Midi Olympique

XV de France - Arthur Iturria : "Être idolâtré, ça ne m’intéresse pas"

Iturria : "Être idolâtré, ça ne m’intéresse pas"
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 12/11/2018 à 09:45Mis à jour Le 12/11/2018 à 09:49

XV DE FRANCE - Désigné homme du match après la rencontre France - Afrique du Sud, le troisième ligne revient pour nous sur sa meilleure performance sous le maillot tricolore.

Rugbyrama : Vingt-quatre heures après le coup de sifflet final, que ressentez-vous ?

Arthur Iturria : Je suis toujours aussi dégoûté. (Il soupire) Cette défaite, je vais mettre quelque temps à la digérer. C’est "relou" (lourd, N.D.L.R.), franchement. […] J’ai souvent du mal à dormir après les matchs de rugby mais là, tout a été multiplié par dix. Dans la chambre avec Camille (Lopez), on a refait le match jusque tard dans la nuit. Mais avec des si…

Et si vous aviez le pouvoir de revenir en arrière ?

A.I. : Je changerais cette foutue fin de match. Je serais plus patient, je multiplierais les pick and go près de leur ligne sans m’affoler. Comme l’auraient fait les Springboks ou une équipe de Série Régionale, en clair. C’était largement à notre portée.

Qu’avez-vous pensé des Springboks ?

A.I. : Je m’attendais à ce qu’ils soient costauds, je n’ai pas été déçu. Mais la vitesse avec laquelle ils se déplaçaient m’a surpris. En termes d’intensité, ça m’a rappelé l’Irlande lors du dernier Tournoi des 6 Nations. Tu prends un, deux, puis dix temps de jeu sans que leur puissance ne semble vraiment fléchir. Il y a des matchs qui te marquent plus que d’autres, en fait.

XV de France - Arthur Iturria contre l'Afrique du Sud

XV de France - Arthur Iturria contre l'Afrique du SudIcon Sport

Certains regrettent que Jacques Brunel n’ait pas lancé cette année davantage de champions du monde des moins de 20 ans. Qu’en pensez-vous ?

A.I. : À leur âge, j’étais à des années-lumière de pouvoir survivre à un Test-Match d’une telle intensité et je pense qu’il en est aujourd’hui de même pour eux. Physiquement, nos champions du monde sont prêts. Regardez Demba (Bamba), il est plus costaud que moi. Mais j’ai regardé le dernier Barbarians-TongaBordeaux, cinq Bleuets étaient titulaires : Joseph, Carbonel, Ntamack, Barassi et Laporte) et dans l’intensité, ce fut difficile pour les jeunes. Sans être méchant, ce sont de super joueurs. Mais les lancer dans le grand bain les desservirait plus qu’autre chose.

Avez-vous été confronté à cette situation, à l’époque où Franck Azéma vous a lancé à l’ASMCA ?

A.I. : Oui. Je me souviens d’ailleurs très bien du premier match de ma carrière, contre Brive. Il y a des mecs qui chargent moins que moi, d’accord. Mais le lendemain de ce derby, je n’étais vraiment pas bien… (rires) L’écart est immense, au départ. L’an passé, je ne sais même pas comment j’ai terminé le match contre l’Irlande. À la fin, je ne savais plus où j’étais…

Vous n’êtes pas vraiment un monstre physique. Vous a-t-on parfois reproché de ne pas être assez dense pour évoluer au plus haut niveau ?

A.I. : Quand je suis arrivé à Clermont, j’étais juste un joueur de rugby. Pour moi, tout ça n’était qu’un jeu et je ne m’entraînais pas beaucoup. Le staff de l’ASMCA m’a donc pris entre ses mains, m’a fait bosser, et arriver plus tôt à l’entraînement. Au début, ce fut pour moi très compliqué.

À ce point ?

A.I. : Je n’avais jamais vécu ça. En Espoirs à Bayonne, j’étais au milieu d’une vieille bande de potes. On jouait au rugby pour le fun. J’étais alors à des lieues de penser que je serais un jour professionnel. Aujourd’hui, je ne suis pas devenu un fou de musculation mais j’ai compris que j’étais obligé de travailler mon physique. Car, de ce côté-là, je n’ai pas la moindre de marge de manœuvre possible.

XV de France - Arthur Iturria contre l'Afrique du Sud

XV de France - Arthur Iturria contre l'Afrique du SudIcon Sport

On dit que la première personne ayant affirmé : "Ituttia est un flanker, pas un deuxième ligne", s’appelle Bernard Laporte. Est-ce vrai ?

A.I. : Oui et non. Bernard Laporte m’en a effectivement parlé le jour d’une de mes premières convocations en équipe de France. Il s’est approché de moi et m’a dit : "T’as déjà joué troisième ligne, toi ?" Je lui ai répondu "oui" et nous en sommes restés là ! (rires) Mais le patron du pôle Espoirs de Bayonne, Pierre Perez, me dit depuis des années que je finirai troisième ligne. On verra bien... Quand j’étais jeune, mon idole s’appelait en tout cas Imanol Harinordoquy.

Alors, deuxième ou troisième ligne ?

A.I. : Vu l’évolution des critères du rugby moderne, il n’y a plus beaucoup de différences entre les deux postes, si ce n’est au niveau des phases statiques. Il n’échappe à personne que je n’ai pas un profil de gros pousseur en mêlée, comme peut l’être Sébastien Vahaamahina à Clermont, par exemple. Quand je joue deuxième ligne, je lâche beaucoup d’énergie dans la mêlée. Je ne m’en rendais pas compte avant, mais depuis que je joue flanker, je vois que la différence est incroyable.

Samedi soir, vous avez sauvé un essai en plaquant le Toulousain Chelsin Kolbe dans l’en-but. Que vous reste-t-il de cette action ?

A.I. : Au départ, je fais une erreur de défense qui permet à Kolbe de déchirer notre rideau. J’ai donc essayé de rattraper ma bourde en allongeant la foulée. Mais bon…

Quoi ?

A.I. : Si "Toto" (Dupont) ne le freine pas un peu, je ne l’aurais jamais rattrapé. Je connais la vitesse de Damian Penaud et lorsque j’ai vu que Kolbe le dépassait, je me suis dit : "Ah ouais, quand même…" Croyez-moi, il "pédale" fort.

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