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Pour exister puis accéder aux JO, le Sevens français a vécu un véritable parcours du combattant

Pour exister puis accéder aux JO, le Sevens français a vécu un véritable parcours du combattant

Le 31/07/2016 à 18:16

RUGBY A 7 - A l'annonce du retour du rugby dans le giron de l'olympisme fin 2009, le 7 français était dans un triste état. Au début de la dernière décennie, les dirigeants de la FFR ont donc amorcé de grands travaux pour développer la discipline, la faire connaître, et disposer de deux sélections compétitives aux JO de Rio. Avant qu'ils ne débutent, retour sur ce parcours du combattant.

L'année 2012 n'est pas si loin. Pourtant, à l'époque, la signature de l'ex Usapiste Julien Candelon avec la FFR a longtemps fait jaser. "Tout le monde m’a demandé ce que j’allais faire à 7", reconnaît-il maintenant. "Tu vas perdre en notoriété", "tu vas disparaître du paysage"”, lui disait-on. "La discipline avait peu de crédibilité".

A la formation d'un groupe fédéral conséquent voilà donc quatre ans, le rugby à 7 sait déjà qu'il sera olympique en 2016, et ce depuis le 9 octobre 2009. Mais la France de l'ovalie a pris du retard. Et les deux sélections hexagonales sont encore loin d'être qualifiées. "Le chantier était colossal", ajoute “Cand”, attiré par "la volonté affichée par la Fédé de donner une orientation à cette discipline, pour qu’elle se développe un peu partout en France".

Julien Candelon (France 7) lors du tournoi de Paris

Julien Candelon (France 7) lors du tournoi de ParisIcon Sport

"Quand le 7 est devenu olympique, le président Camou nous a demandé, à tous les directeurs et moi en tant que DTN (qu'il n'est plus depuis 2014, ndlr), de discuter et écrire un projet pour la discipline sur les quatre années de l’olympiade", raconte Jean-Claude Skrela à propos de "Puissance 7". "C'est là que j'ai vraiment mis mon nez là-dedans. Je suivais jusque-là, mais le fonctionnement du 7 était très fermé".

Au niveau très bas. État des lieux détaillé par le manager : "Il n’y avait rien de concret au plan national ou pour la formation des entraîneurs, on avait perdu tournoi de Paris et on avait une équipe nationale qui fonctionnait sur des sélections de bouche-à-oreille".

Un projet enfin totalement validé en 2016

Articulé en trois volets, le projet olympique concrétisé vise alors le développement du 7 sur le territoire (avec la mise en place de championnats et la formation d'éducateurs spécialisés), le retour d'une étape du circuit mondial dans la capitale, et la reconstitution d'une sélection nationale performante. En cette année 2016, le projet a enfin été validé sur ces trois points !

Après qualification européenne, l'équipe de France masculine comme son homologue féminine s'apprêtent à disputer les Jeux, les championnats de France ont été largement disputés à Albi cette année - après le CNR la saison dernière - et le retour du World Rugby Sevens Series à Paris a été une très belle fête et une découverte pour beaucoup mi-mai.

Less 16 capitaines du Paris Sevens - Photo I. PICAREL/FFR

Less 16 capitaines du Paris Sevens - Photo I. PICAREL/FFROther Agency

A l'heure de Rio, une première marche a été franchie. Mais le développement suit son cour. "Tout est ancré depuis trois ans dans le fonctionnement de la FFR, et des clubs de Top 14 comme Castres, Montpellier ou Clermont ont aussi vraiment joué le jeu", se réjouit l'ex DTN. Preuve que le regard du rugby à XV sur son voisin du 7 a changé, certains olympiens retourneront ensuite en Top 14, alors que les filles font elles régulièrement l'aller-retour et basculeront en mode Coupe du monde la saison prochaine.

"On peut remercier les têtus qui ont fait en sorte qu’on ne craque pas sous cette pression", félicite Candelon. "Aujourd’hui, tout le monde sait que le 7 est formateur à tous points de vue, et qu'il peut aussi ouvrir la porte du rugby à des joueurs peut-être pas invités à XV".

Une bataille pour créer les premiers contrats fédéraux

Pour participer à la reconnaissance du rugby à 7 en allant chercher des résultats au plus haut niveau, la FFR a donc misé sur des joueurs fédéraux. "On a vite voulu des contrats pros, car on savait l'incompatibilité qu'on risquait de devoir affronter", justifie Skrela. "Il a fallu batailler, puis trouver les joueurs. Mais on a commencé à 4, puis 8, puis 14, puis 18, et enfin 14 aujourd’hui".

Ce qui a pris encore plus de temps chez les filles. En pionnières, Rose Thomas et Fanny Horta sont même montées en 2013 pour s'entraîner un an aux côtés des garçons, en restant infirmières à côté. "Il faut se souvenir qu'à l’époque, on n'avait alors pas de contrat, juste une convention pour s’entraîner quelques jours ensemble chaque mois", recadre la Bordelaise Rose Thomas.

Terry Bouhraoua et Fanny Horta, capitaines des équipes de France à 7

Terry Bouhraoua et Fanny Horta, capitaines des équipes de France à 7Icon Sport

"On savait que le statut professionnel n'était pas encore d’actualité en France, mais après en avoir discuté ensemble, on était prêtes à faire bouger les choses et on a voulu les mettre devant le fait accompli", se souvient-elle. Dans la lignée des longues négociations de David Courteix, les 16 premiers contrats ont finalement été officiellement créés en 2014 après cette saison test, et 19 joueuses ont même attaqué la préparation en 2015.

Souvent interrogée par les nouvelles arrivantes, la capitaine Fanny Horta s'en réjouit : "Tout s'est vite enclenché après, c'est devenu sérieux, on a commencé à s'entraîner tous les jours et les résultats ont suivi". S'il a fallu s'adapter au rude rythme des séances quotidiennes, Shannon Izar n'a pas hésité une seconde à venir dans le sud parisien. "C'est une chance, j'ai foncé", commente-t-elle. "Si on adore ce sport, on ne peut pas passer à côté".

Avec ou sans médaille, viser plus haut à l'avenir

Dans un staff récemment élargi, l'entraîneur des filles sait le rôle de détonateur qu'ont joué ses deux anciennes : "C'était quand même gonflé de leur part ! Même si le président (Pierre Camou) et Jean-Claude (Skrela) étaient dans le coup et ont fait en sorte que ça marche après, elles ont lancé les hostilités".

Elles seront toutes deux aux Jeux cet été. Un aboutissement. Même si tous les acteurs interrogés voient plus grand, au-delà d'une potentielle médaille. "On a choisi d’abandonner certaines choses capitales pour le développement au détriment de la performance à court terme", illustre Courteix. "L’aboutissement, ce serait qu'à mon départ, le socle soit solidifié, et que l'échelle d’accession à ce groupe soit construite…"

David Courteix

David CourteixIcon Sport

Et l'entraîneur d'élargir : Aujourd'hui, les filles ne représentent que 15 000 licenciées, le potentiel de développement est monstrueux, pour la base comme le haut-niveau. Il faut avoir l'ambition d’aller plus loin. Rio doit y participer. La reconnaissance du rugby et du 7 doit encore gagner du terrain. "Ça a mis du temps mais je crois qu’aujourd’hui, les deux équipes font beaucoup parler", renchérit Skrela. "Même si les gens racontent des conneries, ils commentent. Mais la reconnaissance viendra quand on aura vraiment les meilleurs joueurs de rugby français qui joueront à 7. Et ce que j'aimerais, c'est que les jeunes qui ne jouent pas tentent leur chance à 7".

Avec ou sans les acteurs d'aujourd'hui. Le projet olympique n'est que la fusée de lancement. Qui serait bien inspirée de toucher les étoiles au Brésil.

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