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L'histoire du mercredi : la tournée d'été 2009, "l'opération commando"

L'histoire du mercredi : la tournée d'été 2009, "l'opération commando"
Par Rugbyrama

Le 14/10/2020 à 16:57Mis à jour Le 14/10/2020 à 17:41

XV DE FRANCE - Première édition des histoires du mercredi. Pour vous, Rugbyrama revient sur un moment phare du rugby professionnel. Un essai, un match ou même une tournée ou un Tournoi. On commence avec la Tournée d'été 2009 où le XV de France allait réaliser l'exploit en Nouvelle-Zélande. Présent lors des trois tests, l'ancien international Cédric Heymans revient sur cet épisode unique.

La Tournée d'été 2009 du XV de France restera à coup sûr un épisode marquant du rugby français. Les Bleus vont réaliser l'exploit de s'imposer en terre néo-zélandaise. Et aujourd'hui encore, cette équipe de France est la dernière à s'être imposé chez les All Blacks. Cédric Heymans, ancien ailier international et aujourd'hui consultant sur Canal +, était présent lors cette tournée et avait même disputé l'intégralité des trois matchs.

L'approche de cette tournée ne fut pas tellement évidente pour une équipe qui était arrivé en deux groupes. "Certains avaient les phases finales de Top 14 dans les jambes, d'autres non" se rappelle Cédric Heymans. "On sort d'un Tournoi où on avait alterné le bon et le moins bon". Les Bleus avaient immédiatement été mis dans le bain par Marc Lièvremont et son staff. "On commence à faire un premier entraînement à l'hôtel juste à côté de l'aéroport" se souvient tout de suite l'ancien international. Mais cette tournée avait tout d'unique. "Je me souviens des mots du staff, ça allait être un peu une opération commando, on fera les comptes à la fin de la tournée". Une façon de dire que les Bleus ont dû avancer à vue sans savoir ce qui allait les attendre face à l'ogre All Black.

L'exploit de Dunedin

Mais quel début pour une opération commando. Dès le premier match, les Bleus frappent un grand coup en allant s'imposer à Dunedin 22-27 au terme d'un match où ils n'auront rien lâché. "Cette victoire, elle nous surprend" lance Heymans. "On ne se rend pas compte sur le moment de ce que l'on fait mais on se rend compte qu'on les tient et qu'on les malmène. Ce match, on va le chercher, il y a un bel exploit de François Trinh-Duc". En effet, après le premier quart d'heure, l'actuel ouvreur du Racing 92 échappait à pas moins de cinq placages pour lancer le XV de France.

Mais pour forcer le destin, il faut une part de chance et Cédric Heymans le reconnaît. Les deux autres essais de William Servat et de Maxime Médard sur interception mèneront les Français à la victoire. "On se fait arroser de jeu au pied mais les rebonds sont en notre faveur, tout nous sourit tout au long de la partie. On est sur le fil du rasoir et on arrive à gagner le match". L'ancien ailier paraît dur avec les Bleus, eux qui ont fait la course devant au score sur l'intégralité de la rencontre et qui ont su maîtriser les Blacks. Mais Cédric Heymans retient la chance et sa mauvaise prestation personnelle. "Je suis catastrophique sur ce premier match, je suis pas très bon". Mais il n'oublie bien évidemment pas la victoire, "une part de chance pour un grand moment".

Mais aucune raison de se relâcher pour les Bleus après ce résultat historique, l'objectif était directement tourné vers une deuxième victoire. "La semaine s'enclenche avec cet esprit de "il y en a qui l'ont fait avant nous, pourquoi pas nous désormais"". Les Bleus n'ont donc pas chômé dans la semaine qui menait vers le deuxième test à Wellington. "Emile N'Tamack (alors même du staff, NDLR) avait connu ce même genre de préparation en 1994 et je peux vous assurer que les entraînements, ils n'étaient pas de tout repos après la victoire" affirme Cédric Heymans, qui en plus de cela avait à se faire pardonner de son premier test raté.

Les Bleus lors de la victoire chez les All Blacks

Les Bleus lors de la victoire chez les All BlacksIcon Sport

Malgré la pression des journaux néo-zélandais sur leur équipe, la préparation a donc été "très dure" pour les Français. "On nous parlait que de l'exploit de 1994, on arrêtait pas nous le rabâcher. Mais à côté de cela, l'encadrement a su nous garder vraiment sous pression. L'exploit, désormais, était de ramener deux matchs, pas un". Encore un fois, aucun relâchement chez les Bleus qui avaient fait preuve d'humilité avant un deuxième test face à des Blacks qui étaient annoncés ultra revanchards. Autre difficulté, la fin de saison. "Mentalement on va puiser, c'était très chaud" se rappelle l'ailier qui, ne le sachant pas encore, allait devenir l'attraction de ce match.

L'essai d'Heymans, une histoire de revanche(s)

Le deuxième test sera tout aussi serré que le premier mais sera bien sûr marqué par cet essai encore dans toutes les têtes de ceux qui étaient devant leur télévision ce matin de 20 juin 2009. Les Bleus, menés 8-0 vont entamer la deuxième mi-temps tambour battant grâce à Cédric Heymans, auteur d'un exploit majuscule. Pour l'intéressé, c'est d'abord un contexte de revanches :

"Je vais être transparent sur toute l'histoire. Quand j'ai dit que j'était pas super bon sur le premier match, je n'ai pas été bon du tout. J'avais eu une discussion avec Emile N'Tamack qui me dit "écoute, tu es de nouveau titulaire mais il faut que tu réagisses, tu ne peux pas rester sur ça. Ton avenir en Bleu, avec la Coupe du Monde 2011 en approche, la nouvelle génération qui pousse, attention" C'était chaud pour moi. En plus, je quitte le Stade Toulousain pour la tournée, je ne dispute même pas la demi-finale de Top 14 (défaite face à Clermont). J'avais dit à Guy (Novès) qu'il allait se passer quelque chose sur cette tournée car j'était revanchard, d'abord de ne pas avoir fait la demi- finale et en plus pour mon premier test match pas du tout abouti".

" Mils Muliana, un joueur phare pour moi"

Cédric Heymans avait donc cet épée de Damoclès au-dessus de la tête avec des jeunes comme Alexis Palisson qui toquait à la porte pour une place à l'aile du XV de France. La suite, Cédic Heymans la raconte :

"Il y a une forte pluie, on est de nouveau harcelés de jeu au pied, mais il y a des imprécisions en face aussi. Et puis il y a cette action. Le timing de Mermoz est bon sur la passe sur un pas, Maxime Médard qui fait ce qu'il faut et moi je frôle cette ligne de touche. Cory Jane, je ne le vois pas mais c'est surtout Mils Muliana (capitaine ce jour-là, NDLR). C'était un joueur phare pour moi. J'était fan de Christian Cullen, Glenn Osborne et Mils Muliana. Quand je fais ce cadrage débordement, je le tente, j'ai pas la prétention de dire que je vais passer. Dès que je suis passé, je cherche à donner mon ballon à l'intérieur, mais je me rend compte qu'il n'y a personne. C'est à moment là que je vois que ça reviens et je me dis qu'il y a qu'une solution, c'est que je vais me faire plaquer donc je fais un crochet pour conserver le ballon, et là, je passe".

Cet essai est donc avant tout une histoire de feeling, une prise d'information seconde par seconde. "Je refléchit peu sur le coup, je pense que c'est pour cela que je passe d'ailleurs (rires)". Même s'il ne l'a pas avoué directement après le match, il peut le dire maintenant. "Bien sûr que cet essai fait parti des meilleurs car c'est Muliana, car c'est les Blacks, parce que je joue pas les phases finales avec Toulouse, parce que je suis remis en question". Un essai venu d'ailleurs qui arrive à point nommé pour celui à qui ce genre de moment est parlant, "je suis dans l'affect". En difficulté, Heymans et les Bleus ont su réagir.

Une fin de tournée décevante

La France va perdre ce deuxième match 14-10 mais va tout de même arracher le trophée Gallagher pour seulement un petit point au goal average. Mais il y avait la place pour les Bleus d'aller chercher la gagner. "Je vais mettre une petite pique à mon pote Damien Traille. Il y a une dernière action où on essaye de remonter le terrain, on se dit il y a quelque chose à faire pourquoi pas mais il y a un en avant entre lui et moi dans nos 22 mètres. C'est l'essai du bout du monde qui s'arrête dans nos 22" rigole Cédric Heymans.

Après cette défaite rageante mais cette victoire sur la série, les sentiments sont partagés. "Il y a de la fierté parce qu'on gagne. On est pas mal de joueurs à ne pas savoir et on se rend compte quand on voit Thierry Dusautoir rentrer avec le trophée, on était vite rentrés se mettre à l'abri et au chaud". Les jours se suivent mais ne se ressembleront pas pour les joueurs de Marc Lièvremont qui vont connaître une triste fin avec un match complétement manqué en Australie. "Il fait tâche mais on va rien dire, on va pas en parler" plaisante celui qui a fini sa carrière à Bayonne. "On prend une secouée, on est au bout, il y a beaucoup d'événements dans cette semaine de préparation, c'était peut-être le match de trop. Ce match est un peu oublié mais ça nous va très bien".

Les Bleus, bousculés en Australie

Les Bleus, bousculés en AustralieIcon Sport

Les Bleus vont perdre 22-6 à Sydney dans une rencontre où Matt Giteau va inscrire l'intégralité des points des Wallabies. Cédric Heymans retiendra de cette tournée cette première journée : une entrée en matière ultra-rapide avec cet entraînement dès l'arrivée. "Cela a marqué le début de cette opération commando, ça m'a vraiment marqué. Il pleuvait, on était dans un hôtel au milieu de nulle part, c'était pas très rock'n'roll. Mais on avait réussi à créer cette ambiance éphémère d'une tournée".

Une rampe de lancement vers le Grand Chelem 2010 ?

Une tournée d'été qui avait ensuite lancé les Bleus vers une tournée d'automne satisfaisante mais aussi vers le dernier Grand Chelem et victoire en date du XV de France dans le Tournoi des 6 Nations 2010. "Cette tournée nous a montré que quand l'on met beaucoup d'éléments, on peut y arriver, mais en automne, on était resté sur ce match face à l'Australie donc il y avait de la revanche".

Une tournée qui a forcément marqué les esprits mais qui n'est pas la seule raison du Grand Chelem. "Dire que ce groupe est né en Nouvelle-Zélande, c'est de la prétention, mais dire qu'il y a quelque chose qui s'est passé avec une nouvelle génération de joueurs, oui. On a passé de très bons moments quand même là-bas, j'ai quand même joué sur l'un des plus beaux parcours de golf du monde en Nouvelle-Zélande, avec un paysage magnifique" raconte t-il en souriant. Des parties partagées notamment avec Florian Fritz, grand amateur de golf.

Une petite anecdote dans la grande histoire de cette tournée d'été. Les Bleus retourneront en Nouvelle-Zélande avec une finale lors de la Coupe du monde 2011. Mais ça, c'est un autre histoire.

Par Kenny Ramoussin

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