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Adrien Chalmin : "Le rugby fauteuil m’a sauvé"

Adrien Chalmin : "Le rugby fauteuil m’a sauvé"
Par Midi Olympique

Le 18/05/2022 à 15:30Mis à jour Le 18/05/2022 à 18:31

RUGBY FAUTEUIL - En septembre 2005, lors d'un match amical disputé face à Vannes, le Clermontois Adrien Chalmin (19 ans) est victime d'un grave accident, le laissant tétraplégique. Alors grand espoir du rugby français, le deuxième ou troisième ligne découvre le rugby fauteuil durant sa longue période de rééducation. Une révélation qui change la suite de sa vie.

Vannes. Samedi 3 septembre 2005. Match amical. Sur la pelouse bretonne, les espoirs clermontois bataillent face à leurs homologues morbihannais. Le demi de mêlée auvergnat lance le jeune numéro 8 Adrien Chalmin côté fermé. Le regroupement qui suit laisse ce dernier paralysé. "Je me rappelle de cet éclair chaud dans mon cou, sans forcément de douleur, détaille l’ancien deuxième ou troisième ligne. Je ne pouvais plus bouger." 

Après des premiers examens médicaux, il est transporté à Rennes en hélicoptère. Sa moelle épinière ainsi que ses vertèbres cervicales C5 et C6 sont touchées. "Je n’ai pas eu le courage de revoir les images, avoue Samuel Cherouk, son entraîneur de l’époque. C’est la pire des choses pour le joueur, le groupe, le coach, le club… Une cellule psychologique avait été montée autour de ses partenaires et du staff."

En 2005, le gamin de 19 ans apprend donc qu’il ne marchera plus. Son accident de rugby le laisse tétraplégique. Au total, et après plusieurs complications, Adrien Chalmin passe sept à huit mois en réanimation. Il perd également près de 50 kilos. "Pour un mec de 2 mètres et 107 kg… J’avais la peau sur les os." Au-delà de la douleur pour le jeune et ses proches, c’est également le rugby auvergnat qui voit s’échapper l’un de ses plus grands espoirs.

Un potentiel "hors normes"

Ex-entraîneur adjoint du XV de France féminin, Samuel Cherouk se souvient : "Tu voyais le potentiel d’un joueur hors normes. À son âge, il était déjà bien en avance, il avait les qualités de mecs beaucoup plus vieux que lui. Il était très bon en touche, très bon sur les replis défensifs, avait un vrai sens tactique… Un sacré joueur !"

Il faut dire que cet avant longiligne avait accumulé les motifs d’espoirs. Arrivé à l’ASM Clermont en cadets, il rejoint rapidement le pôle d’Ussel, ainsi que l’équipe de France des moins de 17 ans. Il fait même partie de la troisième promotion du centre national du rugby, où il côtoie les Médard, Mermoz, Trinh-Duc et autres Guirado de la "génération 86". Sa terrible blessure survient d’ailleurs quelques mois après la Coupe du monde des moins de 19 ans, qu’il dispute avec les Bleuets à Durban (Afrique du Sud).

"L’année où je me pète, je m’étais donné comme objectif de faire une ou deux feuilles de match avec les grands. J’avais vraiment envie d’être professionnel à l’ASM", concède Chalmin qui, à 19 ans seulement, avait déjà signé un premier contrat pro. Cette saison-là, ses copains de l’équipe espoirs finiront champions de France. "Les joueurs voulaient lui ramener le bouclier. C’était leur pote, ils n’avaient que ça en tête", avoue Cherouk, la gorge quelque peu nouée par l’émotion.

Précurseur du rugby fauteuil en France

Pour terminer sa rééducation, l’ancien avant repart en Bretagne, lieu de sa triste mésaventure. C’est au centre de Kerpape, près de Lorient, qu’il entend parler de rugby fauteuil pour la première fois. En sortant du kiné, près de la porte de l’ascenseur, une affiche propose une initiation à ce parasport encore méconnu. "J’y suis allé, et j’ai directement accroché. C’était collectif, il y avait un ballon, du contact, du physique… Ça a été une révélation."

Lors de la démonstration, la finale de quad rugby des Jeux d’Athènes (2004) est rediffusée. Adrien Chalmin avait (re) trouvé sa voie : "Là, je me retrouve à vouloir faire les Jeux." De fil en aiguille, il s’investit de plus en plus dans la discipline, lançant une équipe de rugby fauteuil à l’ASM, alors qu’au même moment, cette variante handisport trouve son essor dans l’Hexagone.

"Il a fait partie des premiers barjos à vouloir développer ça en France, ceux grâce à qui on a aujourd’hui des championnats, de vraies structures, et une équipe de France digne de ce nom", souligne William Ybert, l’un de ses entraîneurs chez les Bleus. Car en effet, quelques mois seulement après le coup de foudre, en 2008, voilà qu’Adrien Chalmin enfile le maillot tricolore pour faire évoluer l’histoire d’amour. Il ne le quittera plus, enchaînant les Jeux paralympiques de Londres, Rio et Tokyo, et étant sacré champion d’Europe en février 2022. Entre 2009 et 2016, il est même le capitaine de la sélection, "un grand honneur". Pour William Ybert, cela ne fait aucun doute, "avec son expérience et sa technique individuelle, Adrien est l’un des membres importants de l’effectif".

" Fier d’être "monsieur lambda ""

Voyez donc en cette reconversion sportive quelque peu forcée le point de départ d’une nouvelle vie : "Je pense que le rugby fauteuil m’a sauvé, lance le parathlète. Depuis mes 14 ans, je m’entraînais quotidiennement, je vivais pour le sport. Après mon accident, découvrir une discipline qui pouvait s’apparenter à ce que je faisais m’a permis de me reconstruire. J’avais besoin d’avoir de retrouver un truc dans lequel m’épanouir."

Lucide, il ne souhaite cependant "pas faire la saison de trop". Après les Jeux de Paris 2024, il mettra un terme à sa riche et longue carrière dans le rugby fauteuil pour s’investir dans un nouveau projet professionnel, porté sur les ressources humaines. À la rentrée prochaine, en bon Clermontois qu’il est, il entrera donc en alternance chez Michelin. "Aujourd’hui, je suis fier d’être intégré, d’être "monsieur lambda", en étant aussi reconnu pour mes capacités intellectuelles. "

Et à Samuel Cherouk de conclure : "Quand on voit par où il est passé, se retrouver aujourd’hui là où il en est, c’est dingue. Mais personne n’est surpris, parce qu’Adrien a une telle force de caractère, qu’il arrive toujours à ce qu’il veut. Son parcours est exceptionnel."

Par Dorian VIDAL

Jonathan Hivernat
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