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R. Lamont tire la sonnette d'alarme sur les commotions cérébrales

R. Lamont tire la sonnette d'alarme sur les commotions cérébrales

Le 19/03/2014 à 18:17Mis à jour Le 19/03/2014 à 21:21

Retiré des terrains, l’ancien arrière écossais, Rory Lamont, mène désormais un nouveau combat en menant une campagne de sensibilisation sur les commotions cérébrales auprès des joueurs. Dans l’Equipe, il a livré un témoignage qui fait froid dans le dos.

Sujet peu abordé jusqu’alors dans le rugby, celui des commotions cérébrales (chocs à la tête, ndlr) est passé sur le devant de la scène en novembre 2011, au moment où le pilier sud-africain de Biarritz, Eduard Coetzee (32 ans), mettait fin prématurément à sa carrière. Le joueur venait alors d’enchaîner trois commotions cérébrales en cinq semaines seulement. Après avoir consulté plusieurs neurochirurgiens, il avait ainsi pris sa décision cruciale. En septembre 2012, un protocole a été mis en place par l'IRB et appliqué dans les championnats français par la FFR et la LNR en concertation avec Provale, le syndicat des joueurs professionnels.

" Une fois qu’une commotion a été diagnostiquée, le joueur ne devrait pas pouvoir rejouer pendant au moins trois semaines."

S'il reconnait qu'il a eu une amélioration, Rory Lamont (31 ans, 29 sélections), ancien arrière de l'Ecosse et de Toulon, semble encore insatisfait du traitement des chocs à la tête que reçoivent ces congénères encore joueurs. Dans un entretien à L'Equipe, il a confié: "C’est de mieux en mieux. Il y a eu la mise en place du protocole commotion... L’IRB répète que ça aide à mieux les dépister. Mais ces cinq minutes que le protocole donne pour examiner le joueur, c’est impossible de faire un diagnostic avec ! […] Tous les experts disent qu’il faudrait au moins dix à quinze minutes pour effectuer ces tests. Et si on ne veut rien risquer, il ne devrait même pas y avoir de limite de temps".

KO Alexis Palisson - toulon - 25 aout 2012

KO Alexis Palisson - toulon - 25 aout 2012Icon Sport

Quant aux mesures à mettre en place, il a son idée sur la question: "J’annulerais cette règle des cinq minutes pour que les médecins aient autant de temps qu’ils estiment nécessaire. Les jours de matchs, je voudrais qu’il y ait un médecin indépendant qui regarde les actions à la vidéo, en direct, pour repérer des commotions passées inaperçues. Et c’est compliqué, mais je pense qu’une fois qu’une commotion a été diagnostiquée, le joueur ne devrait pas pouvoir rejouer pendant au moins trois semaines".

" C’est comme une gueule de bois. On est dans le brouillard, un peu détaché de la réalité, on n’arrive pas à bien réfléchir, à se concentrer, la vision peut être troublée, vous pouvez avoir des maux de tête."

Joueur professionnel passé par Glasgow, Sale et Toulon, Rory Lamont n'a pris conscience du danger des commotions que tardivement, comme il l'a raconté: "Pendant toute ma carrière, j’ai dû subir dix K.-O. Inconscient sur le terrain. Et j’ai eu beaucoup plus de petits commotions cérébrales, dont je n’ai jamais vraiment parlé. Je me suis renseigné sur ces commotions en 2010, en lisant ces études qui disaient qu’elles pouvaient mener à la démence. Ils en parlait en NFL, mais en Europe et dans le rugby pas trop. Et je me suis dit qu’il y a des conséquences graves et à long terme dont les joueurs ne sont pas conscients. Je pense qu’aujourd’hui, la manière dont le rugby traite les commotions cérébrales ressemble encore à la manière dont ont traiterait une blessure à la jambe !". Avant de livrer son témoignage sur la sensation ressentie: "C’est comme une gueule de bois. On est dans le brouillard, un peu détaché de la réalité, on n’arrive pas à bien réfléchir, à se concentrer, la vision peut être troublée, vous pouvez avoir des maux de tête... Il y a beaucoup de symptômes. Après chaque K-O., je ne me sentais pas bien pendant six, sept semaines ! Si on revient au jeu trop tôt, les symptômes durent plus longtemps et il y a un risque encore plus grand de subir un nouveau traumatisme crânien".

Rory Lamont - 16.04.2011 - Toulon

Rory Lamont - 16.04.2011 - Toulon Icon Sport

Aujourd'hui, l'Ecossais a fait de la sensibilisation envers les joueurs un combat. Et parmi ses priorité, la "tricherie" pratiquée par certains pour passer entre les mailles du filet. "On ne le faisait pas quand je jouais en France, mais au Royaume-Uni, il y a quelque chose appelé Cogsport. C’est un test qu’on passe en début de saison, quand tout va bien. Et si j’ai un K.-O. pendant la saison, je ne serai pas autorisé à rejouer tant que je n’aurai pas atteint à nouveau ce score de base […] Ça incite à réaliser un petit score, et des joueurs le font, je le sais, ils en parlent !"

" Les entraîneurs, de ma propre expérience, ne comprennent pas toujours la dangerosité des commotions."

Pour lui, ce sont donc les mentaliés qui doivent rapidement évoluer, et cela passe par une plus grande sensibilisation: "La plupart des joueurs ne savent pas vraiment ce que c’est ! Ils pensent que c’est quand on subit un K.-O. Mais il n’y a pas besoin d’être K.-O. pour avoir une commotion ! Si on veut que les joueurs arrêtent de cacher ces commotions et de tricher à ces tests, on doit leur donner plus d’informations. L’IRB est très lente pour admettre le lien entre commotions et démence précoce […] Les entraîneurs, de ma propre expérience, ne comprennent pas toujours la dangerosité des commotions. J’en ai vu de mèche avec le joueur, faire pression sur le corps médical pour que le joueur puisse rejouer le plus vite possible". Voilà une sortie qui devrait faire réagir le monde de l'ovalie...

Bernard Le Roux - france italie - 9 février 2014

Bernard Le Roux - france italie - 9 février 2014Icon Sport

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