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Champ : "Jouer en Equipe de France va au-delà du professionnalisme"

Champ : "Jouer en Equipe de France va au-delà du professionnalisme"
Par Rugbyrama

Le 20/02/2018 à 18:12Mis à jour Le 21/02/2018 à 13:47

Eric Champ, troisième ligne international (42 sélections), finaliste de la Coupe du monde 1987, ancien joueur du Rugby Club Toulonnais avec lequel il fut champion de France en 1987 et 1992, revient sur la virée nocturne d'Édimbourg et sur les sanctions prises par le staff du XV de France.

Rugbyrama : Avez-vous suivi les derniers événements qui entourent l'équipe de France ?

Eric Champ : Pour être clair, je ne les ai pas suivi avec attention car ce qui m'intéresse avant tout c'est le rugby. Ce n'est pas ce qu'il y a autour. Pour s'exprimer sur ce qu'il s'est passé à Édimbourg après le match France-Écosse, puisque c'est de cela que l'on parle, il faut connaître tous les tenants et les aboutissants et je ne les ai pas.Je n'étais pas à la soirée. Je ne sais pas si c'est tombé dans l'exagération, je n'en sais rien...Je ne peux pas m'exprimer sur des débordements si il y en a eu. Si le staff et Jacques Brunel ont décidé de suspendre les joueurs c'est qu'ils ont leurs raisons.

Que pouvez-vous dire alors ?

E.C. : Ce que je peux dire très clairement c'est que je trouve que le fait de sortir (les joueurs auraient eu l'autorisation d'un des dirigeants de la Fédération Française de Rugby) après un match du Tournoi, est normal pour moi. C'est une tradition. Même si je fais partie de la préhistoire (sourires), je me souviens que lors des cinq Tournoi que j'ai eu l'occasion de disputer (entre 1986 et 1990), l'avant-match était bien sûr important tout comme la remise des maillots, la Marseillaise, le match... mais le fait de se retrouver le soir avec les copains était aussi quelque chose d'essentiel. Même avec l'arrivée du professionnalisme en 1995, la troisième mi-temps n'a pas cessé d'exister dans ce sport. Le fait d'être ensemble après un match qui représente une aventure humaine et sportive, ce n'est pas ça le problème. C'est quand même important de se connaître différemment que sur un terrain et d'aller à la rencontre des supporters.

Hymne équipe de France vs Ecosse

Hymne équipe de France vs EcosseRugbyrama

Est-ce que vous trouvez qu'on en fait trop avec cette histoire en Écosse ?

E.C. : Le problème n'est pas celui-là, de savoir si l'on en fait trop ou pas assez. Le rugby a évolué et je ne crois pas trahir le secret du vestiaire en disant des petits dérapages ont pu exister par le passé. Cela nous appartient. Aujourd'hui les joueurs sont rentrés dans un monde où ils ont l'image d'hommes publics, admirés, adorés. En disant cela, il faut être bien conscient que les moyens de communication sont aujourd'hui plus nombreux et que tout peut aller très vite avec la diffusion de mauvaises informations sur des événements disons-le à la base mineur et qui peuvent prendre des proportions incroyables.

Ce qu'il s'est passé à Édimbourg aurait donc dû être minimisé ?

E.C. : Non, je ne dis pas cela car s'il y a des faits comme ce que j'ai pu lire de beuverie entres autres, cela est plus que regrettable.

Est-ce que vous comprenez tout de même que ce qu'il s'est passé autour de cette sortie un soir de défaite ait pu choquer l'opinion publique et le grand public ?

E.C. : Si la question est de savoir si je trouve ça normal que le grand public soit choqué que des joueurs soient sortis après une défaite, à vrai dire, je ne le comprends pas.

Vraiment ?

E.C. : Non, je ne le comprends pas. Très clairement, je n'ai pas gagné tous les matchs que j'ai disputé avec le maillot du XV de France (48 matchs pour 42 sélections, les tournées contre la Roumanie et le Japon n'étaient pas comptabilisés à l'époque) mais je pense que lorsque nous perdions, il était important aussi d'aller passer un moment tous ensemble joueurs et staff inclus. Plutôt que de se retrouver devant la vidéo ou chacun dans son coin à l'hôtel.

Eric Champ, au centre (France)

Eric Champ, au centre (France)Icon Sport

Cela dépend aussi du ressenti et du caractère de chacun par rapport à la défaite... par exemple, le capitaine du XV de France Guilhem Guirado n'est pas sorti ce soir-là...

E.C. : Cela le regarde, c'est sa liberté. Il l'a ressenti comme ça. Guilhem Guirado a sûrement dû le faire à d'autres moments. Je n'ai pas de commentaires à faire sur ceux qui sont sortis ou ne sont pas sortis. La sortie de certains ne me choquent pas, bien au contraire j'aurais aimé que toute l'équipe, le staff soient ensemble pour échanger entre eux, et avec les supporters. Malheureusement, ça a mal tourné. L'après-match dans le Tournoi est un bon moment de partage et de convivialité avec les coéquipiers, les supporters, les adversaires. Il doit le rester. Attention, je n'appelle pas à la beuverie, et je ne dis pas de se mettre 3 ou 4 grammes d'alcool dans la gueule.

Certaines voix se sont levées en France pour dénoncer ce comportement de sales gosses...

E.C. : Ça n'engage que ces personnes. Je tends la perche à tous ceux qui ont porté le maillot de l'équipe de France : après une défaite, ne sont ils pas eux aussi allés faire un tour pour se changer les idées ? Je ne cherche pas à défendre les joueurs mais nous parlons d'un monde professionnel. On leur demande d'être irréprochable en club, de venir le matin à 7h jusqu'à la fin de l'après-midi, et lorsqu'ils sont à Marcoussis 24h/24, enfermés à préparer leur match ils peuvent quand même aller s'aérer un peu l'esprit non ? Après je dis ça, parce que je ne sais pas où s'est arrêté la connerie d'Édimbourg ni où elle a commencé... Sur ce sujet-là, il me semble important d'attendre la suite des événements.

Est-ce que les joueurs qui ont fait ces "conneries" ont trahi le maillot bleu ?

E.C. : Ils n'ont trahi que eux-mêmes à vrai dire. Lorsque vous mettez la tunique avec la cocotte sur le maillot, vous acceptez de représenter votre pays et d'avoir une certaine attitude, une certaine tenue qui va vous formater pour le reste de votre vie. Au-delà de porter le maillot et de faire le match, il faut avoir une attitude exemplaire sur le terrain mais aussi à l'extérieur. C'est une éducation.

Est-ce qu'il y a selon vous toujours de la considération pour cette équipe parmi les joueurs appelés ?

E.C. : Je suis embêté pour répondre à cette question. Les joueurs qui parviennent au statut d'international sont formatés pour arriver à ce niveau-là avec un haut niveau d'exigence. La connaissance de l'équipe de France et de ses exigences, de ses ambitions est la même pour tous. Je persiste à croire que ces gars partagent tous la même passion. La question de jouer en équipe de France va au-delà du professionnalisme. Ceux qui y vont n'y vont pas pour le pognon, du moins je l'espère. Quand vous jouez pour l'équipe de France, vous jouez pour vous mais aussi pour votre famille, vos amis, votre village..Il ne faut pas tout mélanger.

Jacques Brunel a décidé de sanctionner sept joueurs et donc de préserver l'identité de l'équipe de France, est-ce important à vos yeux ?

E.C. : Dans la mesure où le sélectionneur doit connaître les faits, je considère qu'il a raison. Les joueurs ont dû le lui dire. Cette décision a permis de faire redescendre la pression extra-rugby dans un contexte qui déjà n'est pas facile sportivement. Je préférerais que depuis le début de cet entretien nous parlions de rugby. Maintenant, les joueurs ont été sanctionnés pour leur attitude. Il faut basculer sur le match face à l'Italie.

Le contexte, puisque vous en parlez, n'est tout de même pas heureux...Cette histoire en rajoute une couche...

E.C. : J'ai appris que ceux qui gagnent avaient toujours raison. Malheureusement, et je dis bien, malheureusement, nous ne gagnons pas depuis un certain temps. Quand vous ne gagnez pas, et qu'en plus vous n'avez pas la bonne attitude, vous vous faites "fracasser".

Le deuxième ligne international Olivier Roumat (il a porté le maillot du XV de France à 61 reprises entre 1989 et 1996) confiait récemment que les anciens avaient peut-être loupé le devoir de transmission auprès des générations actuelles, est-ce que vous le ressentez ?

E.C. : Je pense qu'Olivier a raison. Le rugby appartient aujourd'hui aux joueurs mais il y a tout un environnement autour avec des gens différents qui ne connaissent peut-être pas toute cette mécanique et cette symbolique autour du XV de France. La faute est aussi aux anciens et leur degré d'implication dans le devoir de transmission.

Comment concrètement ?

E.C. : Je ne sais pas...mais il faudrait peut-être que les clubs et la Fédération tendent plus la main. Beaucoup seraient prêts à s'impliquer.

En parlant des anciens, la FFR refuse de financer l'Amicale des internationaux du rugby français depuis un an, comment vivez-vous la situation ?

E.C. : Je trouve ça dommageable qu'on arrive pas à instaurer un dialogue entre la Fédération et les anciens internationaux. La Fédération a peut-être envie d'utiliser une voie différente en créant une autre association (La Commission des internationaux où l'on retrouve Pascal Papé et Alain Lorieux entre autres) et peut-être qu'il y a eu aussi du côté des anciens internationaux par le passé des débordements qui ne sont pas acceptables. J'aimerai que le président de la Fédération Française de Rugby et Jean Gachassin, le président de l'Amicale se rencontrent et trouvent la bonne solution. Si nous étions sortis tous ensemble le soir du match en Écosse et si nous avions discuté de cela autour d'une bière, peut-être que nous aurions trouvé une solution. La troisième mi-temps bien gérée est importante en ce sens (sourires). Il ne faut pas mettre les choses en opposition.

Jean Gachassin

Jean GachassinIcon Sport

Un dernier mot sur le sportif, qu'est ce que vous inspire ce début de Tournoi ?

E.C. : Nous ne gagnons toujours pas. C'est difficile car il n'y a pas si longtemps nous jouions les premiers rôles pour être champion du monde. On s'est gentiment liquéfié pour jouer les seconds rôles du Tournoi. Comment l'expliquer ? Nous avons de bonnes équipe de France de jeunes mais nos jeunes joueurs ne jouent pas assez en championnat . Il y a trop de joueurs non sélectionnables en Top 14, ce constat ne date pas de hier.

E.C. : Pour revenir à l'équipe nationale, vendredi soir, qu'on le veuille ou non le XV de France jouera pour ne pas avoir la cuillère de bois. Mais il ne faut pas tuer cette équipe, et il faut positiver. Dans la situation actuelle, il faut aller de l'avant et se remettre en piste contre l'Italie vendredi.. C'est le moment de se remettre en marche avant. La France du rugby est un peu triste de cette situation et seule une victoire permettrait de reprendre un peu d'air.

Par Enzo Diaz

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