau staff, j’ai pris beaucoup de plaisir et c’est reparti cette saison. On me fait confiance et je peux prétendre à être dans la rotation de l’équipe.

Vous dites qu’il a fallu prendre la réalité de certaines personnes dans le visage. C’est-à-dire ?

Dans le rugby professionnel, il y a des mots et des remarques qui ne sont pas faciles à entendre, à accepter. Mais on te pousse dans tes retranchements pour voir si, psychologiquement, tu t'accroches et si tu peux tenir. Physiquement, il a fallu élever les standards pour prétendre jouer le week-end. L’accumulation des semaines d’entraînement était compliquée. Et puis, il y a la réalité des prestations le week-end, avec l'œil extérieur du public. Beaucoup de personnes m’ont critiqué, peut-être, sans doute, me critiquent-elles encore. Mais au fur et à mesure, des personnes ont eu la gentillesse et l'honnêteté de me croiser et de me dire qu’ils étaient sceptiques sur mon cas et qu’ils se sont rendu compte que je savais un peu jouer au rugby. Ça fait toujours plaisir de voir qu'on peut faire changer certains avis. D’autres ne changeront jamais, mais c’est le sport de haut niveau. Quand l’équipe gagne, tout se passe bien et quand ça perd, certains noms peuvent sortir. Le mien a pu sortir dans ces débuts de saisons à l’Aviron bayonnais, mais c’est comme ça, c’est le jeu. Dans mon cas, ça n'a fait que me rendre un peu plus fort psychologiquement et d’un côté, je les remercie.

D’autant que vous avez fait le grand saut, en passant d’une Fédérale 1 peu exposée, aux lumières du Top 14…

C’est ça. Je n’en veux à personne, mais à Albi nous étions diffusés sur l’Équipe 21, il y avait un nombre sympa de supporters, mais ce n’était pas le Pro D2 ou le Top 14. Je m'engage avec Bayonne, à la base pour du Pro D2. L'Aviron monte et d’un joueur qu’on voulait pour étoffer l’effectif en D2, je deviens un joueur de Top 14. Les gens, quand ils ont regardé mon parcours, ont vu que j’étais un petit jeune qui sortait de deux ans de Fédérale à Albi. Ils se sont demandé ce que ça allait donner en Top 14. De suite, je suis rentré dans une case où je n’étais pas forcément un bon joueur, qu’on ne pouvait pas compter sur moi pour représenter au mieux l’Aviron bayonnais. Je peux tout à fait comprendre, mais la plus belle des réponses, c’est de faire un peu changer les mentalités et les avis au cours des saisons. Je suis toujours là et si le club me donne sa confiance en me prolongeant, c’est que je pense avoir une utilité dans l’effectif.

Le côté atypique de votre parcours fait son charme…

C’est ça, mais je ne suis pas le seul à avoir eu un parcours atypique. Wilfrid Hounkpatin est passé de Rouen à Castres, Gabin Villiere de Rouen à Toulon. Il a atteint le XV de France. Alldritt, Bourgarit étaient à Auch, avant de partir à La Rochelle, et maintenant, on voit à quel niveau ils sont. C’est possible, il faut y croire. Il y a des joueurs très intéressants en Pro D2 et Fédérale.

Swan Cormenier ballon en main lors de Bayonne - Glasgow en Champions Cup.
Swan Cormenier ballon en main lors de Bayonne - Glasgow en Champions Cup. Icon Sport

Qu’auriez-vous fait, si vous n’aviez pas été rugbyman professionnel ?

Quand j’étais à Brive, j’ai passé un CAP de plombier chauffagiste. J’avais fait des mentions complémentaires pour l’entretien et le dépannage de chaudières. Je voulais continuer dans les énergies renouvelables. J’essayais d’obtenir un BEP, mais la Marine nationale est arrivée.

Et donc ?

Elle proposait des postes dans les CIRFA, les centres de recrutement. C’était rémunéré sur un 20 heures par semaine, et en échange, on intégrait l’équipe de la Marine nationale. On partait deux ou trois fois dans la saison pour préparer le crunch annuel contre les Anglais, ainsi que le championnat de France militaire, qui regroupait l’Armée de l’air, la gendarmerie, l’Armée de terre et la Marine nationale.

Que faisiez-vous, dans ces CIRFA ?

Je recevais les dossiers des jeunes qui voulaient s’engager dans la Marine. J’étais à un poste de secrétariat à Brive-la-Gaillarde. Quand on parle de Marine Nationale là-bas, ça fait quand même sourire. La mer, elle n’est pas à côté…

Lorsque Bayonne est monté en Top 14, j’ai eu un peu d’appréhension.

Quid du rugby à ce moment-là ?

Après Brive, je suis allé à Albi. J’avais un contrat fédéral, c’est là où j’ai commencé à vivre du rugby. Si Bayonne ne m’avait pas appelé, j’avais quelques touches en Pro D2. Mais quand ton agent te dit que Bayonne, une institution du rugby, sous le commandement d’un certain Yannick Bru, est intéressé par ton profil, tu te demandes si c’est vrai.

En l'occurrence, ça l’était…

Mon agent m’a dit, Yannick Bru va t’appeler. J’ai répondu, très bien, je garde mon téléphone à côté. Il y a eu un peu de stress et c’est normal, car c’est une référence dans le monde du rugby. J’ai passé 30 minutes avec lui au téléphone, il m’a expliqué le projet, mais au bout de deux minutes, je voulais lui dire oui, je viens. Je m’en fichais de ce qu’il pouvait me dire du projet. Yannick m’a fait une revue d’effectif, m’a parlé de la ville de l’ambiance, j’étais hyper attentif. Il m’a demandé mon avis, mon parcours, je lui ai expliqué d’où je venais, les valeurs que je pouvais défendre. Savoir que Yannick me voulait vraiment a été l'élément déclencheur. J’avais une proposition pour un contrat 1+1.

Et ?

J’ai dit à mon agent que c’était une opportunité, il fallait la saisir. Je ne voulais pas avoir de regrets. Lorsque Bayonne est monté en Top 14, j’ai eu un peu d’appréhension. Je me suis demandé si ça allait le faire, et je me suis répété la même chose : ça passe, tant mieux, ça ne passe pas, la vie continue.[...] Arrivé à Bayonne, j’ai vite basculé, j’ai vu le niveau d’intensité, de rigueur et de travail qu’on allait me demander en permanence.

Y a-t-il, selon vous, une part de chance dans votre parcours, ou est-ce dû au travail ?

La chance, je l’ai provoquée avec mon investissement, mon travail. J’aurais pu venir, faire acte de présence et si je n’avais pas été préparé ou investi, ça ne serait pas du tout passé. Je suis arrivé dans un club avec un groupe qui avait vécu une montée en Top 14. Je ne pouvais pas me permettre, lorsque je mettais le maillot, de ch*** dans les bottes des mecs qui se sont cassé les dents toute la saison, en Pro D2, pour montrer. Je ne voulais pas passer pour un peintre.

Actuellement 5e de sa poule de Champions Cup, Bayonne peut encore tout connaître : la qualification, l'élimination ou être reversé en Challenge Cup : voici les scénarios de Bayonne pour la dernière journée \u2b07\ufe0fhttps://t.co/WKZHlecyNO

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) January 18, 2024

Récemment, vous avez fait le choix de prolonger pour trois ans, à Bayonne. Pourquoi ?

Ça n’a pas été évident, il y a eu pas mal de choses qui ont été dites, qui sont sorties et qui m’ont pas mal déplu, mais il faut croire que c’est le contexte et le milieu qui veut ça. C’est arrivé à d'autres joueurs et ça arrivera sûrement dans le futur. Je voulais rester à l’Aviron, le club voulait aussi me conserver. Je pense que l’histoire n’est pas encore terminée. Je suis quand même très satisfait de pouvoir prolonger. Je pense que le club l’est aussi, puisqu’il m’a fait cette proposition sur trois saisons. C’est plutôt cool.

Qu’est-ce qui vous a déplu ?

Des trucs qui sont sortis sur les réseaux sociaux, des sujets de conversation que seuls moi, mon agent et la présidence étaient au courant. Il y a des trucs qui ont fuité et qui ne m’ont pas plu, surtout qu’il s’agissait de choses assez fausses pour la plupart, des trucs qui ne me représentent pas, mais c’est comme ça. C’est comme quand on fait un mauvais match, il y a toujours des personnes qui sont là pour te le rappeler en te citant. Il faut croire que ça fait partie du rugby moderne avec ses bons et mauvais côtés. Quand je parle des mauvais côtés, je pense aux réseaux sociaux et tout ce qui suit autour.

Faites-vous référence aux bruits liés à vos prétentions salariales ?

Il y a eu des trucs comme ça, d’autres choses aussi avec des termes employés bien précis. Certaines choses seront réglées, en personne, en temps et en heure, avec les personnes concernées, pas via des rumeurs ou sur les réseaux sociaux.

Avez-vous étudié des pistes ailleurs qu’à l’Aviron ?

Je n’étais pas fermé aux autres propositions. J'avais plutôt avancé avec un ou deux clubs, j’ai fait une visio. Après, j’étais aussi un peu dans l'attente. Il y a eu l'épisode de la discussion avec l’Aviron bayonnais, un temps mort et les discussions ont repris par la suite. Je ne voulais pas laisser traîner les choses plus longtemps, parce que mine de rien, ça joue sur le joueur, ce qui est normal. Des trucs sont sortis à mon sujet sur des prétentions salariales, j’ai pas mal été critiqué là-dessus. Ça m’a un peu impacté. Dans la même semaine, il y a eu la sortie de certains joueurs pour me remplacer. C’est à croire que je ne faisais plus partie du club. Psychologiquement, tout ça, il a fallu l’encaisser. Je l’ai encaissé, j’ai assumé mes matchs. La finalité est que je suis à l’Aviron jusqu’en 2027

On n’a pas trop l’habitude, en France, de voir un public aussi bouillant et très respectueux lorsqu’il y a des pénalités

Ce sont des choses auxquelles vous n’étiez pas habitué, puisque vous êtes arrivé dans le monde professionnel tardivement ?

On apprend toujours ce genre de choses le dernier ou via les réseaux sociaux. Je trouvais ça un petit peu moyen. J’en avais fait part au staff. J’avais l'impression d'être remis en cause sur le fait de savoir si le club comptait sur moi. J’avais des certitudes de la part de Grégory Patat. Il voulait me conserver à l’Aviron, mais bon… Quand tu vois d’autres noms circuler pour te remplacer, ça y joue un peu. C’était peut-être une stratégie de la part du club pour faire avancer les choses un peu plus vite. Ça y a joué, mais ce n’est pas ce qui m’a pressé dans ma décision non plus.

Mais alors, qu’est-ce qui a fait basculer votre choix ?

Le projet du club, le fait de savoir qu’il veut continuer à grandir, qu'il a pas mal évolué. En cinq saisons, j’ai presque tout connu, ici, au niveau des infrastructures. L’ancien stade avec la piste d’athlétisme, les anciennes tribunes, l’ancien terrain, l’AB Campus. Le club se donne les moyens avec l’attraction de grands joueurs, d’anciens internationaux. On sent qu’il y a quelque chose de solide qui veut naître à Bayonne. C’est intéressant. J’ai vécu une descente, une remontée. J’ai eu mon premier titre officiel avec l’Aviron, en étant champion de France de Pro D2 en 2022. Ce n’est pas rien. Je me sens aussi bien dans la région, c’est plaisant. Au-delà du rugby, en avril, je vais attendre un heureux événement avec ma compagne. Ça fait cogiter, ça va être un changement de vie. C’est cool de savoir qu’on va accueillir une petite bayonnaise et qu’on va pouvoir profiter de ce cadre de vie avec elle pendant trois saisons.

Dimanche, vous jouerez votre quatrième match d’affilée en coupe d’Europe. Est-ce un rêve pour le joueur de Fédérale 1 que vous avez été ?

Quand je suis arrivé à Bayonne et que j’ai joué mon premier, puis mon second ou troisième match de Top 14, c’était irréel. J’avais appelé mon père et je lui avais dit que je ne savais pas combien de temps ça allait durer avec l’Aviron, mais que j’étais en train de cocher les matchs. Un, deux, trois, quatre. Dans ma tête, je me disais que si ça n’allait pas plus loin, j’allais pouvoir dire que j’ai joué au plus haut niveau du rugby français, face à des internationaux. [...] Pouvoir disputer la grande coupe d’Europe, c’est le Graal. On a une poule avec des équipes monstrueuses, on a fait un nul au Munster, c’est exceptionnel. On n’a pas trop l’habitude, en France, de voir un public aussi bouillant et très respectueux lorsqu’il y a des pénalités ou des transformations. Ce n’est que du bonus. En tout cas, j'aimerais faire le maximum de matchs en Top 14 ou coupe d'Europe. J’aurai le temps de souffler lorsque ma carrière sera terminée. Je ne veux pas avoir de regrets, je veux prendre tout ce qu’il y a à prendre et on fera les comptes à la fin.

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Les commentaires (4)
coluche24 Il y a 2 mois Le 19/01/2024 à 18:54

Un public respectueux sur les pénalités !!! C'est du 2ème degré ??! En plus d'être un bon joueur cet homme a de l'humour.

peio64 Il y a 2 mois Le 19/01/2024 à 13:51

Un bon joueur, volontaire, régulier , avec des valeurs . Je suis content qu'il ait signé pour 3 années supplémentaires .

Nitrousa Il y a 2 mois Le 19/01/2024 à 13:48

Voilà un excellent joueur qui a un parcours très atypique et justement grâce à ce parcours atypique arrive à ce qu'il est aujourd'hui le tout avec une mentalité irréprochable... Bravo