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6 Nations 2024 - "Je suis comme tout le monde, je préfère commencer les matchs", assume Peato Mauvaka (XV de France)

Par Guillaume CYPRIEN
  • 6 Nations 2024 - Peato Mauvaka (XV de France)
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Le talonneur tricolore Peato Mauvaka évoque les difficultés actuelles de l’équipe de France, son rôle de titulaire dans son association avec Julien Marchand, son besoin absolu de ressentir la confiance, son état de forme physique, et accepte de revenir sur sa frustration du mondial. Il aborde ce match de l’Italie convaincu que le quinze de France retrouver un peu de sa superbe.

Après l’élimination du Mondial, vous aviez déclaré ce mot très fort pour dire tout votre désarroi, que vous vouliez vous pendre. Ce sentiment de la perte irréparable vous tient-il toujours ?

Je ne voulais pas vraiment me pendre non plus. Mais c’était tellement dur à digérer. L’équipe voulait tellement remporter ce premier titre pour la France. Ce regret n’est pas du tout passé, ça ne passera jamais. Mais le fait de rejouer rapidement en club et maintenant de retrouver le groupe France et d’avoir gagné en Ecosse, ça fait un bien fou.

Justement, vous enchaînez une période de rugby vraiment très longue. La fin de saison avec Toulouse et le titre de Top 14, la préparation du Mondial, la Coupe du monde, ce retour immédiat en club, le Tournoi… Combien de congé avez-vous pris depuis huit mois ?

Je ne sais pas exactement, quatre semaines environ je crois. Deux semaines après le titre de Top 14 avant la préparation du Mondial et deux autres semaines quelque temps après mon retour Toulouse après la Coupe du monde.

Comment vous sentez-vous physiquement ?

Ça va très bien. Je suis jeune. Après le titre de Top 14, il y avait bien un peu de fatigue mais quand tu te mets à te préparer pour un Mondial, tu oublies cette fatigue et la souffrance de la préparation. Je n’éprouve pas de difficulté à m’entraîner à haute intensité. C’est l’un de mes points forts, sans doute. Cette préparation était dure mais c’est un peu mon truc, donc ça m’a plu. Et puis, vivre deux mois ensemble avec toute l’équipe, c’était génial. J’ai ressenti de la fatigue ensuite mais elle était émotionnelle.

Vous vouliez vous pendre, quoi…

Après ça, certains ont eu besoin de couper. Moi j’avais besoin de retrouver immédiatement un collectif pour ne pas me perdre tout seul dans mon coin. Je suis rentré le mercredi et, dès le jeudi, je suis allé au club voir les potes du Stade s’entraîner. Je n’étais pas vraiment seul, j’étais avec ma chérie. Mais je pleurais à chaque fois que j’étais seul. Je repensais tout le temps à ce quart de finale. Et je recevais des messages, ou je voyais passer des articles… Tout me ramenait à cette défaite. J’étais triste, je devais rejouer tout de suite.

Certainement le Bleu le plus en vue du soir, Peato Mauvaka est apparu devasté devant la presse...

Ses propos > https://t.co/yPttgdM6Sy#RWC2023 #FRAvRSA pic.twitter.com/bXOI8GreC1

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) October 15, 2023

On vous avait vu vraiment étincelant lors de cette défaite contre les Sud-Africains. À ce jour, est-ce le match de votre vie ?

Je ne sais pas, mais je me suis senti libéré. J’avais été dans le dur lors des premiers matchs de préparation. Tout s’est débloqué lors du match contre les Fidji. J’ai joué quatre-vingt minutes et j’avais terminé capitaine. Le staff m’a montré qu’il avait confiance en moi. Quand je sens qu’on me fait confiance, je parviens à me libérer davantage sur le terrain.

Doutiez-vous de cette confiance ?

J’étais toujours associé avec Julien dans un scénario identique. Il commençait et je finissais. Malheureusement pour lui, Julien s’est blessé, et on m’a mis devant. J’avais un peu de pression. Je faisais tout pour qu’on remarque le moins possible son absence. Qu’on me mette beaucoup de pression, cela ne m’atteint pas, mais j’ai besoin de ressentir cette confiance pour la dépasser vraiment.

Ils vous mettent beaucoup de pression ?

Comme à tous les joueurs.

La blessure de Julien Marchant a modifié votre statut dans l’ordre de vos apparitions. Est-ce que cela change quelque chose pour vous ?

Non, pas grand-chose. Avec Julien, on tournait déjà souvent en club. Je pouvais débuter aussi. Ça dépendait de certains matchs, et de la forme de chacun. Évidemment, après la Coupe du monde, les choses ont évolué. Julien était encore blessé, il en a profité pour prendre son temps et bien soigner les pépins qu’il avait au genou. Donc j’ai joué tous les matchs le temps qu’il revienne. C’est ça qui a changé.

En équipe de France, quand vous occupiez ce rôle de remplaçant, les observateurs disaient que c’était un tandem idéal. Vous rentriez dans les matchs alors que la fatigue commençait à peser sur les organismes, ce qui permettait à votre dynamisme de peser sur les défenses. Ressentez-vous un changement de rôle, de fonction, en tant que titulaire ?

Non, cela ne change rien non plus. Je concevais ce rôle. Effectivement, quand tu rentres en cours de match, tu sais que les joueurs sont déjà dans le dur, et tu arrives sur le terrain aux côtés de tes coéquipiers avec de la fraîcheur et de la bonne humeur. Tu es frais, tu as le sourire, et tu motives tout le monde. Mais du point de vue du jeu, de ce que peux apporter, mon rôle n’est pas différent en tant que titulaire.

Vous aimiez ce rôle de super remplaçant ?

Pas vraiment. Je l’acceptais évidemment, pour le bien de l’équipe mais je suis comme tout le monde, je préfère commencer les matchs.

Très longtemps considéré comme un remplaçant de luxe, Peato Mauvaka semble être monté d'un cran dans la hiérarchie des Bleus. Son impressionnante Coupe du monde et son début de saison avec Toulouse, tout aussi abouti, ont visiblement plaidé en sa faveur.https://t.co/yDODYIibH3

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) January 31, 2024

Ressentez-vous la même efficacité personnelle avec ce nouveau statut de titulaire ?

Je ne sais pas. Mais je sais que j’ai beaucoup plus de difficulté à rentrer en cours de partie. Par rapport à tout ce qui se passe autour de l’équipe avant la rencontre, la pression… Quand tu débutes, tu quittes l’échauffement, tu es chaud, et tu rentres sur le terrain avec toute cette énergie. Remplaçant, tu ressens moins d’adrénaline. Tu te refroidis, tu fais des aller-retours dans l’en-but, tu ne te fais pas monter le cardio et le bourrichon de la même manière. Ce n’est pas le même sentiment.

L’équipe de France traverse une période post-Mondial assez difficile. De votre point de vue, cette difficulté tient-elle à la déception de l’élimination, à la réorganisation du staff, au temps nécessaire à travailler avec de nouveaux entraîneurs ?

Je pense simplement qu’on ne s’est pas bien préparés pour jouer contre l’Irlande. J’étais super excité de reprendre et de retrouver le groupe France. Il n’a pas trop changé, ni le staff d’ailleurs. Il y a eu seulement quelques modifications, mais la structure générale est restée assez identique. On n’a pas changé notre jeu non plus. On a presque tout gardé dans le plan de jeu. C’est juste qu’on n’était pas assez prêt, que l’Irlande a joué son meilleur rugby, et que de notre côté, on n’arrivait pas à se trouver. Je ne pense pas que cela soit lié au changement.

Une affaire psychologique alors ?

Oui, et qui n’est pas forcément liée au quart de finale. On a fait plein d’erreurs et on s’est vite retrouvé à 14. À la soixantième, il n’y avait que sept points d’écart. Mais on a baissé les bras top vite.

6 Nations 2024 - Peato Mauvaka (XV de France)
6 Nations 2024 - Peato Mauvaka (XV de France) Midi Olympique - Patrick Derewiany

Parmi les difficultés actuelles, la touche est un secteur très impacté. Contre l’Ecosse, des pertes de balles ont empêché l’équipe d’exercer une pression constante. D’où vient cette difficulté ?

Elle est due à plusieurs paramètres, à notre organisation collective, à mes lancers, trop bas ou pas assez rapides. Parfois contre l’Irlande, il y avait des annonces sur lesquelles nous n’étions pas sereins comme nous en avions l’habitude. Nous avions atteint un certain niveau d’efficacité dans ce secteur et en conquête de façon générale. On était fort. Il nous a fait perdre un peu de notre contenance, ce match contre l’Irlande. Je le prends pour moi en partie concernant la touche. Mes lancers étaient trop bas ce jour-là.

Ne faut-il pas également estimer le temps d’adaptation du nouveau travail avec Laurent Sempéré ?

Non, je ne pense pas. Les annonces ont changé mais c’est toujours les mêmes mouvements. Pour moi, les problèmes que nous avons rencontrés tenaient à la hauteur du lancer et à la vitesse d’exécution de nos mouvements. On s’est vraiment un peu perdus sur l’Irlande.

Face à l’Italie, faites-vous une priorité de retrouver une superbe dans ce secteur de jeu ?

Oui, évidemment. Je suis confiant. Nous avons réussi à bien travailler cette semaine. Nous avons retrouvé de la vitesse et beaucoup de hauteur. Ce n’est pas le seul secteur sur lequel nous devons nous retrouver. La défense également doit redevenir notre force. Nous avions pris l’habitude d’une grande certitude. C’était vraiment notre point fort. On pouvait défendre plusieurs temps sans rien céder et profiter de la moindre erreur pour contre-attaquer. On n’a pas du tout réussi à le faire contre l’Irlande, un peu contre l’Ecosse. On a perdu un peu notre rugby dans ce domaine aussi.

Après deux sélections en tant que remplaçant, le jeune seconde ligne de Perpignan Posolo Tuilagi débutera bien le match contre L’Italie dimanche à Lille, et étrennera sa première titularisation.https://t.co/1VaPr1gfq2

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) February 21, 2024

Patrick Arlettaz plaidait en début de semaine le temps nécessaire pour retrouver de la confiance. Pour difficile qu’elle fut, la victoire en Ecosse vous en a-t-elle fourni un peu ?

Oui, et surtout on peut toujours croire en la victoire dans ce Tournoi. L’Écosse, c’est une grosse équipe, on ne gagne pas souvent là-bas. Et eux se trouvaient en super confiance, ils venaient de gagner contre le pays de Galles. Donc la victoire est belle et il y a eu beaucoup de points positifs par rapport à nos attentes, même si cela ne s’est pas forcément vu de l’extérieur. On a été plus dominants sur les impacts notamment. En avançant sur les collisions, le jeu s’est un peu ouvert.

Dans le fond, cet échec contre l’Irlande, qui est une blessure sur une blessure, n’était-elle une nécessité pour dépasser la frustration du mondial et remettre le bleu de chauffe ?

Peut-être. Tu apprends quand tu perds, et tu fais tout pour ne pas perdre à nouveau. Du coup, on avait fait une grosse semaine avant l’Ecosse. Et cette semaine, il y a eu encore du mieux. J’espère qu’on va le montrer.

Dans votre parcours, l’Italie est l’équipe contre laquelle vous avez déjà été deux fois titularisé, lors de la Coupe d’Automne des Nations en 2020, et lors du mondial. Vous laisse-t-elle de bons souvenirs ?

Pas totalement. Le match en Coupe d’Automne avait été pénible pour moi. J’ai toujours besoin de toucher des ballons pour me sentir en confiance et je n’en avais touché aucun. J’avais défendu toute la partie. J’étais un peu renfermé après ce match. D’ailleurs c’était un peu pareil après l’Irlande et l’Ecosse. C’est pourquoi j’avais joué cette pénalité à la main conte l’Irlande, par frustration je crois. Dimanche, je vais essayer de vite me mettre en confiance pour aller toucher un peu de ballons.

C’est un vrai besoin ?

C’est mon jeu. Et parfois sur des matchs un peu fermés, il faut aller le chercher, quitte à laisser la position ou tu dois être habituellement.

À titre personnel, sur votre trajectoire assez linéaire vers le haut niveau, avez-vous le sentiment d’avoir franchi un cap ces derniers mois ?

J’avais vraiment franchi un cap à la fin de l’année 2018 à la mort de mon père. William Servat m’avait beaucoup aidé à cette période. On avait fini champion, et j’avais eu la chance de participer à la Coupe du monde 2019, même si je n’ai pas joué. Il me semble que je suis sur cette lancée.

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Les commentaires (2)
Djive-ST Il y a 1 mois Le 23/02/2024 à 00:45

Le plan de jeu n'a pas changé ??? On comprend pourquoi les autres équipes et l'Irlande en particulier nous lisent si bien !

envoituresimone Il y a 1 mois Le 22/02/2024 à 23:00

Et bien moi je le préfère en remplaçant de Julien quand celui-ci est en pleine bourre, comme il l'était avant sa blessure en coupe du Monde, même si Peato Mauvaka a été particulièrement brillant face aux Blacks. Parce quand il arrive derrière un Marchand tranchant, alors il est irrésistible surtout avec des Flament par exemple.