Midi Olympique

Chronique de P.Villepreux

La finale vue par Villepreux
Par Rugbyrama

Le 24/05/2008 à 10:00Mis à jour

Qui, mieux que Pierre Villepreux, pouvait se pencher sur la finale de la Coupe d'Europe 2008, entre Toulouse et le Munster? Notre chroniqueur, ancien entraîneur du Stade, décortique pour nous les enjeux du rendez-vous de l'année.

Cette finale de Coupe d'Europe va avoir un parfum particulier pour Toulouse. Ce club, en effet, il y a maintenant plus de 30 ans avait, on peut le dire, d'une certaine manière transgresser les règles en vigueur en créant contre l'avis fédéral le "Master des Clubs".

Ce Master réunissait les clubs européens champions dans leur pays. Avaient été également conviés à participer les représentants de l'Australie, Fidji, Nouvelle-Zélande et Samoa. Cette projection vers ce type de compétitions internationales répondait à un besoin et c'est bien, par défaut, qu'un club s'en soit préoccupé. Ce phénomène a logiquement aidé à créer quelque temps plus tard la Coupe d'Europe. Que cette première version ait été gagnée par le Stade Toulousain n'est donc pas si anecdotique, puisque son initiative précédente l'engageait à performer dans cette compétition donc à la respecter.

En créant le Master, le Président de l'époque, Jean Fabre, visait bien sûr à mobiliser le public régional, l'environnement économique et institutionnel, mais il s'agissait également, dans le monde entier, de donner une image forte de la dynamique de son club. La réalisation à l'époque de ce type d'événement parmi tant d'autres novations entrait dans le projet de club et de la vision de l'évolution du rugby que Jean Fabre se faisait. Mais le meilleur des projets et le meilleur événement du monde se devaient pour réussir de s'appuyer sur un jeu novateur. Cette vision et la reconnaissance d'un jeu purement toulousain et les bons résultats dans le championnat domestique ont classé ce club. Il apparaissait, sinon différent, du moins porteur d'une identité qui interpellait et en a fait un club notoirement reconnu en Europe bien sûr, mais également mondialement.

Dans la continuité du projet de Jean Fabre, la philosophie d'innovation ne s'est jamais démentie et a permis de gagner 3 fois le titre européen. Logiquement le Stade a respecté l'histoire et honoré son engagement.

Le Brennus passe par Cardiff

Mais en sport comme ailleurs, il ne faut pas se faire oublier et cette finale contre le Munster est une bonne occasion d'effacer les absences de titres de ces dernières années, que ce soit au niveau européen et national. Jouer une finale européenne avec je l'espère un titre et enchaîner la course vers le bouclier de Brennus est une chance fabuleuse et surtout une occasion pour les joueurs de démontrer que le jeu toulousain existe, est efficace et qu'il peut devenir le jeu spectaculaire et gagnant que le monde du rugby au-delà des résultats espère.

La balle dans ce match est dans le camp des joueurs qui ont le devoir de ne pas brader le style toulousain et bien sûr les grands événements le permettent mieux. Les joueurs "au Millenium" devront être répétons-le les ambassadeurs de leur "jeu identitaire". Pour faire un bon match quelqu'un a dit qu'il "faut être deux", je pense que leurs adversaires seront à la hauteur et eux aussi à leur manière ne refuseront pas de se lancer dans un jeu ambitieux.

En ce sens, cette finale est d'autant plus intéressante. Le jeu du Munster a évolué et s'est diversifié. Les avants sont toujours redoutables mais les lignes arrières sont maintenant, grâce aussi à quelques joueurs du sud, une menace qu'il ne s'agit pas de négliger.

Ce qui veut dire que la dimension défensive se doit, pour les Toulousains, d'être efficace puisque une des forces des rouges et noirs, c'est de savoir transformer et articuler sur les récupérations le jeu défensif en jeu offensif.

Presser O'Gara le meneur de jeu devient en alternance avec le jeu offensif une option tactique majeure qui devrait permettre de fragiliser l'efficience de ses partenaires des lignes arrières et créer les meilleures conditions de récupération du ballon et de contre-attaque.

Prendre un maximum d'initiatives, provoquer l'adversaire balle en main doit être une référence collective pour les joueurs qui auront l'honneur de rentrer sur la pelouse. S'ils sont capables de donner le "la", les joueurs frais du coaching ne pourront qu'intensifier le processus du jeu recherché.

Mettre en oeuvre sans crainte "leur jeu" me parait déterminant pour gagner ce match. Y apporter la manière permettrait d'acquérir un complément de confiance pour aborder les phases finales du Top 14. Si gagner ce titre reste un objectif tout autant prioritaire, le challenge toulousain passe en partie par Cardiff.

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