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Benjamin Rioux, une vie de rugbyman bien remplie

Rioux, une vie de rugbyman bien remplie
Par Rugbyrama

Le 14/04/2018 à 12:21Mis à jour Le 14/04/2018 à 14:54

Dimanche, en marge de la rencontre Colomiers - Massy, le stade Michel-Bendichou rendra hommage à deux de ses plus fidèles grognards, Anthony Roux, et Benjamin Rioux. Pour le deuxième, talonneur de son état, plus ancien de l'effectif (35 ans), et qui ne pourra pas disputer la rencontre car blessé, ce sera l'occasion de mettre un terme à une riche carrière.

C'est un homme apaisé dans sa tête qui s'apprête à recevoir une dernière fois les acclamations d'un stade qu'il connaît comme sa poche. Pour Benjamin Rioux, l'heure était venue d'arrêter de pousser en mêlée, de lancer en touche, de plaquer et d'avancer rageusement comme il l'a fait depuis maintenant plus de 20 ans.

"Les signaux étaient trop évidents, c'était le moment d'arrêter. J'ai mal partout. À chaque match, l'épaule gauche sortait" nous confiait le joueur en début de semaine dans les entrailles de Bendichou. Opéré il y a peu des cervicales et de l'épaule, le talonneur a donc décidé d'arrêter les frais. Pour lui l'histoire d'amour avec le ballon ovale ne se termine cependant pas puisque titulaire d'un DESJPS, il devrait entraîner dès la saison prochaine. "Puis, j'ai envie d'être en bonne santé, de faire d'autres sports, je vais me mettre au marathon. Je me mets d'autres défis et j'ai envie de me sentir en bonne santé dans vingt ans. J'ai commencé très tôt à un poste à risque, exposé."

Le stade Michel-Bendichou à Colomiers

Le stade Michel-Bendichou à ColomiersIcon Sport

De quoi terminer frustré ? Il nous offre sa réponse : "Je n'ai absolument pas de frustration. J'ai la chance de pouvoir terminer ma carrière en disant que j'ai fait ce que j'avais à faire. Mon seul petit regret si je dois en avoir un est de ne pas faire ce dernier match face à Massy. Mais mon corps me dit qu'il ne peut pas, donc je ne vais pas le forcer. Je pars en toute simplicité, sans me prendre la tête. Ça faisait un petit moment que je pensais à ma sortie et j'ai vu des joueurs terminer aigri, triste sur la fin. Je me suis toujours dit de ne pas finir comme ça. Je termine apaisé dans ma tête. Les coéquipiers me branchent, m'appellent le vieux. Je suis le plus vieux de l'effectif mais grâce à la jeunesse de l'équipe dans ma tête j'ai encore 25 ans (rires)."

Malgré une dernière saison difficile sur le plan sportif avec seulement trois titularisations en seize feuilles de matchs, "Benji" comme le surnomment ses coéquipiers "aura tout donné. Cette saison, il a touché ses limites physiques mais il fait partie des grands guerriers. Il n'a jamais triché." Les mots sont ceux d'Olivier Baragnon, le manager général de Colomiers, triste de voir partir un "garçon si attachant, d'une très grande fidélité, leader de combat."

Manager sportif - Olivier Baragnon - Colomiers

Manager sportif - Olivier Baragnon - ColomiersIcon Sport

Et de se rappeler que le talonneur n'avait pas hésité à revenir en 2011 dans son club de cœur après un court intermède de deux ans à Graulhet. Prépondérant dans le retour des Haut-Garonnais en Pro D2, talonneur titulaire de la remontée, il avait notamment disputé les 80 minutes entières de la finale de Fédérale 1 contre Massy. Ce dimanche, il n'aura pas cet honneur face au club de l'Essonne, la faute à des soucis physiques donc qui l'ont obligé en février dernier après un match face à Perpignan à jeter l'éponge.

"Perpignan, cette saison ça ne nous a pas réussi à Aimé-Giral mais je me souviendrai que nous y avons gagné lors de l'exercice précédent (octobre 2016). Gagner dans ce stade, avec les conditions que l'on sait (Colomiers était mené 22-6 à la mi-temps pour finalement l'emporter 26-22), c'était incroyable." Un moment à part dans une carrière déjà riche et jalonnée de moments forts.

Six fois champion de France

Natif de Lyon, Benjamin Rioux a fait ses premières armes rugbystiques dans le Var, du côte de Hyères puis au RC Toulon. Après une première saison en Cadets, il migre à l'ouest vers d'autres Rouge et Noir tout aussi célèbres et renommés. Débarqué au Stade toulousain , il s'affirme sous l'impulsion de l'entraîneur des Cadets, Christian Lafon. Du côté des Sept Deniers, il côtoie "une génération dorée avec les Nicolas Durand et les Frédéric Michalak."

Nicolas Durand - toulon agen - 4 mai 2013

Nicolas Durand - toulon agen - 4 mai 2013Icon Sport

À leurs côtés, il raflera trois titres de champions de France cadets, crabos et reichel, rien que ça. C'est aussi l'époque où il intègre les équipes de France jeune. En 2001, au Chili, avec les -19 ans français, il dispute une finale de Coupe du monde contre la Nouvelle-Zélande.

L'histoire d'amour avec Toulouse s'interrompt brutalement à l'aube de la saison 2003/2004 et il rebondit du côté de Colomiers, engagé en Top 16 et qui "traverse alors une forte zone de turbulences." Reversé en Fédérale 1, le club part sur un nouveau cycle, "avec des bases plus saines. C'est là où j'ai pu trouver ma place, m'affirmer au fil des années, m'épanouir personnellement autant que rugbystiquement." souligne t-il.

S'ensuivront une remontée en Pro D2, puis une nouvelle descente lors de la saison 2007/2008 avant de retrouver la deuxième division un an plus tard. En 2011, il revient à Colomiers pour obtenir un troisième titre de champion de France de Fédérale 1. Colomiers se fait sa place en Pro D2 dans le sillage des Weber, Mémain, Béco, Rioux, Roux, Saout..., de la jeune garde qui monte et de Bernard Goutta. "Avec Bernard Goutta, nous avons été sur une phase ascendante pendant cinq ans de 2012 à 2017. Nous avons connu une grosse montée en puissance, une confiance mutuelle s'est instaurée et elle nous a permis de tirer le groupe vers le haut." rappelle Benjamin Rioux.

Romain Mémain (Colomiers) face à Dax - 23 octobre 2015

Romain Mémain (Colomiers) face à Dax - 23 octobre 2015Icon Sport

Qui ne veut en aucun cas oublier certaines épopées : "J'ai pu connaître des tas de magnifiques moments, et des moments plus durs aussi. Le rugby est à l'image de la vie, ce n'est jamais linéaire. Il y a des hauts mais aussi des bas qu'il a fallu appréhender. Le rugby m'a aidé dans ce sens-là. J'y ai rencontré des personnes exceptionnelles, des amis comme Anthony Roux et Damien Weber. Nous avons beaucoup joué ensemble et nous avons guerroyé sur tous les terrains en première ligne. Ça fait six ans que je dors en chambre avec Damien Weber. Je n'oublie pas Romain Mémain non plus avec qui on a voyagé. Ces moments sont en moi. Après, il y a certaines choses que je ne peux pas oublier comme le dernier match de saison régulière à Carcassonne en 2016. Nous attendions les résultats après le coup de sifflet final et notre victoire à Domec. Dès que nous avons su que nous étions qualifiés, c'était une sensation incroyable. Il y a eu cette demi-finale contre Bayonne où nous avons senti cette année-là quelque chose à Colomiers qui s'était perdu. Il y avait une effervescence dans la ville. La demi-finale a permis au rugby de prendre une place importante dans la ville."

De la suite dans les idées

Cette saison , Colomiers comme l'an passé ne connaîtra pas les phases finales. Observateur attentif de son club, le talonneur sait que "le club a pris conscience qu'avec certains arrêts et des départs c'était une fin de cycle. Colomiers est à un tournant pour le prochain cycle. J'espère que ma génération, nous avons laissé le club plus pérenne que lorsque nous avons débuté. On a connu la galère. Nous avons dû batailler vraiment dur pendant un certain temps, j'espère que cet héritage ne sera pas galvaudé et que ceux qui arrivent en seront fiers." Mais, il ne se fait pas de plus de souci que cela : "Le club est sain, sûr de ses bases et il y a un potentiel avec les jeunes qui arrivent pour rester en haut du tableau en Pro D2." tonne celui qui a enfilé 260 fois le maillot columérin.

Thomas Ramos (Toulouse) vs Montpellier

Thomas Ramos (Toulouse) vs MontpellierIcon Sport

La positive attitude donc pour cet optimiste de nature, tout comme l'idée d'un réchauffement avec le Stade toulousain le satisfait : "lorsque je suis arrivé à Colomiers, je me rappelle que nous connaissions des rapports exécrables et depuis deux, trois ans, nous sentons un rapprochement, un réchauffement. La venue de Thomas Ramos a été un vecteur et c'est important d'avoir remis un derby en début de saison en match amical. Cette initiative est intelligente, constructive et réfléchie. Depuis trop longtemps nous avions des rapports opposés avec Toulouse."

Toulouse, le lieu de sa reconversion puisque c'est dans la Ville Rose que va s'écrire la suite de sa vie professionnelle : "J'ai suivi des cours à la Toulouse Business School (TBS) avec le soutien du syndicat des joueurs de rugby, Provale. Depuis deux ans, j'y pensais et ça y est, je monte en collaboration avec un ami banquier mon cabinet de courtage en prêt immobilier qui ouvre prochainement sur Toulouse, les Courtiers toulousains."

Une nouvelle page à écrire pour Benjamin Rioux, qui ne compte pas tirer un trait définitif avec le rugby : "j'habite à moins de deux kilomètres de Bendichou, je viendrai de temps en temps."

Par Enzo Diaz.

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