Midi Olympique

La chronique de H. Broncan

La chronique de H. Broncan
Par Rugbyrama

Le 12/04/2008 à 10:02Mis à jour

Alors que les nuages s'amoncèlent sur l'Agenais, Henry Broncan raconte sa semaine décisive avant la venue d'Aurillac.

Vendredi 4 avril

Départ à 7h vers Oyonnax : Paul au volant et Gilou au GPS ; Cyril Chavet, puisque régional de l'étape, nous a demandé de participer au voyage. Un mauvais pressentiment m'a poussé à déplacer 25 joueurs au lieu des 22 initialement prévus. Repas au Drop, Stade Kaufman de Nîmes. Nous avons repoussé l'entraînement du capitaine pour l'arrivée à Nantua. Traversée manquée de Lyon : dissensions Paul-Claude : va-et-vient sur les ponts du Rhône et même de la Saône, vers 17h tombe la mauvaise nouvelle : 3 licences retenues à titre conservatoire en attendant la sanction officielle prévue le 11 avril. Thomas rejoint Arnaud et Djalil dans la charrette des condamnés !

Péïo, intronisé capitaine, prépare les rescapés sur le charmant stade de Nantua lové dans la cluse enserrée par les massifs du Jurassique : Adri et Romain touchés la veille à Armandie, sont préservés. Il n'est plus question de blesser un joueur supplémentaire.

L'Embarcadère sur les bords du lac nous accueille remarquablement ; à l'étage, le repas des dirigeants et entraîneurs est particulièrement soigné, mais, au sous-sol, les joueurs sont également gâtés. La troupe, quelque peu assommée par les punitions, tente de regrouper ses énergies. A deux pas, sur la rive, un lourd sarcophage rappelle les déportations des maquisards de l'Ain et du Haut-Jura ainsi que le sacrifice des enfants juifs d'Izieu.

Samedi 5 avril

11 heures : réveil musculaire avec les reins bloqués d'Anthony : nous n'avons plus que 21 éléments disponibles ! Impossible de compléter l'équipe : Agen est trop loin. Heureusement, Eusébio peut occuper indifféremment les postes de pilier droit et de talonneur. Eric Catinot, joue les "bronzés" en assistant au réveil musculaire en compagnie d'anciens joueurs de Châlon et de Monchanin. Avec ces derniers, nous évoquons les passés glorieux de ces deux équipes. Pierre Gillet, l'ancien ¾ centre de la formation du Président Soula se souvient de sa défaite à Pierre-Brocas : "A la dernière minute, nous menions 7-6 et l'arbitre nous inflige une pénalité, 22 m face aux poteaux. Votre arrière la manque et nous levons les bras au ciel... pas pour longtemps : un de nos joueurs avait bougé et vous avez retapé la pénalité... et nous avons perdu..." Bien sûr, je me souviens de ce match, du stade de Samatan archi bondé et archi motivé ; je revois les 17 ou 18 joueurs de Montchanin - nous n'avions droit qu'à 2 remplaçants à l'époque - et leur Président arrivés depuis l'aéroport de Toulouse, en mini-bus. Un match hyper-chaud comme l'époque le permettait : Bernard Suderie le gavroche de la barricade gersoise assommé - devant la tribune d'Honneur, un duel terrible en 1re ligne, le fils Soula brillant derrière son pack et la victoire après le gag décrit ci-dessus. Personne n'osait dans notre équipe retirer la pénalité d'abord loupée ; c'est finalement le capitaine et... talonneur Paul Sentous, le père de Nicolas, le n°2 auscitain, qui s'acquitta, très bien, de la mission finale. Ouf ! la nuit dura deux jours !

Départ en trombe de l'U.S.O avec un Olivier Missoup aux quatre coins de Charles-Mathon. Le SUA, assommé en première mi-temps, refait surface après les citrons mais toujours les mêmes difficultés pour terminer les actions. Les 29 points concédés rendent les dix heures de voyage retour encore plus longues : 7 heures du matin quand nous franchissons le péage d'Agen. Deux voitures de supporters ont fait le trajet pour nous soutenir.

Dimanche 6 avril

Mourad respire mieux : malgré une belle résistance des Grenoblois animés par un intenable Authier, les hommes d'Umaga - recasé en haut des tribunes - l'emportent avec le bonus offensif. Avec plaisir, je revois mon ami ariégeois de nouveau titularisé au poste de porteur d'eau, gambader sur un Mayol où le soleil d'avril permet de se découvrir d'un fil.

Stade Toulousain divin ! Le rugby dont on rêve avec des Gallois rugueux pendant une mi-temps puis asphyxiés par la sarabande conduite par la paire Kelleher-Elissalde : des passes et des passes, de l'adresse et de la vitesse ; n'oubliez quand même pas la domination de la mêlée stadiste forgée par le Gersois de Masseube. Difficile d'assister à un match de rugby "normal " après un tel spectacle.

Lundi 7 avril

Vidéo, soins et piscine et réunions avec mes collègues coachs pour préparer la semaine. Le grand Kirill me sollicite pour rejoindre la Russie en passe de remporter le Tournoi des 6 Nations B, à condition de battre l'ennemi ovale : la Géorgie. Il me taquine : "Je sais que tu veux la victoire des Géorgiens et c'est pour ça que tu ne me laisses pas partir ! " Il sera à Krasnoïark samedi pour représenter son pays. A ses côtés, Andréi Ostrikov, encore un de nos espoirs.

Magnifique après-midi lot-et-garonnaise ; première après-midi printanière, ciel bleu, premiers arbres reverdis, douceur ensoleillée, premier tee-shirt. Mon guide a choisi Monflanquin et la vallée de la Lède. Je crois que je ne me lasserai jamais de la place des Arcades aujourd'hui inondée de lumière ni de la déambulation dans les carrerots au pied de maisons à colombages. Le Moyen-Age nous a légué ce trésor par ailleurs bien entretenu par les magistrats successifs. Découverte de l'étroite vallée de Gavaudun ; arrivée au village, coquet, discret, à l'ombre du donjon aux 6 étages. J'apprends qu'au XIIe siècle la forteresse était aux mains des "Henriciens", hérétiques proches des Cathares, disciples d'Henri de Lausanne. Les catholiques leur reprirent en 1169. La restauration récente permet une visite que nous apprécions malgré la sévérité de l'escalier qui chemine à l'intérieur d'une grotte naturelle. Donjon d'une vingtaine de mètres : traversée des salles d'armes, de repli et de garde avant une promenade sur le chemin de ronde. Au bas de l'imposant rocher, les enfants de l'école maternelle jouent dans la cour de récréation, sous l'oeil attentif de la maîtresse : la leçon d'histoire est toute proche !

Suite de l'odyssée et arrêt à Saint-Avit, le berceau de Bernard Palissy ; accès au village interdit aux voitures et obligation d'une petite marche bienfaisante "c'est un trou de verdure où coule une rivière" ; un petit panneau avertit : "prière de ne pas bouger les cailloux de la Lère" seule celle-ci a le droit de le faire ! Ici, le temps s'est arrêté au porche de l'église et à la porte du cimetière presque abandonné : la paix !

La paix ! le 21 mai 1944, le paisible bourg de Lacapelle-Biron va connaître la terreur de la guerre : une soixantaine d'hommes regroupés dans une prairie par un régiment de la Das Reich ; d'autres prisonniers, tirés des villages avoisinants les rejoignent. Au total, 118 hommes dirigés vers la caserne Toussaint d'Agen avant d'être déportés en Allemagne ; 52 d'entre eux ne reviendront pas. En ce 7 avril 2008, si paisible, comment s'imaginer la scène?

Visite au terrain de rugby : en-but étroit, la ligne de ballon mort flirte avec un ru, la ligne de touche aussi : Mon guide sourit : "Ici, il faut l'épuisette !" l'étroitesse de l'en-but ne décourage pas les marqueurs d'essais : hier, les attaquants capelains en ont inscrit plus d'une dizaine aux visiteurs de Colayrac ; ils auraient pu nous en céder quelques-uns !

Petite infidélité au Lot-et-Garonne ; nous glissons vers le château de Biron, en Dordogne : trop princier, trop majestueux, trop m'as-tu-vu ; de mon chêne de Theux, j'ai une vue plus belle que d'ici !

Mardi 8 avril

L'Equipe annonce 5 suspendus en Pro D2 pour dopage ; les noms seront divulgués prochainement. Dans ces cas-là, un frisson vous parcourt : une page supplémentaire au grand feuilleton ? Depuis le cannabis de Caucau, normal d'avoir quelques craintes. Pour les stéroïdes par contre, je n'ai vu aucun de mes joueurs changer spectaculairement de physique. Je crains que dans l'histoire, 5 "lampistes" soient de la revue. A quand les gros poissons ? Les leçons des moralistes vont tomber ; à 20 ans, rêver d'être un joueur professionnel, gagner de l'argent, séduire les foules : la tentation est forte.

Mercredi 9 avril

Aurillac vient samedi soir, à Armandie ; je n'ai jamais caché l'admiration que je porte au jeu des Cantalous ; la "patte" de Michel Peuchlestrade relayé par son neveu : 9 lanceur, Gontinéac souvent demi de mêlée, Viars ailier-arrière, Staniforth des pieds et des mains, Fono perforant, des leurres en multitude... C'est l'équipe de D2 au jeu le plus élaboré.

Nos trois suspendus s'inquiètent : combien de temps sans toucher l'ovale ?

Jeudi 10 avril

Texto d'une amie : "... Ce que j'aime chez toi, c'est ton apparence "chêne de Theux" ; tes feuilles peuvent frémir, tes branches se casser, mais, majestueux, tu es toujours solide, planté. Le roseau que je suis tremble sans cesse, souffre pour toi mais ne lâche pas prise. Tes racines sont en train de céder et rien, pas même moi, ne pourra empêcher le chêne de s'écrouler. Sauf lui. Seul et la tête haute, il peut vaincre. Il le sait".

Texte plutôt pompeux mais dans les circonstances actuelles, sous l'orage, l'amitié compte double. Comme disait Ovide : "Heureux, tu compteras des amitiés sans nombre, mais adieu les amis, si le temps devient sombre".

Un orage violent éclate sur l'Agenais cette après-midi.

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