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Missoup : "J'ai souffert de discrimination"

Missoup : "J'ai souffert de discrimination"
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 03/06/2020 à 12:00Mis à jour

TOP 14 - Olivier Missoup, passé par le Stade français, Oyonnax, Toulon ou le Racing 92, a joué quinze saisons au plus haut niveau.

Très touché par l'affaire George Floyd ayant mis la ville de Minneapolis à feu et à sang, également convaincu que le racisme touche encore toutes les strates de notre société, il revient pour nous sur la discrimination dont il estime avoir parfois été victime, dans le rugby français...

Rugbyrama : Le racisme existe-t-il dans le rugby français ?

Olivier Missoup : Le racisme, tant qu'il sera dans la société, il sera dans le rugby. […] J'ai souffert de discrimination, oui. Et je ne suis pas le seul, je pense. Au rugby comme ailleurs, les gens te jugent par rapport a ce qu'ils voient, par rapport a l'apparence.

Qu'est-ce que cela induisait, au quotidien ?

O.M. : J'avais l'impression de devoir toujours travailler deux fois plus que les autres. Je pouvais finir meilleur plaqueur du match et me faire pourrir parce que j'en avais loupé un. Ce qui n'était pas le cas pour tout le monde. Un jour où je fus élu meilleur joueur du match avec Toulon, j'étais pourtant mis au placard la semaine d'après. Ouais... Je me suis posé beaucoup de questions par rapport a tout ça... Des fois, je remontais dans ma chambre et je pleurais d'incompréhension... […] De moi, on disait aussi parfois que j'étais un voyou quand Florian Fritz, Mamuka Gorgodze ou Jamie Cudmore n'étaient eux connus que comme des "guerriers", des "joueurs ayant du caractère".

Quoi d'autre ?

O.M. : Des rugbymen de couleur, il y en a eu beaucoup au plus haut niveau. Combien sont devenus consultants télé ? Combien entraînent-ils en Top 14 ou en Pro D2 ?

Top 14 - Olivier Missoup (Racing 92)

Top 14 - Olivier Missoup (Racing 92)Icon Sport

Mis a part Thierry Dusautoir, ils sont peu, c'est vrai...

O.M. : Et pourquoi, alors ? Est-ce que l'on parle moins bien ? Est-ce que notre parole impacte moins les autres ? Les blacks, ils sont souvent dans l'ombre, qu'on le veuille ou non... Moi, j'ai fréquenté plusieurs équipes de Top 14 et a table, les noirs s'attiraient comme des aimants, ils mangeaient souvent ensemble. Je pose une question : qui, dans les institutions, représente les rugbymen de banlieue, ces gamins que j'entraîne au quotidien et qui n'ont pas les mêmes codes que les enfants d'Aurillac ou Bayonne ?

C'est votre argumentaire et il se défend. Dans les institutions du rugby français, on vous répondra néanmoins être représentatif de toutes les couleurs de peau, de toutes les religions, de toutes les régions de France...

O.M. : Peut-être... Moi, j'essaie juste de regarder les matchs et les joueurs en transparence ; aujourd'hui, je vois des flankers blacks de Lyon, du Stade français ou de Bordeaux-Bègles qui font des matchs incroyables et ne sont jamais jugés a leur juste valeur. Eux-aussi, ils ont besoin d'en faire deux fois plus que les autres pour attirer les regards. Mais que faut-il qu'ils fassent, au juste ? Vous allez peut-être me trouver excessif mais c'est juste une réalité. Je fais un constat.

Finalement ?

O.M. : Je n'ai jamais triché et pourtant, on ne m'a jamais fait de cadeaux. Pas de souci, la vie est ainsi. Mais j'ai combattu a 100 % pour chacun des clubs où j'ai évolué. Mes coachs me disaient souvent : "Tu mets la tête où certains joueurs ne mettraient pas les pieds !" et de mon côté j'avais envie de leur répondre : "Pourquoi ne me fais-tu pas plus confiance, alors ?" Et puis vous savez, pour mon dernier match dans tel ou tel club, on ne m'a jamais déroulé le tapis rouge. J'étais plutôt en costard, en tribunes, quand d'autres avaient le droit a de vrais adieux... Mais les supporters, eux, m'ont toujours témoigné beaucoup de respect.

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