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XV de France - Maxime Médard : "Je suis prêt à être le Adil Rami du XV de France"

Médard : "Je suis prêt à être le Adil Rami du XV de France"
Par Midi Olympique

Le 17/11/2018 à 17:36Mis à jour Le 17/11/2018 à 17:40

XV DE FRANCE - Arrière du XV de France Face aux Springboks, Maxime Médard (32 ans, 51 sélections) fut probablement le meilleur joueur français. Il revient, pour nous, sur une carrière bosselée, tourmentée et peu banale…

Rugbyrama Vous avez été l’une des satisfactions du XV de France, face à l’Afrique du Sud. Vous l’a-t-on dit ?

Maxime Médard : Il y avait longtemps que je n’avais pas fait un bon match en équipe de France. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas régalé comme ça. (Il marque une pause) Ouais, c’était chouette. Samedi soir, j’avais plus d’amis que les soirs où je suis nul…

Et désormais ?

M.M : Je dois rester dans ma bulle. Quand tu es trop confiant, tu chies (sic) souvent le match d’après…

Vous semblez vous épanouir dans la ligne de trois-quarts du Stade toulousain. Qu’est-ce qui a changé, au juste ?

M.M : Le stade est plein, les gros font le taf, on se régale. Contre le Leinster en Coupe d’Europe, on a pourtant joué avec un numéro 9 à l’ouverture (Dupont) et un ailier au centre (Guitoune). Même quand on joue dans le désordre, on se trouve, c’est le pied.

Pourquoi Ugo Mola a-t-il eu du mal à Toulouse, au départ ?

M.M : Passer à Toulouse après Guy (Novès), c’est comme succéder à Alex Ferguson à Manchester. Nous, joueurs, avions été éduqués par Guy Novès. Nous n’avions connu que lui et au départ, Ugo n’avait pas son vestiaire. Depuis qu’il l’a, ça marche.

Avez-vous failli quitter Toulouse pour Castres, ces derniers mois ?

Il n’y avait pas que Castres…

Auriez-vous pu partir ?

M.M : J’aurais pu partir si le club n’avait pas fait l’effort. J’ai une famille et j’ai une petite fille (Louison, 2 ans) à protéger. Moi, je comprends la stratégie du Stade. Passé un certain âge, on ne te garde pas. Mais Didier (Lacroix) a souhaité me conserver et aujourd’hui, je me rends compte de ma chance.

Didier Lacroix - President - Toulouse

Didier Lacroix - President - ToulouseIcon Sport

À ce point-là ?

M.M : Le Stade, c’est ma petite famille. Guy (Novès) a entraîné mon père avant de m’entraîner. Didier (Lacroix) fut mon coach en Espoirs. Ugo (Mola) a été entraîné par mon père… Et puis, je représente la ville où je suis née, où j’ai grandi.

La paternité a-t-elle changé quoi que ce soit dans votre vie ?

M.M : (Il sourit) Mon rêve, c’est d’emmener ma famille au Japon. Mon rêve, c’est de partager cette Coupe du monde avec les deux femmes qui m’ont soutenu quand ça allait moins bien. Parce que j’aimerais qu’elles vivent aussi les bons moments, à mes côtés. […] En 2011, la Coupe du monde était un aboutissement personnel. J’aurais tout fait pour y arriver. J’étais comme un cheval avec des œillères. En 2015, je suis resté sur le bord de la route. Aujourd’hui, j’envisage le Mondial à la fois comme un défi sportif et un accomplissement familial.

Ce Mondial semble revêtir une importance immense à vos yeux…

M.M : Mais je suis prêt à être le Adil Rami (le stoppeur marseillais, qui n’a disputé le moindre match du Mondial en Russie, était la pierre angulaire du groupe France, N.D.L.R.) du XV de France pour y aller ! Et sincèrement, je crois que si un groupe se sent bien, c’est parce qu’il existe des mecs comme ça. Ce n’est pas une attaque. Adil Rami, c’est l’exemple parfait du mec qui a compris son rôle, qui a pigé qu’il était là pour mettre les mecs à l’aise. Bon…

Adil Rami

Adil RamiAFP

Votre hygiène de vie a souvent été mise en cause. Avez-vous trop fait la bringue, plus jeune ?

M.M : Jusqu’à 20 ans, je n’avais aucune hygiène de vie. Mais c’est normal : t’es jeune, t’as un chouette appart, un bon salaire et la voiture qui va avec. Tout est beau, tout est rose et tu te laisses porter. Puis, tu mûris, tu rencontres des gens qui te remettent dans le droit chemin, ou d’autres qui te pensent en surpoids et se moquent.

Avez-vous été en surpoids, au cours de votre carrière ?

M.M : Peut-être. (Il souffle) Aujourd’hui, mon alimentation n’a de toute façon plus rien à voir avec ce qu’elle était. Mais bon…

Quoi ?

M.M : J’ai arrêté de me prendre pour un autre.

Dans quel sens ?

M.M : À certains moments de ma vie, j’ai fait de la préparation physique en dehors du club, je m’entraînais comme un fou parce que je n’en avais jamais assez. Puis, je me suis posé une question : « Suis-je un athlète ou un joueur de rugby ? »

Et qu’avez-vous répondu ?

M.M : Je suis un joueur de rugby. Je n’arriverai jamais à soulever des barres et faire 150 kg au développé couché. Mais je m’en fous.

Entre 2016 et 2018, vous n’avez connu la moindre sélection en équipe de France. Comment avez-vous vécu cette traversée du désert ?

M.M : J’ai connu pas mal de blessures et une année très difficile. Je ne suis pas le seul. Ce sont les aléas d’une carrière et j’ai appris à les accepter. Cela n’a pas toujours été le cas.

Comment ça ?

M.M : On m’a mis tellement de pression quand j’étais gosse… J’ai quitté Blagnac (une ville de la banlieue toulousaine) à 15 ans et déjà, on me disait que je n’allais pas réussir, que je n’étais pas assez bon pour signer au Stade. Ces choses-là marquent, quand on n’est qu’un môme. Derrière ça, j’ai eu envie de prouver ma valeur à tous ces gens qui doutaient de moi. Et quand je n’y parvenais pas, je me rongeais les sangs, je me bouffais le crâne, je perdais le sommeil. Ça a duré des années…

Il y a dix ans, à votre arrivée en équipe de France (2008), vous étiez considéré comme l’enfant Protée du rugby français. A-t-il été difficile de répondre aux attentes, au fil de votre carrière ?

M.M : Les joueurs Protée, il faut les protéger. Chez les All Blacks, quand on te donne ta chance, on ne te la retire pas le match d’après. Mais je ne regrette rien. Si je n’ai pas fait le Mondial 2015, c’est que je ne le méritais probablement pas…

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