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Procès "Laporte-Altrad" - 8e jour (1/3) : la charge des victimes

Procès "Laporte-Altrad" - 8e jour (1/3) : la charge des victimes
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 20/09/2022 à 12:36Mis à jour Le 20/09/2022 à 14:16

Au tribunal, les plaidoieries des parties civiles ont démarré et, ce jour, celle du représentant de la LNR fut plutôt musclée. L’Urssaf, elle, réclame 162 000 euros de dommages et intérêts à Claude Atcher et Benoit Rover, gérants de Score XV, tous deux poursuivis pour "travail dissimulé", quand Anticor demande 5000 euros à chacun des prévenus Simon, Altrad et Laporte.

Ce matin, au tribunal correctionnel de Paris, les plaidoiries des parties civiles (les victimes supposées) se sont donc poursuivies et, à la barre, l’avocat de la Ligue Nationale de Rugby Philippe Pech de Laclause, qui ne demande pas réparation du préjudice supposément subi par l’institution au cours des affaires, a débuté son allocution par une donnée contextuelle. "Contrairement à ce que j’ai entendu depuis l’ouverture des débats, le rugby français n’était pas plongé au bas Moye-Âge lorsque monsieur Laporte et son équipe ont pris la présidence de la fédération. Notre championnat était déjà l’un des meilleurs au monde, si ce n’est le meilleur."

Passé ce préambule censé recontextualiser le conflit Ligue / FFR qui avait jalonné les audiences de Bernard Laporte, Mohed Altrad et Serge Simon, l’avocat reprenait, cette fois-ci plus virulent : "J’ai entendu que "c’était la guerre entre les institutions", que "la Ligue était alors aux mains de Jacky Lorenzetti..." La LNR n’a pourtant jamais été en guerre avec la fédération. Pour faire la guerre, il faut être deux même si M. Goze (l’ancien président de la LNR) ne s’est alors pas laissé faire". Quant au fait que l’entreprise de M. Goze, ancien administrateur de biens à Perpignan, fut rachetée par Jacky Lorenzetti, et que cette transaction ait pu entraîner des liens de servitude entre les deux hommes, l’argument volait promptement en éclats, maître Pech de Laclause assurant, comme nous le savions depuis déjà très longtemps, que la boîte de l’ancien président de la Ligue avait en réalité été vendue à Foncia dix ans avant que Paul Goze ne devienne le patron de la LNR. Une fois dissipé ce malentendu, il enchaînait à présent sur le fait que Mohed Altrad ait pu être un temps surnommé "le bédouin" dans les couloirs de l’institution, comme il l’avait été dit aux prémices du procès : "Ces accusations sont ignobles. Monsieur Altrad n’a jamais été victime de racisme avec l’assentiment de Paul Goze. Si cela avait le cas, par les temps qui courent, vous pensez bien que ce se serait su... Je vous signale d’ailleurs que la Ligue regroupe toutes les origines, toutes les religions dans son salariat."

Le rachat de Gloucester "n’était pas sain"

Au procès "Laporte-Altrad", la Ligue, dont les relations avec la FFR sont aujourd’hui apaisées, intervient donc sur le rachat avorté du club de Gloucester par Mohed Altrad, sur les vicissitudes de la commission de discipline et le projet de fusion survenu entre le Stade français et le Racing, en mars 2017. Elle ne s’estime pas concernée, en revanche, par le volet Score XV ou le rachat du maillot tricolore par M. Altrad. Premier round : "La Ligue estimait que Montpellier et Gloucester ne pouvaient disputer la même compétition s’ils étaient dirigés par le même homme, quand bien même celui-ci ait alors proposé la mise en place d’une charte éthique... Ce n’était pas sain." Second round : "Après l’annonce de la fusion francilienne en mars 2017, le capitaine du Racing Dimitri Szarzewski avait confié que les joueurs de son club étaient en état de choc et n’excluaient pas de se mettre en grève. Le report de Montpellier-Racing était donc légitime et n’avait pas vocation à léser les intérêts de M. Altrad et Montpellier".

Pour rappel, la FFR s’était néanmoins opposée au report de ce match, envoyant des arbitres dans l’Hérault pour constater que les Racingmen n’avaient pas fait le déplacement. Le troisième round, dites-vous ? "Il n’y a jamais eu de volonté de la part de la Ligue de sanctionner pour le plaisir Mohed Altrad, poursuivait Pech de Laclause. Elle l’a même protégé lorsqu’elle dut le faire, soit le jour où un entraîneur de Top 14 avait dit que M. Altrad avait "acheté la fédération et une partie de la presse". Celui-ci fut donc lourdement sanctionné par quinze semaines de suspension quand le Racing écopa de 50 000 euros d’amende." Pour Philippe Pech de Laclause, il n’y eut donc jamais d’a priori négatif vis à vis de Montpellier ou de traitement de faveur vis à vis du Racing.

L’avocat de l’Urssaf demande 162 000 euros à Score XV, celui d’Anticor 5000 euros à Laporte, Simon et Altrad

Vincent Dony, l’avocat de l’Urssaf, estima à l’occasion de son tour de parole que Score XV, la société dirigée par Claude Atcher et Benoit Rover, avait bel et bien commis des dissimulations véritables vis à vis de l’administration, et par voie de fait, de la collectivité. "Des déclarations manquent… Beaucoup… Ici, c’est même un inventaire à la Prévert… Pendant deux ans, les salariés de Score XV ont perçu des cotisations sans ne rien déclarer : économies de cotisations patronales, économies de cotisations salariales… L’Urssaf demande des dommages et intérêts." Ceux-ci sont estimés à 161 222 euros.

Quant à Yann Gasnier, qui représente ici l’association Anticor (elle lutte contre la corruption en France), il dit ceci : "J’ai un peu l’impression d’assister à un repas de famille qui tourne mal… L’ombre de M. Laporte sur la position de la FFR est permanente et pesante. En outre, le fait que le contrat d’image entre M. Laporte et M. Altrad n’ait pas été exécuté n’efface en rien la volonté originelle. Vous étiez ici débiteur, monsieur Laporte. Vous étiez même en train de rembourser le président de Montpellier au moment des faits qui vous sont reprochés. C’est ce qui me dérange, tout autant que la rapidité avec laquelle vous avez répondu à toutes ses demandes..." Anticor demande à messieurs Simon, Altrad et Laporte la somme de 5000 euros chacun au motif du préjudice moral subi ainsi que le remboursement des frais de procédure, estimés dans leur intégralité à 10 000 euros.

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