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L’arbitrage vidéo est-il en train de tuer le rugby ?

L’arbitrage vidéo est-il en train de tuer le rugby ?
Par Rugbyrama

Le 03/04/2018 à 15:28Mis à jour Le 03/04/2018 à 17:50

Apparue en 2001 dans les compétitions internationales puis en 2006 en Top 14, la vidéo tend à corriger les injustices et amener une certaine équité. Malgré cette volonté, l’utilisation de l’arbitrage vidéo crée des vives polémiques dans le monde du rugby. Cet outil change-t-il le visage de ce sport ?

Le début des années 2000 marque un tournant dans le monde de l’ovalie. En effet, en 2001, l’arbitrage vidéo a été mis en place par les grandes instances mondiales. Au départ, cet outil est utilisé pour une seule question : essai ou pas essai ? Maintenant cette application est étendue sur toutes les zones du terrain. Surtout, l’arbitre vidéo, ou TMO en anglais (Television Match Officiel), a maintenant lui aussi le droit de demander un visionnage, et non plus seulement l’arbitre de champ. Pour l’ancien arbitre international français, Salem Attalah, l’arbitrage vidéo est bénéfique pour le rugby "Aujourd’hui, ce sport a évolué. On fait face à des vrais athlètes, qui courent très vite. L’arbitre sur un terrain manque de repères. Maintenant la vidéo est là pour aider les arbitres. C’est quelque chose de très positif. Elle amène une justice et une certaine équité." Mais le protocole actuel n’empêche pas les polémiques autour de l’arbitrage.

Salem Attalah (arbitre) du match Toulon contre Montpellier

Salem Attalah (arbitre) du match Toulon contre MontpellierIcon Sport

Vers une double interprétation

Ce week-end européen a été le théâtre d’actions très litigieuses. Lors de Munster - Toulon, l’arbitre de la rencontre, Nigel Owens, a pris quelques décisions discutées notamment du côté Toulonnais. Juste après le coup d’envoi, Ashton, l’arrière anglais, est à la lutte avec Simon Zebo dans l’en-but. Sur les images, on voit l’arrière irlandais pousser le ballon en dehors des limites du terrain. Volontaire ou involontaire ? Pour Nigel Owens, l’arrière du Munster n’a pas délibérément envoyé le ballon en touche. Il n’accorde donc pas l’essai après avoir eu recours à la vidéo.

"Le but de cet outil est d’enlever toute forme d’interprétation et pourtant en demandant de visionner les images, l’arbitre se rajoute une double interprétation. Ce qui rend les décisions encore plus compliquées à prendre pour les arbitres" poursuit, Salem Attalah. Il n’oublie pas de rappeler que " les arbitres sont des êtres humains capables de se tromper" mais, sans ces hommes, "les matchs ne pourraient pas se dérouler."

Un outil perfectible ?

A Clermont dimanche après-midi, Wayne Barnes, l’arbitre de la rencontre, a connu le même sort. Il a accordé deux essais sur 2 actions très litigieuses notamment sur l’essai de Marc Andreu où Dan Carter, à priori, fait une passe en avant. Action semblable sur l’essai de Betham où pour certains la passe de Parra est très limite. Une question peut alors se poser. Est-ce que les images sont suffisamment de bonne qualité pour prendre la bonne décision ?

Vidéo - L'action litigieuse qui envoie Clermont en vacances

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"Dans tous les cas, l’arbitre cherche à prendre la bonne décision. Mais pour les cas très délicats, on en revient à l’interprétation. Je pense aux en-avant où les angles, les images à certains moments ne sont pas assez bonnes pour donner une certitude à 100%.C’est un outil qui reste perfectible ." affirme l’ancien arbitre. En voulant avoir recours systématiquement à la vidéo, l’arbitre ne devient-il pas prisonnier de la technologie ?

Des décisions trop longues

Au-delà des potentielles erreurs, c’est la longueur de décision qui pose problème. Lors du match Munster - Toulon, ce samedi, Nigel Owens a rendu sa décision, de ne pas accorder l’essai, 6 min 52 après avoir fait appel à la vidéo. Rien qu’en première mi-temps, le temps utilisé pour la vidéo représente plus de 10 minutes. Cette attente demeure considérable pour les acteurs (joueurs et supporters) d’un match. Le jeu n’en devient-il pas dénaturé ? "Je pense que cela crée une cassure sur le match, au niveau du rythme surtout pour une équipe qui est sur un temps fort. Mais après qu’est-ce que l’on veut ? Plus d’équité et une attente prolongée ou des erreurs ?" s’interroge Salem Attalah. Avec la peur de se tromper, l’arbitre n’abuse-t-il pas trop de la vidéo ? Pour lui, il faut savoir ce que l’on veut. Si nous cherchons à avoir plus d’équité et donc une attente supplémentaire ou des erreurs à répétitions ?

Moins de frissons ?

Si pour certains, l’utilisation de la vidéo est gage de justice, pour d’autres, la beauté du jeu se perd. Pour exemple, lors du match Clermont - Racing, l’essai de Grosso a été accepté dans un premier temps. Alors que Morgan Parra va pour taper la transformation, l’arbitre revient sur sa décision et décide de demander l’assistance vidéo. Essai refusé à juste titre. Mais à vouloir rendre la justice, est-ce que nos émotions ne s’envolent-elles pas? Le sport ne se nourrit-il pas d’injustice ? Toutes ces questions alimentent le débat. Mais à l’heure, où la vidéo fait systématiquement polémique, n’est-il pas le moment de faire évoluer ce système pour essayer de satisfaire le plus grand nombre ?

Par Lucas Merinho

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