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Colomiers : avec Steenkamp, la mêlée à la sauce sud-africaine

Colomiers : avec Steenkamp, la mêlée à la sauce sud-africaine
Par Enzo Diaz via Midi Olympique

Le 15/11/2019 à 19:09Mis à jour Le 15/11/2019 à 19:47

PRO D2 - Cinquième après dix journées, Colomiers vit un exercice très différent du précédent, où il luttait farouchement pour le maintien. Le cuir des Columérins s'est endurci, et leur jeu a gagné en efficacité à l'image de la mêlée fermée, devenue désormais un véritable atout. Le fruit d'un travail de Gurthrö Steenkamp, l'ancien Springbok, mué en intervenant passionné.

Quand un ancien pilier champion du monde en 2007 avec l'Afrique du Sud, puis champion de France avec le Stade toulousain en 2012 parle, on l'écoute. Surtout quand il s'agit de la mêlée. Après une dernière expérience au Stade français, et une carrière bien remplie de 15 ans de joueur de très-haut niveau, où il a notamment aussi gagné trois titres de Super Rugby (2007, 2009, 2010) et une Currie Cup (2009) avec les Bulls de Pretoria, Gurthrö Steenkamp n'a pas arrêté son histoire avec le rugby. Il a décidé de transmettre toute sa passion, son savoir et son énergie pour se muer en spécialiste de la mêlée fermée auprès des joueurs en activité.

Diplômé d'un DE, acquis et délivré au Creps de Toulouse après plus d'un an de formation, l'ancien Springbok de 38 ans - très sollicité par ailleurs en Europe, il est en train de monter une structure pour la formation de spécialistes de la mêlée aux Pays-bas, est déjà allé en Allemagne et en Italie, avec un collaborateur il a commencé à mettre des événements en place pour éduquer les entraîneurs et former les jeunes joueurs )- intervient une fois par semaine au contact du huit de devant columérin.

Les premiers contacts avec le staff dirigé par Julien Sarraute, et où officie Fabien Berneau comme entraîneur général des avants, se sont faits avant l'été dernier et l'ancienne terreur du Top 14 n'a pas hésité longtemps avant de s'engager. "Colomiers m'a appelé pour voir quels projets de mêlée j'avais en tête. Pour ma part, j'ai des approches différentes de ce qui peut se faire ici. Je me suis rendu compte qu'en France les joueurs cherchent des informations sur comment avancer, comment apprendre.J'ai tout simplement présenté mon projet, ce que j'avais en tête, comment je voulais travailler sur la mêlée et transmettre l'expérience aux joueurs", explique t-il.

Conscient de l'importance que revêt ce secteur de jeu dans l'esprit français, "c'est un secteur de fierté et d'orgueil" rappelle t-il, Gurthrö Steenkamp ne s'attache pas seulement à ces sentiments-là. "J'ai aussi expliqué aux joueurs qu'il fallait qu'on soit plus intelligents en mêlée. Il faut qu'on décide à quel moment nous allons dépenser notre énergie car on ne peut pas tout le temps faire une double poussée" délivre t-il d'un regard malicieux.

Un travail d'échange et de précision

Quelle est donc sa méthode qui fait de l'édifice columérin un des plus performants du championnat depuis le début de saison, avec trois à quatre pénalités récupérées dans ce secteur sur chaque match ?

"Dans un premier temps, si un joueur est en difficulté en mêlée, je lui explique pourquoi et après je lui donne la solution, je lui dis ce qu'il peut mieux faire. Je travaille beaucoup sur la méthode qui consiste à ne pas faire de critiques mais faire des retours. Si nous ne sommes pas bien en mêlée, j'explique pourquoi et je montre quel est l'axe de travail de la séance", narre Steenkamp.

Résultat ? Les séances qu'impose l'intervenant sont courtes, mais très intenses, à raison de 30 à 40 minutes. "Je ne prends pas beaucoup de temps, mais je suis très précis au niveau des détails, j'explique ce que je veux de chaque joueur. C'est un travail collectif, c'est important de s'en rappeler, les Springboks l'ont montré durant la Coupe du monde. Aujourd'hui, il faut expliquer aux joueurs comment ils peuvent utiliser leur corps pour être plus fort. La synchronisation du travail comme la mobilité comptent énormément aujourd'hui. Un des objectifs, c'est aussi de savoir quels muscles doit-on engager pour être plus fort en mêlée. Pour moi le plus important c'est de cibler une formation spécifique des joueurs. Je me pose toujours la question avant chaque séance, "Qu'est-ce qu'ils attendent?" Ça ne sert à rien de faire une séance d'une heure et demi de mêlée. Je leur dis souvent, si ils ratent un exercice car ils n'ont pas respecté la consigne, c'est raté, je ne vais pas leur faire refaire huit mêlées. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. Je leur explique, ça va être court , très intense, mais à chaque fois chacun doit être impliqué, et si ça fonctionne, c'est nickel."

Au tiers du championnat, et avant le match de ce soir à Vannes, le consultant se révèle satisfait du travail entrepris : "On a mis de bonnes bases bien en place durant l'intersaison." Et voit la suite avec appétit : "Il y a toujours des choses à améliorer et je dis souvent aux joueurs que ce qui est excitant c'est de voir qu'il y a encore beaucoup de marge de progression. Et ça, c'est génial. À Colomiers, il y a de très bons éléments et un potentiel chez les plus jeunes à développer, et c'est à moi de trouver les solutions pour eux. Il faut continuer à avancer. Pour moi, l'objectif à Colomiers c'est de faire de la mêlée une arme pour lancer notre jeu, aller chercher une pénalité quand on le veut. La mêlée doit être au service de l'équipe. Si un joueur veut être le meilleur du championnat en mêlée fermée, c'est à lui de le décider. En tant qu'entraîneur, la mêlée doit être efficace, intelligente et au service de l'équipe.Il faut être encore plus précis pour améliorer notre technique, c'est un travail qui prend du temps. Nous avons déjà beaucoup avancé, changé depuis le début de la saison et je suis très fier du boulot des joueurs. Je leur dis souvent que la mêlée est bonne car c'est eux qui ont décidé de s'investir."

Les anciens adhèrent

Jusqu'à présent, ce discours de la méthode semble en effet porter ses fruits puisqu'il est très écouté aussi par les plus expérimentés de l'effectif. Blessé (rupture du tendon d'Achille droit, probable fin de saison) dimanche dernier face à Carcassonne, Damien Weber, historique de la Colombe s'il en est, 9 saisons au compteur dans le club, nous confiait il y a quelques temps tout le bien qu'il pensait de ce nouvel intervenant. "Techniquement, il nous amène des points que nous avons pu oublier et il sait aussi former les jeunes joueurs sur le détail. C'est sa première expérience comme entraîneur spécifique, et consultant à ce niveau. Tout le groupe est content de l'avoir. Il est là pour nous rassurer. L'oeil d'un pilier, joueur jusqu'à il y a peu, permet de rectifier certaines choses, et de trouver des solutions pour rester dans la progression."

Même son de cloche pour celui qui est avec Weber, un des deux gauchers très expérimentés de l'effectif, Thomas Dubois. Pour sa huitième saison à Colomiers, le trentenaire (actuellement au repos, après une commotion à Béziers) revit. Il a enchaîné en ce début de saison (huit feuilles de matchs, sept titularisations) et sa bonne forme est aussi en partie le résultat de la méthode Steenkamp. "Gurthrö ? Il nous a apporté du travail parce qu'on ne travaillait pas spécifiquement au poste. Il nous a apporté aussi de la rigueur, de la technique, de la précision et de la cohésion. La cohésion nous faisait défaut l'an dernier. Avec l'apport de ces quatre éléments, on voit sur le premier tiers de la saison que c'est efficace." Le pilier compare avec ce qu'il a connu durant la période Goutta et les conseils dispensés par Didier Sanchez. "La méthode est un peu la même, sauf qu'elle est 2.0. C'est dû au fait que Guthrö a joué plus récemment mais on reste toujours dans cette précision, et cohésion qu'amenait Didier. Gurthrö rajoute la rigueur sud-africaine. Puis, il a un énorme sens du travail et il nous fait des retours de mêlées individuelles avec quelques focus sur des choses très précises. Moi par exemple, il a corrigé quelques gainages et des liaisons. Alors, oui, il ne vient qu'une fois par semaine, ça peut paraître court, sauf que les séances sont précises et intenses avec peu de temps de repos. Il n'y a pas de blabla à rallonge, avec de grands discours. En fait, on comprend cette année qu'il n'y a pas besoin de bosser la mêlée trois heures. Tout est calibré, minuté."

Le joueur ressent la différence aussi avec la saison passée. "Nous avions une mêlée en dents de scie. On en faisait des bonnes mais on était aussi beaucoup pénalisé parfois. Gurthrö est beaucoup dans la compréhension et l'échange. Cette année, il y a beaucoup de bienveillance. Ce n'est pas du copinage. Il sait mettre la barrière avec son passé récent d'ancien joueur. C'est ce qui nous a de suite séduits en début de saison. Il nous a dit les mecs moi je ne vais pas changer ça, ça, et ça. Ce que je veux, c'est qu'on soit les meilleurs, et on va travailler pour."

Au vu des résultats, difficile de lui donner tort.

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