• Le carte blanche de Thomas Martinez (Arbitre) : "Un de mes collègues a pris un coup de crampon"
    Le carte blanche de Thomas Martinez (Arbitre) : "Un de mes collègues a pris un coup de crampon"

Le carte blanche de Thomas Martinez (Arbitre) : "Un de mes collègues a pris un coup de crampon"

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AMATEUR - Âgé de 22 ans, Thomas Martinez sillonne les terrains de l’Occitanie depuis six ans avec un sifflet à la main. Ce jeune arbitre constate, comme de nombreux observateurs, le nombre de violences qui augmente un peu plus chaque saison.

" Nous ne pouvons pas nier l’augmentation des violences sur les terrains de rugby, notamment dans les catégories jeunes. Ce que je constate quand j’exerce, c’est que l’environnement autour du rectangle vert influe réellement sur l’attitude des trente acteurs, forcément plus facilement influençables de par leur jeune âge. Les parents, les amis qui viennent voir leurs copains jouer, certains vont beaucoup trop loin dans leurs paroles et leurs actes. Récemment, j’ai dû gérer une bagarre entre les rugbymen sur la pelouse. Une fois qu’elle était terminée, l’échauffourée a continué derrière la barrière… avec des supporters qui en sont venus aux mains. Ces situations sont très difficiles à maîtriser quand vous êtes un arbitre comme moi âgé de 22 ans. Lorsque l’homme en rose au milieu de la pelouse est un adulte, il y a forcément une sorte de respect qui s’installe.

Quand vous êtes jeune, les parents ont parfois l’impression qu’ils échangent avec un de leurs enfants, ce qui ne facilite pas vraiment la tâche. Depuis le début de la saison, dans mon entourage, quatre arbitres ont été agressés. Une des victimes a tout simplement été menacée de mort à la fin d’une partie, tandis que les trois autres l’ont été physiquement. J’ai un exemple qui me vient en tête. Un de mes collègues a exclu un entraîneur qui ne se maîtrisait pas en bord de pelouse. Ce jour-là, un de ses joeurs a tout simplement frappé l’arbitre avec son crampon. Ces évènements étaient exceptionnels il y a quelques saisons. Désormais, ce ne sont plus des exceptions. Je compare souvent cette tendance avec les accidents de voiture. On se dit que cela ne nous arrivera jamais, sauf quand cela touche des personnes que vous connaissez. Forcément, ça fait réfléchir. Quand j’ai commencé, nous arrivions à cibler les régions qui "craignaient" le plus, où il était plus facile de se faire déborder. Désormais, c’est dans n’importe quel département que cela peut arriver.

C’est peut-être ça le plus inquiétant. Cela fait six ans que j’arbitre, et je ne me suis jamais fait agresser. Mais il est vrai qu’à chaque fois que j’enfile ma tunique, il y a un peu plus d’appréhension que lors de mes premières années. J’arbitre jusqu’en Fédérale 3. À ce niveau-là, les violences sont rares avec les joueurs, tout comme chez les espoirs. Nous avons des jeunes rugbymen qui ambitionnent de jouer en équipe première, donc ils se comportent beaucoup mieux. Le plus risqué, c’est lorsque vous arbitrez des équipes de moins de 18 ans. Entre l’immaturité des uns, et l’irrespect des autres, tout peut très vite déraper. Des choses commencent à se mettre en place pour protéger un peu plus les arbitres et surtout sanctionner comme il se doit ceux qui vont beaucoup trop loin. Il faut que les mesures soient strictes, au risque de devoir faire face à des situations incontrôlables tous les week-ends. Beaucoup de monde oublie trop facilement que la base du rugby, c’est avant tout le respect… "