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O'Gara : "On n'est pas des outsiders !"

O'Gara : "On n'est pas des outsiders !"

Le 31/03/2021 à 09:01Mis à jour Le 31/03/2021 à 09:09

CHAMPIONS CUP - En déplacement à Gloucester pour disputer son 8e de finale vendredi soir (21h), le Stade Rochelais a une belle carte à jouer pour, dans un premier temps, égaler le meilleur résultat de son histoire dans cette compétition. Son entraîneur en chef Ronan O'Gara, lui, voit bien plus loin. L'ancien Munsterman veut aller au bout.

Rugbyrama : Ronan, cette compétition vous est chère. Comment abordez-vous la suite ?

Être content d'arriver en demi-finale de coupe d'Europe, ce n'est pas intéressant. Ça n'a pas de place dans mon monde. Ce n'est pas la vision de ce club et ce n'est pas ma vision. On sait que c'est difficile mais tout est difficile. Tant mieux. Si c'était facile, tout le monde le ferait. Je donnerai mon maximum pour préparer mon équipe à être performante. Après, je ne peux pas tout contrôler mais je mettrai tous les ingrédients.

Comment jugez-vous le tirage ? Vous pouvez recevoir en 1/4, en cas de succès à Gloucester.

C'est la carotte. Si tu gagnes à Gloucester, tu es à Deflandre. Sans le public, c'est différent mais le club n'a jamais fait un quart à domicile.

Il y a eu un quart et une demi-finale de Challenge Cup à Deflandre, ces dernières saisons.

Ça ne compte pas ! J'ai eu une petite "bagarre" avec un membre du staff en parlant de ça. Il m'a dit : "On a fait un quart de finale à la maison dans la petite coupe." J'ai dit : "On ne parle pas de petite coupe, ici !" (rires). On n'est pas des challengers !

" Le plus important, sur un match, c'est d'avoir treize mecs sur quinze capables d'arriver à 80% de leur potentiel […] Si ce jour arrive, c'est moi qui achète les bières après le match"

Pendant le tirage au sort, rêviez-vous d'un duel face au Munster, votre club de toujours, avec lequel vous avez notamment soulevé deux coupes d'Europe ?

Non. Ma plus forte pensée, au fond de moi, c'est que, pour réussir, tu dois battre toutes les grandes équipes. Je m'en fous qui est en face de nous. Pour gagner la coupe, tu as besoin de battre les meilleures équipes d'Europe et c'est le but. Donc cibler de jouer contre Munster, non. J'aimerai juste, dans un monde idéal. Normalement, si tu dois aller à Thomond Park avec le public, c'est 80-20 pour le Munster. Maintenant, c'est différent. Je pense qu'il y a 5% d'avantage pour l'équipe à domicile, mais pas plus que ça.

Vous n'avez disputé, comme beaucoup de clubs, qu'un seul match de poules. La victoire convaincante en déplacement à Edimbourg, en décembre (8-13), est-il une référence sur laquelle s'appuyer pour préparer Gloucester ?

Ce match a créé l'opportunité de sortir des poules. C'était super important de gagner. Mais ce n'était pas parfait. Ce n'est jamais parfait. On rêve d'être parfait, mais c'est impossible. Le plus important, sur un match, c'est d'avoir treize mecs sur quinze capables d'arriver à 80% de leur potentiel. Ça, pour moi, c'est le signe d'une équipe très, très performante. Si chacun est à 7 sur 10, c'est ok. Mais imaginez si vous en avez treize à 8/10…Si ce jour arrive, c'est moi qui achète les bières après le match (rires). 10/10 ? Non, ça n'existe pas. 9,9, oui. Pour Dupont, Alldritt ou Skelton.

Juste avant ce déplacement en Ecosse, vous nous disiez que La Rochelle n'était "qu'à 50% de son potentiel." Où vous situez-vous, quatre mois plus tard ?

On était à 10% contre Castres (rires). Mais regardez la progression en douze mois. On avait pris 50 points au Racing (en février 2020, NDLR). La mentalité des joueurs doit encore changer. On n'est pas les outsiders. C'est une grande équipe ici, un grand club. L'ambition de tout le monde doit changer. C'est en train, c'est vrai, mais ce n'est pas choquant de le dire. A nous aussi de montrer une belle image aux arbitres.

" Beaucoup de joueurs sont partis la saison dernière, il y a une nouvelle mentalité. C'est fini la mentalité Pro D2"

Pensez-vous pouvoir compter sur les retours de certains joueurs en avril ? On pense par exemple à Mathieu Tanguy, Jules Le Bail, Pierre Aguillon, Lopeti Timani ou d'autres blessés.

Les joueurs sont un peu choqués, peut-être, de ma façon de faire les choses. Si je donne un contrat, je compte sur eux. Les années précédentes, il y avait des mecs au frigo. Je ne connais pas cette expression. Si tu es ici, c'est certain que tu auras une opportunité. Par contre, il faut un mental fort pour la saisir. Ça ne sert à rien de râler si tu n'es pas prêt quand elle arrive. Si tu penses que tu peux jouer davantage ailleurs, la porte est là, tu peux partir, pas de problème. J'ai fait beaucoup [il insiste sur ce mot] de recherches sur l'effectif avec lequel travailler et pourquoi. Aux Crusaders (club qu'il a entraîné entre 2018 et 2019, NDLR), certains jouent quatre fois par saison mais c'est eux qui ont la plus grande influence dans les réunions. Pour donner leur point de vue, pour soutenir les jeunes. Ça motive les autres et ça crée un environnement incroyable.

Ce type de profil, vous en avez dans le vestiaire rochelais ?

Jules Le Bail, par exemple. Il était blessé (il a repris l'entraînement juste après la trêve après plusieurs mois de douleurs au tendon d'Achille, NLDR) mais il était toujours avec la banane, toujours positif, toujours en mode : "Comment je peux m'améliorer quand je ne joue pas ?". Je suis vraiment impressionné par une attitude comme ça. Il a serré les dents, c'est un chien capable d'encaisser les douleurs et de s'entraîner. J'ai besoin de lui. C'est pour travailler avec des mecs comme ça que je suis dans le rugby. Beaucoup de joueurs sont partis la saison dernière, il y a une nouvelle mentalité. C'est fini la mentalité Pro D2. Ce n'est pas intéressant pour moi d'entraîner des joueurs de Pro D2. Je respecte le passé et l'histoire de ce club, j'ai beaucoup d'amour pour ce club mais tu ne gagnes pas avec une équipe, tu gagnes avec un groupe. Je fais tout pour créer un bon groupe.

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