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Hermet : "La Coupe du Monde 2022, on y pense tous les jours"

Hermet : "La Coupe du Monde 2022, on y pense tous les jours"
Par Rugbyrama

Le 13/01/2022 à 09:32Mis à jour

XV DE FRANCE FÉMININ - Alors que le Tournoi des 6 Nations féminin se profile dans quelques mois, et que la saison en club bat son plein, la capitaine du XV de France Gaëlle Hermet a accordé un entretien a Via Occitanie et Rugbyrama. L'occasion pour elle d'aborder les échéances avec la sélection, la professionnalisation du rugby féminin et sa force de caractère. Force qu'elle tient de ses racines.

Au sujet du XV de France

2022 est une année chargée pour vous avec le Tournoi des 6 Nations, la Coupe du Monde et le championnat avec le Stade toulousain. La coupure pendant les fêtes a t-elle été d'autant plus bénéfique ?

Ça fait du bien, ce sont des moments qui sont importants dans une vie de sportif qui permettent de se reposer et se ressourcer pour repartir avec du gaz en 2022, sachant qu'on a une grosse année sportive qui nous attend.

La Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande, y pensez-vous tous les jours ?

On y pense depuis déjà plus d'un an puisqu'elle a été décalée d'une année cause Covid. Là on y pense encore plus, on est plus qu'à quelques mois de l’événement tant attendu.

La Coupe du monde aura lieu en octobre novembre 2022, vous y présentez-vous en favorites ?

On prétend à faire le plus grand chemin possible, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs mais le groupe s'y prépare très dur. L'événement nous tient à cœur, d'autant qu'il aura lieu en Nouvelle-Zélande, sur la terre promise des Blacks Ferns. Elles seront revanchardes, chaque match aura son importance. On donnera le maximum et on veut ramener quelque chose en France.

Trois victoires en trois matchs en novembre contre l'Afrique du Sud et deux fois la Nouvelle-Zélande. Avez-vous la sensation d'avoir marqué les esprits ?

Oui, déjà depuis quelques temps on sent qu'on a franchi des caps sportivement et en terme d'engouement auprès du public. Mais de ce qui est ressorti de cette tournée là, humainement on sent que quelque chose s'est créé. C'est de bon augure, on voulait prouver des choses, mettre en place notre jeu et marquer les esprits, c'est ce qu'on a fait.

Vous avez battu deux fois d'affilée la Nouvelle-Zélande pendant la tournée de novembre. Le XV de France s'affirme désormais comme une des meilleures nations du monde.

D'autant plus qu'on est monté au classement mondial, cela prouve le travail effectué en amont. Cette deuxième victoire contre les Black Ferns à Castres, c'était pour montrer que la première victoire à Pau n'était pas un exploit. C'était quelque chose qu'on pouvait réitérer, on avait à cœur de prouver que la France veut être une des meilleures nations mondiales.

Vous retrouverez les néo-zélandaises à la Coupe du Monde, mais chez elles cette fois.

Elles auront un esprit de revanche je pense. Elles sortent de quatre défaites en novembre (deux contre les Anglaises, deux contre les Bleues, NDLR), les compteurs seront remis à zéro. Nous on est très satisfait de cette tournée, elle nous permet d'avancer dans le cheminement qu'on peut avoir jusqu'à la Coupe du Monde. Mais ce n'est qu'une étape de franchie et les Black Ferns auront probablement les dents qui rayeront le parquet.

Plus d'audience, trois stades à guichets fermés en novembre. Le statut du XV de France féminin a t-il changé ?

Oui. C'est déjà l'une de nos missions en tant que joueuses de rugby, il y a le côté sportif mais aussi la volonté d'attirer du monde, montrer que le rugby féminin est agréable à regarder. Il peut attirer des jeunes garçons et des jeunes filles, du coup quand on voit l'engouement du public et les stades pleins, on se rend compte que le rugby féminin a fait un grand bon en avant. Quand les gens viennent nous voir à la fin des matchs et qu'ils sont heureux, le bonheur qu'on peut procurer à ces gens n'a pas de prix. Rien que pour ça, j'ai envie de jouer au rugby encore longtemps, parce que eux donnent beaucoup aussi, et nous on a la chance de donner ce bonheur là aux gens donc c'est très plaisant.

L'évolution du jeu aussi, permet de faire tomber les tabous...

Il n'y en a quasiment plus. Le chemin est encore long, il ne faut pas s'arrêter là. On parle de la place de la femme dans le sport, mais il y a aussi la place de la femme dans la société et nous c'est aussi l'image qu'on veut véhiculer quand on joue. Celle de la place de la femme qui doit être forte. Aujourd'hui, on a un réel statut de femmes qui jouent au rugby.

Dans quel secteur avez-vous le plus progressé aujourd'hui ?

Techniquement, sportivement, sur notre projet de jeu, ce qu'on veut mettre en place sur le terrain, on a réellement franchi des caps. Et encore plus sur le côté humain, l'investissement et l'engagement de chacune dans ce projet de jeu. Il nous reste encore beaucoup de travail et tout ne sera pas parfait.

Dans quels secteurs avez-vous encore des progrès à faire ?

On peut accentuer nos points forts, déjà. Dans notre projet de jeu, il y a encore du travail technique à effectuer, pour se rapprocher de la perfection sur ce qu'on veut mettre en place. Notre jeu est vraiment basé sur du jeu en mouvement, déplacer l'adversaire. Nos entraînements sont très intenses, denses, ça galope beaucoup et c'est propice à l'identité de chacune des joueuses de l'équipe. Quand on se compare aux autres nations, on est pas très épaisses mais par contre notre point fort c'est de courir, c'est ce qu'on veut mettre en place. Les joueuses de rugby à 7 qui étoffent le groupe nous apportent cette vitesse, cette expérience du haut niveau à 7, des Jeux Olympiques. Le seven est pétri de qualités de vitesse, qualités mentales, de lecture de jeu, elles nous amènent tout ça. On s'inspire beaucoup d'elles.

Cette année, le Tournoi des 6 Nations est décalé, il aura lieu en mars et avril.

C'est quelque chose de nouveau, on en saura plus sur les audiences une fois que le tournoi sera terminé. Au niveau climatique, on aura peut-être des conditions un peu meilleures à cette période. En tout cas ça nous laisse plus de temps pour se préparer. Et peut-être que davantage de supporters pourront nous suivre sur les matchs en France puisqu'habituellement il fallait faire des choix entre les hommes, les espoirs ou nous lorsque les trois équipes jouaient à domicile sur un même week-end. En espérant que d'ici là, les jauges auront disparu ou augmenté.

Vous retrouverez les anglaises au Tournoi et à la Coupe du monde. L'équipe qui vous met le plus en difficultés.

L'Angleterre reste une des meilleures nations du monde, qui a vaincu deux fois les néo-zélandaises cet automne, comme nous. Pendant ce Tournoi, ce sera l'occasion de voir où en est chaque nation. En plus, le dernier match du Tournoi est contre les anglaises à Bayonne (le 30 avril NDLR), où l'engouement pour le rugby est fort. Elles nous ont mises en difficultés car c'est une équipe très complète. Capable de déstabiliser l'équipe adverse, avec des joueuses hors normes techniquement et physiquement. On a hâte de les rencontrer.

Sur le plan personnel, avec le Stade toulousain

Vous avez été promue capitaine du XV de France à 21 ans seulement, sur quels aspects avez-vous le plus évolué ?

Au début de mon capitanat, j'étais un peu timide, je découvrais ce statut nouveau. Aujourd'hui ma place est un peu plus ancrée, tout ça grâce au travail du staff et des autres joueuses, la confiance qui en émerge. Sentir la confiance de mes coéquipières m'accordent, c'est très important. Ce rôle de capitaine m'a aussi beaucoup aidé en tant que femme, pas seulement sur le plan rugby, mais aussi dans ma vie personnelle et professionnelle, dans mon épanouissement. C'est quelque chose d'incroyable d'être capitaine, de représenter son pays. Ça a été beaucoup de remises en question, parfois des doutes, mais ça m'a permis de me construire en tant que femme et joueuse. J'ai évolué dans ce côté analyse, observation, de leadership qu'on peut avoir via le statut, mais j'ai ça aussi un peu en moi, de leader naturel. J'ai encore beaucoup de choses à apprendre, mais si je fais un bond quatre ans en arrière je vois largement la différence.

Le fait d'être l'aînée d'une fratrie de trois frères a t-il renforcé votre caractère ?

Probablement, mais je suis issue d'une famille où je ne pouvais qu'avoir un fort caractère. Mon père, mes frères et ma mère sont tous des tempéraments imposants, mais toujours bienveillants, calmes et posés. Il y a cette identité rugby qui émerge de notre famille, être l'aînée de trois frères m'a donné ce côté deuxième maman, autoritaire. Mais je ne peux pas faire sans eux, si j'en suis là c'est aussi grâce à eux. Ils m'ont aidée, m'ont fait grandir, quand je traversais des moments pas faciles ou quand tout était super, ma famille a toujours été présente.

Le rugby féminin a d'abord été développé par son XV de France et ensuite dans les clubs. Ne faudrait-il pas professionnaliser davantage les clubs aujourd'hui ?

Il y a des disparités entre les clubs, parfois les écarts de points sont énormes. Le championnat a été remanié, d'un top 8 à un top 16. On va prochainement repasser sur un championnat avec moins d'équipes. Aujourd'hui, je suis professionnelle avec ma fédération, mais en club je suis amateur. C'est difficile de jongler sur les deux statuts, moi je passe du temps à m'entraîner, me soigner et mes copines de club travaillent la journée et arrivent le soir à l'entraînement. Le développement a besoin d'être fait dans les clubs. Une grosse marche a été franchie sur la mise à disposition d'infrastructures et de moyens humains et financiers dans les clubs, le chemin est encore long, mais c'est déjà une belle avancée. On mesure la chance que l'on a et ça passera aussi par nous, faire avancer le rugby féminin fait aussi partie de nos missions.

Féminines - Gaelle Hermet lors d'un match contre l'Angleterre

Féminines - Gaelle Hermet lors d'un match contre l'AngleterreIcon Sport

Vous évoluez au Stade toulousain depuis 7 ans maintenant, est-ce le club dont vous rêviez ?

Quand j'ai commencé le rugby, je n'aurai jamais pensé jouer pour l'équipe de France et encore moins pour le Stade toulousain. Quand on m'a appelé pour rejoindre le club ça a été beaucoup d'émotions parce que c'est un club avec une histoire. En Occitanie c'est une terre rugby, qui ne connaît pas le Stade toulousain ? C'est une fierté. Quand j'enfile le maillot rouge et noir je me dis que j'aurai la chance de raconter à mes petits enfants que j'ai joué dans cette grande entité, cette grande famille du Stade toulousain.

Un club avec lequel vous avez réalisé un très bon début de saison, 5 victoires en 5 matchs, avec un nouveau coach Olivier Marin...

La saison dernière a été très compliquée tant sur le plan sportif qu'humain, on s'était perdu. Le groupe avait besoin d'une nouvelle tête qui nous amenait autre chose et depuis le début de saison ça se passe très très bien. Ça fait du bien.

L'objectif, est-ce de gagner (enfin) un titre avec Toulouse ?

C'est ma 8ème saison à Toulouse, oui j'ai envie de décrocher un titre pour l'équipe, le club et aussi pour moi parce que ça serait une satisfaction. Un bouclier récompenserait tout le travail qu'il y a derrière, ce serait un aboutissement. Il ne manque que ce titre au club, les professionnels sont champions, les espoirs aussi, les catégories jeunes marchent bien, il ne manque que nous. Il faudra qu'on soit capable d'aller au delà de nos limites, parler d'un dépassement de soi individuel pour le collectif.

Pendant le confinement, vous aviez consacré davantage de temps à votre métier d'ergothérapeute, mais là vous l'avez mis entre parenthèses pour vous consacrer au rugby.

Exactement, c'était un choix personnel pour me consacrer à cet objectif à 200 % et le fait d'être professionnelle avec la Fédération me l'a permis aussi. Parce que c'était compliqué de jongler sur les deux fronts, je ne voulais pas être en demi-teinte sur les deux objectifs. Je reprendrai probablement après la Coupe du monde.

De plus en plus de voix s'élèvent en faveur d'une Coupe d'Europe de rugby féminin. Quel regard portez vous sur cette éventualité ?

Ce serait chouette pour l'avancée du rugby féminin, de pouvoir jouer des matchs à l'étranger contre d'autres équipes seraient une super opportunité. Après ça demande toute une organisation, il y a encore un gros développement à faire autour du rugby féminin en France déjà, pour permettre une compétition européenne. Puis, cela dépend aussi des autres nations. Le championnat anglais est un gros championnat, avec des joueuses professionnelles. Les galloises sont professionnelles depuis peu aussi. Après je connais moins les autres championnats.

Vous avez 25 ans, capitaine du XV de France, une des meilleures joueuses du monde, vous jouez au Stade toulousain, cela ne vous fait-il pas penser à quelqu'un ?

J'ai ma petite idée (rires). C'est assez marrant parce qu'avec Antoine (Dupont) on était au lycée ensemble, on a passé le même bac au pôle espoir de Jolimont. On se croise finalement peu parce que lui s'entraîne la journée, nous le soir. On avait beaucoup discuté à Marcoussis lorsque le Président de la République est venu nous voir. C'est super, à la fois pour le Stade toulousain et la Région Occitanie d'avoir deux ambassadeurs.

Propos recueillis par Robin Lopez

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