Midi Olympique

Chronique H. Broncan

Chronique H. Broncan
Par Rugbyrama

Le 30/03/2008 à 07:46Mis à jour

Voici la semaine d'Henry Broncan, entraîneur du SU Agen. Sept nouveaux jours de réflexions et de témoignages.

Vendredi 21 mars

Premier jour du printemps. Les pluies continuent sur Armandie où se déroule le premier entraînement de la journée. A midi, Christian oublie le Vendredi Saint et nous régale : si je monte un restaurant, il sera mon maître queux. Départ vers l'Hérault. Pause classique pour le goûter, sur une aire proche de Carcassonne : Le vent a chassé les ondées et quel vent ! Entraînement du capitaine à Vendres. Les anciens sont là bien à l'abri des murs des vestiaires. Ils nous attendent en riant bruyamment, sûrs de la réaction de l'un d'entre eux à notre arrivée. Ca ne manque pas et j'essuie l'acrimonie de l'acariâtre, septuagénaire, profil talonneur, la "pêche " languedocienne. "Vous n'avez plus Ferrasse pour gagner des matchs... ça vous fait drôle... Combien de fois vous nous avez "enquillés" ?" La bonne humeur est générale et l'ancien prolonge sa diatribe. Entraînement laborieux : la Tramontane, le Sers, le Grégaou de Gruissan ?

J'ose citer la cité de Codorniou. L'autochtone me balance : "Là-bas, le vent est terrible... Ici, c'est rien." Pourtant ma casquette s'envole ! Néné Camps, le maître formateur du collège de Sérignan, aujourd'hui à la retraite, nous a préparés, dans le club house, huîtres, moules et vin blanc... comme l'an passé avec le FCAG. Son club, par manque de moyens financiers, a refusé la montée en Fédérale 1 au printemps dernier... Je le taquine : "Vous avez fait fort à Mazamet : deux joueurs à l'hôpital !". Ma réflexion l'offusque et derrière l'écaille de ses lunettes, ses yeux s'insurgent : "Ces petits sont des anges." Le lendemain, l'un de ses anciens élèves, Richard Castel, m'accueille à la Méditerranée : "Je sais que Néné vous a bien reçus : il vous aime bien..." Je lui réponds du tac au tac : "Je sais, mais je sais aussi qu'il t'aime encore plus..." L'ex-flanker acquiesce en souriant.

Retour sur Béziers et passage devant la fontaine du village. Je souris toujours en passant à proximité : un souvenir d'une trentaine d'années. Après une période tennis, c'est du vélo que je m'étais " entiché ". L'ami Georges, un peu dodu - il l'est encore plus - m'avait invité dans son jardin secret : le camp de nudistes de Sérignan. Pour cet hyper actif, toujours à courir à toute vitesse pendant onze mois de l'année, ce type de vacances était sacré. Le rugby, - il était le spécialiste vidéo du LSC... dés les années 70 - nous avait réunis. Pour lui faire plaisir, je l'avais accompagné dans son bungalow du bord de mer. La tenue d'Adam, surtout par grand vent, que ce soit à la pétanque, au footing, au football et même sur les hauts tabourets du bar, gênait ma pudeur cultivée par une éducation toute catholique. C'est donc avec bonheur, que je vis, dans une sortie vélo, en tenue complète de cycliste, une échappatoire à mon dénuement. J'étais hyper entraîné et je voulais secouer mon compagnon. Surprise de le voir m'accrocher dans la côte de Lespignan, résister au "marin" du côté de Fleury. A l'entrée de Vendres, il était toujours dans ma roue avant de solliciter un arrêt à la fameuse fontaine. C'est là qu'il plongea, cassé, épuisé, raide. Il fallut bien une heure d'arrêt pour qu'il reprenne des forces. J'en souris d'autant plus que d'autres copains l'ont bien vengé depuis et m'ont fait connaître des défaillances semblables.

19 heures, avant le repas du soir, long rendez-vous avec l'un de mes joueurs, venu parmi les 24, mais non inscrit sur la feuille de match le lendemain ; c'est toujours difficile d'écarter un des éléments essentiels du groupe mais la répétition des blessures et le sentiment d'un rétablissement incomplet me persuadent de mon bon droit. C'est une discussion hypertendue, avec des reproches mutuels, mais les yeux dans les yeux. Je comprends la déception de mon joueur, très attaché au SUA, resté au club pour l'aider à remonter, et qui, malchances renouvelées, ne peut réaliser son projet. Il reste encore dix matchs, j'espère qu'il pourra rejoindre ses camarades sur le terrain le plus rapidement possible.

Samedi 22 mars

J'aime le grand vaisseau de la Méditerranée même si Sauclières ne manquait pas de charme. En 1993, J'avais assisté à la demi-finale entre les Agenais et le mammouth de Grenoble. C'est d'ailleurs un coup de pied de mammouth de l'arrière Saby qui avait conduit les Lot-et-Garonnais aux prolongations et à la défaite. Je revois Jacques Fouroux narguant la tribune présidentielle après sa victoire. Il allait payer cher son impertinence lors de la finale contre Castres. Rencontre avec Olivier Saïsset : C'est toujours un bonheur d'échanger avec ce qui se fait de mieux dans l'hexagone ovale. Comment l'équipe de France a t- elle pu se passer de son meilleur technicien ? L'ASBH conduite par une paire de demis royale Culinat et Vidal - solide sur le flanc gauche de la mêlée grâce à Pédesseau, efficace dans le jeu pénétrant autour de Chaplin et de Koffi, dominent un SUA enfin courageux mais encore trop maladroit dans le jeu déployé, trop irrégulier en touche et trop incertain dans son jeu au pied. Défaite logique : la cinquième place s'éloigne. "Demain, sera un autre jour."

Dimanche 23 mars

J'assiste à la victoire d'un club portant les couleurs d'une bourgade de 450 habitants : Lacapelle-Biron, dont le maire, Mr Saint-Béat, est un des docteurs du SUA. Dominée pendant les 4 cinquièmes de la rencontre, arc-boutée même la plupart du temps sur sa propre ligne de but, cette équipe termine le match à pleine allure, inscrivant trois essais en sept minutes : une ASM de fin de match et voilà cette petite bourgade en division d'Honneur ; un régal !

Lundi 24 mars

Le Gers pascal est triste. Les manèges de la place d'Astarac tournent à vide. Le FCAG est revenu de Bourgoin largement battu. Heureusement, le tourteau et le vin blanc de Montaut ragaillardissent. Samedi, les Landes de Dax seront à Jacques Fouroux et dimanche les Landes de Mont-de-Marsan seront à Armandie : deux combats pour l'Honneur. "L'honneur, c'est la poésie du devoir", a écrit Vigny. A nous de faire notre devoir.

Mardi 25 mars

Le CD du match Bordeaux-Toulon parvient au SUA. Les giboulées s'acharnent sur Musard et pendant que les spectateurs se la jouent "serrés" dans les tribunes, le porteur d'eau du RCT, ample Kway rouge mais tête nue, se multiplie auprès des siens. Umaga devient l'hydro-thérapeute le plus célèbre du rugby mondial - les grincheux diront le plus cher -. La rumeur court que c'est le Président Boudjellal qui l'aurait prié de venir distiller de plus près conseils et réconfort à ses joueurs dans l'obligation de l'emporter pour asseoir leur leadership menacé sur ce terrible championnat de D2. De mon côté, je crois à la propre initiative de Tana, car je me souviens de cette anecdote que m'avait contée mon ami Aziz, le vidéoman du RCT la saison passée, lors du match retour à Mayol : "Il venait d'arriver et j'installais comme d'habitude, mon matériel sur les hauts rangs des tribunes. Il me fallait bien, chaque fois, trois ou quatre allers retours pour hisser pieds et caméras. Ma première ascension achevée, je m'apprêtais à redescendre lorsque, dans mon dos, surgit Umaga, sourire aux lèvres et oeil taquin, les bras chargés du reste de l'équipement. C'était la première fois, depuis 4 ans, qu'un joueur venait à mon aide. Si j'avais osé, je crois bien que je l'aurais embrassé ".

A cause de ce récit, je me suis cru obligé après le match, d'aller acheter, pour un ami qui le vénérait, un tee-shirt de l'ex-All Black ! Avouons quand même, qu'à l'heure des coachs installés confortablement dans les loges, costumés, cravatés, souliers vernis, portables dernier cri, petit thé si fraîcheur, rafraîchissements si chaleur, la vision de Tana courant avec son lot de bidons, sous des trombes d'eau, au soutien des siens, avait quelque chose d'émouvant : moi aussi, je l'aurais bien embrassé... Comme le vieux, je deviens trop sensible !

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