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Ciofani : "Séraphine a été monstrueuse !"

Ciofani : "Séraphine a été monstrueuse !"

Le 05/08/2021 à 16:04Mis à jour

JO 2020 - Meilleure marqueuse des Bleues avec 7 essais inscrits durant le tournoi olympique, Anne-Cécile Ciofani raconte son retour au pays, l'émotion partagée avec ses parents qui ont eu aussi disputé des Jeux et sa coéquipière et amie Séraphine Okemba, autre révélation de ce tournoi.

Avez-vous eu le temps de célébré votre médaille olympique juste après la finale ?

Pas vraiment, car tout est allé très vite. Après un contrôle anti-dopage et nous sommes ensuite rentrées assez vite au village olympique, puis nous avons mangé. On a fait quelques soins, puis nos valises pour repartir dès le lendemain! Disons qu'on a célébré la médaille dans le bus, où nous étions en feu je dois l'avouer ! (rires). On savait de toute façon que l'on allait se rattraper en France...

Et ensuite ?

Le dimanche, nous nous sommes rendues au Club France à Tokyo pour répondre à quelques interviews. Nous avons décollé vers 22 heures, avec beaucoup d'autres athlètes français dont toute l'équipe de France de judo. On a atterri à 4h30 en France, puis on a enchaîné avec le Trocadéro l'après-midi puis la soirée, entre joueuses et staff ainsi qu'avec le vice-président de la FFR, Serge Simon. Nous étions sur un bateau sur la Seine et là, on a vraiment fêté comme il se devait cette médaille.

Etiez-vous encore sur l'excitation au moment de monter dans l'avion ?

Oui, surtout avec l'équipe de France de judo ! Mais on a tenu une heure, pas plus. Ensuite on s'est tous écroulés jusqu'à l'arrivée à Paris. Mais cela nous a permis de bien digérer le décalage horaire plus rapidement. Depuis, on arrête pas mais c'est avec grand plaisir que l'on répond aux sollicitations. La fatigue attendra...

" On a vraiment le sentiment d'avoir intéressé d'autres sports, d'autres publics"

Vous attendiez-vous à une telle ferveur comme celle que vous avez vue sur le Trocadéro ?

Pas du tout. C'était mille fois plus que tout ce que l'on pouvait imaginer. On est vraiment pas habituées à autant de visibilité. Notre sport est méconnu, et ce n'est pas facile de regarder nos matchs : on est souvent en horaires décalés et pour les trouver sur internet c'est compliqué. Là, on a senti l'effet JO : les gens se sont réveillés à 2 ou 4 heures du matin pour nous voir. On recevait des messages de soutien sans arrêt. Le Trocadéro, ce n'était que du bonheur. Nous, on ne connaît pas tout ça. Ce fut une énorme surprise. On s'est senties supportées comme jamais. D'ordinaire on est très heureuses du soutien de nos proches et de quelques fans du rugby à VII. Mais là, on a vraiment le sentiment d'avoir intéressé d'autres sports, d'autres publics et que des gens ont découvert le VII.

Vous espérez que votre parcours a suscité quelques vocations ?

Je l'espère oui. D'abord plusieurs jeunes filles m'ont écrit et je trouve cela fantastique de leur donner envie de jouer. J'en ai rassuré d'autres qui craignaient d'être déjà trop vieilles pour commencer à jouer. Je suis extrêmement fière de ça. Je ne pensais pas qu'en tant que simple joueuse, je pouvais motiver des gens à pratiquer. J'encourage encore aujourd'hui toutes les jeunes filles et les jeunes garçons à commencer le rugby, peu importe leur âge.

Venons-en à un sujet plus douloureux : quel goût vous laisse cette finale ?

J'essaye de bannir toute pensée négative qui a rapport à cette finale, mais ce n'est pas facile. Ce que j'en pense, c'est qu'on a joué en infériorité numérique, clairement. Et sans prétention aucune, on ne méritait pas ce qui s'est passé. La médaille d'argent, on est allé la chercher mais on méritait mieux. Ou au moins, on aurait mérité de se battre à armes égales. Et on aurait préféré perdre parce que les Blacks étaient meilleures, et pas parce qu'on s'est fait avoir au niveau de l'arbitrage. C'est le plus dommage, et qui reste en travers de la gorge. Cette médaille d'or, on l'a touchée du bout du doigt, mais nous n'avons pas été maîtresses de cette défaite, même si encore une fois, la Nouvelle-Zélande reste une très grande équipe et elle aurait très bien pu nous battre à la régulière. On aurait aimé se battre contre elles, et pas contre l'arbitrage.

Vous avez donc le sentiment de ne pas avoir pu montrer ce dont vous étiez vraiment capables ?

J'en ai encore des frissons quand j'en parle... Cela a été scandaleux. Sur nos deux ballons, on a marqué deux essais. Imaginez ce qui se serait produit si l'on en avait eu davantage ? On aurait pu faire quelques chose d'exceptionnel... Même si ce que l'on a fait, c'est déjà fabuleux. Mais on nous a coupé l'herbe sous le pied et c'est difficile à digérer.

D'où les larmes de tristesse au coup de sifflet final...

Pour ma part, je les ai vite séchées. On se devait de montrer une image positive, parce que cela reste une médaille olympique. Pour tous ceux qui se sont levés et qui nous ont encouragés, on se devait d'être heureuses. Même si, intérieurement, je confirme qu'elles ont bien coulé !

Vous terminez le Tournoi en tant que meilleure marqueuse des Bleues, êtes-vous satisfaite de vos prestations individuelles ?

A titre personnel je suis ravie, même si je préfère toujours mettre l'équipe en avant, car c'est un sport collectif. J'ai beaucoup évolué, j'ai changé de poste récemment et aujourd'hui je fonctionne en binôme avec Séraphine (Okemba, ndlr.) Pour ceux qui ne connaissent pas le VII, je suis l'équivalent d'une centre à XV et Séraphine est mon ailière. Je me suis vraiment épanouie à ses côtés. L'équipe a énormément progressé, cela reflète l'état d'esprit qui anime cette équipe.

Séraphine Okemba a été l'autre révélation de ce tournoi...

Je sais qu'elle ne va pas apprécier ce que je vais dire, mais « Séra » a été monstrueuse sur ce tournoi ! Elle ne cesse de progresser depuis plusieurs années, mais avait été privée de la Coupe du monde de 2018 à cause d'une blessure. Ce fut une grande déception pour elle. Elle a pris une sacrée revanche sur ses années de galère. Et aujourd'hui, je suis complètement sereine quand j'entre sur le terrain avec elle à mes côtés. Avec elle, je sais que ça ne passera pas de notre côté. Et on continuera à mettre les barbelés !

Vos parents ont participé aux Jeux Olympiques, votre mère au lancer de disque et votre père au lancer de marteau. Que vous ont-ils dit ?

Ma mère, c'est une fan inconditionnelle de notre équipe et accessoirement de moi, comme le sont toutes les mamans avec leurs enfants ! Elle m'a dit qu'elle était très très fière. De notre parcours, et de ce que je pouvais représenter pour le sport féminin. Mais vous savez quoi ? Je ne l'ai toujours pas eue au téléphone depuis notre retour... on s'envoie des messages mais on arrive pas à s'appeler car elle travaille de nuit alors c'est compliqué. Je compte lui faire une surprise en arrivant chez elle en avance. En revanche, mon père est la première personne que j'ai appelée en sortant du terrain, après le podium. Et on a... (elle coupe) Désolée je suis vachement émue d'un coup... on a discuté, il était très énervé contre l'arbitrage mais a rapidement basculé sur le positif. Et là ben... on a pleuré les deux au téléphone pendant de longues minutes. Pour lui, une médaille olympique c'est le Graal. Et je lui rapporte ce Graal qu'il n'a pas réussi à décrocher. Il a disputé une finale olympique mais n'avait pas ramené de médaille. Il me tarde de les retrouver de leur mettre la médaille au tour du cou... D'habitude on est pas très sentimentaux chez nous mais je crois qu'on va avoir besoin de mouchoirs !

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