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Lemaitre : "On ne veut pas forcément des vedettes, mais des gagneurs" (2/2)

Lemaitre : "On ne veut pas forcément des vedettes, mais des gagneurs" (2/2)
Par Rugbyrama

Le 19/04/2021 à 15:33Mis à jour Le 19/04/2021 à 15:34

Au cours d'un long entretien accordé à Midi Olympique, le président du Rugby Club Toulonnais a accepté d'évoquer le bilan de ses quatorze premiers mois à la tête du club varois, le recrutement de la saison à venir ou encore le capitanat confié à Baptiste Serin. Entretien, deuxième partie.

Vous êtes au club depuis juin 2018, et président depuis février 2020 : quel bilan tirez-vous de votre début d'aventure à la tête du RCT ?

C'est difficile de tirer un bilan sportif : la première saison s'est terminée prématurément alors que nous étions quatrièmes, et celle en cours n'est pas terminée. Sur le plan du jeu, je reconnais que nous avons été capables de produire d'excellentes choses, mais également des médiocres. Nous avons une équipe à réaction, ce qui ne me convient pas. Je préférerais avoir une équipe qui progresse en action.

Comment l'expliquez-vous ?

Est-ce lié à la composition des équipes ? Ou alors peut-être que certains joueurs que l'on croit être des leaders ne le sont pas réellement ? En tout cas, il faut une prise de conscience générale, car l'effectif actuel a un énorme potentiel. Sincèrement, je ne sais pas si Toulon sera champion de France, mais notre désir de l'être est très fort, et tout le monde sait que sur un grand jour Toulon peut pratiquer un rugby magnifique. Ç'a été le cas au Racing, notamment, alors pourquoi ne pas reproduire cela ? Il ne tient qu'à nous.

Il y a eu du très bon, notamment contre le Racing 92, mais également une déroute lors de la dernière rencontre en date du RCT contre Lyon (54-16)...

Lyon... Je ne cherche pas à excuser mes joueurs et j'ai eu des mots très forts à leur égard, mais je vais appeler cela un "trou d'air". C'est arrivé une fois, c'est la dernière. On doit s'interdire ce genre de contre-performance. Tout le monde l'a bien compris au sein du groupe.

Louis Carbonnel lors de la défaite du RCT contre Lyon en mars dernier

Louis Carbonnel lors de la défaite du RCT contre Lyon en mars dernierIcon Sport

Mon ambition ne changera pas : le RCT doit s'inscrire parmi les quatre meilleurs clubs français, et les quatre à six meilleurs européens. Toute la politique du club est orientée vers cet objectif.

Et pour le reste ?

Au niveau des infrastructures, nous sommes à la pointe : nous faisons partie des 4/5 meilleurs centres d'entraînement au monde, et nous allons continuer à les améliorer. Enfin, sur le plan économique nous sommes parvenus à effacer toutes nos dettes.

Combien avez-vous sorti de votre poche ?

Je ne cite plus de chiffres car à ces derniers, déjà énormes, il a fallu ajouter une pleine saison sans public, qui a divisé notre chiffre d'affaires annuel par deux. Ainsi, à la place d'une prévision de 28 millions, nous allons faire 14. La différence ? Il faut bien qu'elle vienne de quelque part pour payer les joueurs, le personnel, les factures, etc. Quand la crise se terminera, nous sortirons les fesses propres, mais cela aura coûté énormément d'argent...

Vous est-il arrivé de regretter de vous être lancé dans cette aventure, alors que vous aviez mené une vie professionnelle accomplie et n'aviez plus rien à prouver ?

Je reconnais que j'ai découvert des difficultés desquelles je me serais passé, mais je ne regrette rien. Dans ma vie j'ai connu des périodes bien plus difficiles, et je crois que ces événements me boostent. J'ai toujours la même énergie mentale et physique, qui m'aide à résoudre les problèmes. Le plus inattendu a évidemment été la période Covid, qui devait durer trois mois, puis six et qui pourrait durer un an et demi... Beaucoup de personnes, à commencer par ma femme, me disent que je suis arrivé au RCT au mauvais moment, mais comment pouvais-je le prévoir ? Alors je me bats, je vais de l'avant et jamais je ne regretterai de m'être lancé dans ce projet.

Top 14 - Bernard Lemaitre aux côtés d'Hubert Falco (maire de Toulon)

Top 14 - Bernard Lemaitre aux côtés d'Hubert Falco (maire de Toulon)Icon Sport

Comment se prépare la saison 2021/22, soit l'avant-dernière du projet RCT19-23 ?

Déjà, nous avons fait le choix de compléter notre staff en engageant un entraîneur des lignes arrières en charge du jeu au pied, et nous n'avons pas encore pris de décision au sujet d'un éventuel entraîneur de la défense. Concernant les joueurs, nous avons le désir de réaliser des recrutements "structurants".

C'est-à-dire ?

Nous allons de plus en plus insister sur l'état d'esprit des joueurs. On ne veut pas forcément des vedettes, mais des gagneurs avec un véritable sens du collectif. Nous sommes encore dans une période où certains joueurs ont des qualités considérables mais se regardent un peu le nombril. Et les événements actuels permettent d'amener un peu d'humilité... Enfin, nous bâtissons une équipe qui ne doit plus être à ce point pénalisée par les doublons. Les joueurs partent neuf semaines, s'entraînent comme des fous, reviennent crevés, donc tu leur donnes huit jours de repos... Au final, tu es privé de nombreux cadres pendant deux mois, deux fois dans la saison. À l'avenir, nous allons donc faire en sorte de mieux négocier les périodes internationales.

Sauf qu'un international est, par définition, l'un des meilleurs à son poste. Accepteriez-vous de prendre des joueurs d'un standing moindre ?

L'époque des "stars" est révolue. Pas seulement à Toulon, mais dans le rugby français et européen. Ceci dit, nous ne sommes pas dénués de joueurs de qualité au RCT, et s'ils ne sont pas considérés comme des stars, car cela ne fait pas partie de leur tempérament, certains sont en train de devenir de grands joueurs. Et quand vous avez sept mecs régulièrement appelés en équipe de France, auxquels s'ajoutent les internationaux étrangers, je ne crois pas que le RCT soit une équipe pauvre... Puis, je demeure convaincu que l'engouement autour de "l'époque des stars" peut être remplacé par une équipe qui gagne et qui joue bien. Donc d'un côté nous recrutons de très bons joueurs à l'état d'esprit irréprochable, et de l'autre nous insistons sur la formation, afin de former des joueurs qui pourront, à terme, prétendre à devenir les meilleurs à leur poste.

Quid du poste de deuxième ligne, suite aux blessures de Brian Alainu'uese, Eben Etzebeth et Matthias Halagahu ? le RCT va-t-il chercher un joker ?

Il ne nous reste aujourd'hui que Romain Taofifenua, Swan Rebbadj, que nous aurions aimé garder en troisième ligne, et Adrien Warion, donc nous essayons de chercher un deuxième ligne. Il n'y en a pas en France, alors nous allons chercher à l'étranger, avec les difficultés que cela implique. Lesquelles ? S'il vient d'Afrique du Sud ou de Nouvelle-Zélande, il devra être isolé quatorze jours. Nous savons donc que son arrivée aura un impact court, mais c'est indispensable. Nous cherchons également un centre/ailier.

Charles Ollivon a révélé cette semaine que Baptiste Serin serait capitaine en fin de saison. Que pensez-vous de ce choix ?

Cette saison, nous avons trop souvent changé de capitaine, et il fallait désormais de la stabilité, de la continuité. Un capitaine doit être le porteur du projet club et de ses ambitions. À court terme, Toulon doit se qualifier et aller loin en phases finales, et nous sommes convaincus que Baptiste est l'homme de la situation. Alors quand Patrice (N.D.L.R. Collazo) me l'a proposé, j'ai adhéré de suite. J'aime beaucoup le joueur, l'homme et je pense que c'est un véritable leader.

Enfin, victime d'une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche en septembre, Anthony Belleau semble se rapprocher d'un retour. Qu'en est-il ?

Si on le récupère, ce sera vraiment à la fin de la fin de la saison. Mais s'il retrouve ses sensations et peut s'entraîner à 100% , pourquoi ne pas l'envisager ? Cela implique de le tester d'abord sur quinze minutes, puis d'aviser. Mais s'il a les réflexes, la vista et le jeu au pied, rien n'est impossible.

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