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Jalibert-Ntamack, associés ou concurrents ? Le match des journalistes de Midi Olympique

Jalibert-Ntamack, associés ou concurrents ? Le match des journalistes de Midi Olympique
Par Midi Olympique

Le 08/11/2021 à 19:32Mis à jour Le 09/11/2021 à 09:03

XV DE FRANCE - C'était la grande attente de ce France-Argentine : pour la première fois, Jalibert et Ntamack allaient être alignés en même temps. De concurrents, ils passaient alors à associés. Pour une réussite unanimement contestée. Passé le bilan mitigé de cette première, faut-il poursuivre l'expérimentation ou couper court ? Le débat est animé. Y compris à la rédaction de Midi Olympique...

Arnaud Beurdeley : " L'association Jalibert-Ntamack doit être revue... en attendant Vakatawa "

" On n’a pas fini d’en parler, de cette association Jalibert-Ntamack… Le débat existait avant la rencontre face aux Pumas, le scénario du match n’a fait que l’exacerber. Personne n’a été convaincu. Pas même le sélectionneur Fabien Galthié qui a pris la décision de sortir le Toulousain du terrain avant l’heure de jeu. C’est dire. Pour autant, cette association doit être revue. Pourquoi ? Parce qu’on s’est suffisamment plaint par le passé du sort réservé à un joueur passant à travers sur une partie. Souvent jeté comme un vulgaire kleenex, parfois pointé du doigt comme la cause de tous les maux. Galthié a ça de bon qu’il ne juge pas à l’aune d’un match.

Cette association des deux meilleurs ouvreurs français fait fantasmer la France du rugby, offrons-lui du temps sur cette tournée d’automne. Donnons une chance au produit, comme dirait un commercial de l’agro-alimentaire. Profitons de l’absence de Virimi Vakatawa, pour l’heure blessé… Vous me voyez venir ? Jusque-là, Galthié a juste profité de la situation pour tenter un coup. Pour essayer une nouvelle stratégie qui trottait dans la tête du staff depuis quelque temps déjà. Sans jamais franchir le pas. Il aura donc fallu attendre une blessure de Vakatawa.

La question de ce duo Jalibert - Ntamack se posera donc par un prisme différent lorsque le facteur X du XV de France sera de retour. Soyons clair : sur ces deux dernières années, le duo Fickou-Vakatawa a donné des garanties optimales. Tant sur le plan offensif que défensif. Au point d’être qualifiée de " meilleure paire de centres du monde " par de nombreux observateurs autour de la planète. Ces deux-là, à leur meilleur niveau, sont intouchables.

In fine : soit, à l’issue de cette tournée, l’association Jalibert-Ntamack donne plus de garanties contre la Géorgie et brille contre les Blacks, elle sera alors amenée à se développer jusqu’en 2023. Soit, le débat sera clos. Fickou-Vakatawa retrouveront alors leur rond de serviette à Marcoussis et Fabien Galthié devra jongler entre Jalibert et Ntamack pour le poste d’ouvreur. "

XV de France - Ntamack et Jalibert

XV de France - Ntamack et JalibertMidi Olympique

Vincent Bissonnet : " Mettons les face aux All Blacks et on saura... "

" Voir Matthieu Jalibert et Romain Ntamack tous deux alignés au coup d’envoi : avec les yeux de l’amour, la promesse était belle, reconnaissons-le. Elle permettait, sur le papier, de résoudre un dilemme lancinant et d’additionner les talents dans le XV de départ. Dans le feu de l’action, on a pris conscience des soucis posés par l'association contre-nature de deux ouvreurs de métiers. Rapidement, la réalité a rattrapé tout le monde. La dure réalité. Face à l’Argentine, avec des ballons ralentis et une défense très agressive harcelant les attaquants - comme c'était écrit, les conditions n'étaient pas propices : dans cette configuration, « NTK » n’a clairement pas pu exprimer ses qualités dans le rôle de 5/8e. Face à l’Australie ou à la Nouvelle-Zélande, avec un jeu moins haché, plus aéré, ça aurait peut-être été différent, ça aurait pu payer... Samedi, personne n’a été surpris de voir le Toulousain remplacé dès la 54e minute par Jonathan Danty dont la puissance comme premier attaquant correspondait autrement plus aux besoins des Bleus sur le moment. Le staff est aujourd’hui confronté à cette question cruciale : doit-il insister ou se rétracter ?

Quitte à ne pas pouvoir compter sur Virimi Vakatawa, l’encadrement aurait peut-être intérêt à poursuivre sur cette voie dans cette tournée et à maintenir son pari face aux All Blacks. Alors, dans un autre contexte, face à un adversaire on ne peut plus révélateur de votre niveau, on en saurait beaucoup plus sur la viabilité de cette association, sur ses bénéfices et ses limites. Après tout, les tests-matchs, aussi prestigieux soient-ils, servent aussi à ça... En cas d’échec, il serait toujours temps de repartir sur du classique pour le Tournoi, avec une paire de centres de métier. (Re)viendrait alors la fameuse question : Ntamack ou Jalibert en 10 ? On ne peut s’empêcher de penser que le Toulousain est un métronome précieux et le Bordelais un finisseur sans égal du côté des lignes arrière. Mais ça n’engage que nous. "

Marc Duzan : " Pourquoi ne pas avoir assumé que Ntamack était le demi d'ouverture du XV de France ? C'est le début des emmerdes... "

" Plusieurs dictons populaires pourraient synthétiser le débat qui nous préoccupe depuis plus de quinze jours : " Le mieux est l'ennemi du bon " ou encore, " on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on trouve ". De fait, le XV de France disposait avec Gaël Fickou et Virimi Vakatawa des deux meilleurs trois-quarts centres du championnat, et peut-être même de la planète. Deux gonzes se côtoyant en équipe nationale depuis deux ans et évoluant dans le même club depuis plusieurs mois. A mes yeux, Fickou et Vakatawa seraient titulaires dans toutes les sélections au monde et en ce sens, je n'ai pas saisi pourquoi leur duo a soudainement été remis en cause, puisque l'idée du « cinq-huitième » trotte dans la tête du sélectionneur Fabien Galthié depuis déjà plusieurs mois, soit bien avant que Virimi Vakatawa ne se blesse aux côtes.

Pour moi, le démantèlement de " Fickoutawa " a aussi le désavantage de dissoudre la charnière Dupont-Ntamack qui fut portée aux nues par la quasi-totalité des adversaires des Bleus. Dès lors, pourquoi ne pas avoir voulu assumer que Romain Ntamack était le demi d'ouverture du XV de France sur la quasi-totalité du mandat Galthié ? Pourquoi, devant les réticences du jeune homme à évoluer au centre, devrait-on aujourd'hui prendre le risque de le perdre en route ? Pour ménager l'ego de Matthieu Jalibert et in fine, s'acheter une bien fragile paix sociale ? Pour le sélectionneur anglais Eddie Jones, les emmerdes ont commencé au jour où il a souhaité faire cohabiter George Ford et Owen Farrell. Oh dear... "

Matthieu Jalibert lors de France-Argentine

Matthieu Jalibert lors de France-ArgentineIcon Sport

Jérémy Fadat : " Pourquoi jeter déjà ce que l'on a fantasmé ? "

" Bien sûr, il ne convient pas de réécrire l'histoire et de chercher à défendre la thèse selon laquelle l'association fut intéressante samedi soir. Non, ce fut un échec et Fabien Galthié, en sortant Romain Ntamack tôt en deuxième mi-temps, a corrigé le tir. Ceci suffit-il à en déduire que l'idée est mauvaise ? Absolument pas. Ce serait d'ailleurs une forme d'amnésie que de jeter à la poubelle ce que l'on a fantasmé la semaine précédente. Faut-il alors mettre un terme à cette expérience ? Ce serait prématuré. Parce qu'il est injuste de ne juger cette formule que sur le seul match face à l'Argentine. Les deux hommes sont-ils les uniques responsables de la faillite ? Pas du tout.

Le simple fait d'avoir vu les avants français être dominés dans les zones de ruck pendant toute la première période, ralentissant toutes les sorties de balle pour Antoine Dupont, n'a clairement pas servi les intérêts (offensifs) des Bleus, donc ceux du fameux tandem. Voilà pourquoi un enterrement de première classe du " bébé de Laurent Labit " ne doit pas être à l'ordre du jour. La Coupe du monde est dans deux ans et cette paire a le temps de s'affiner, à la condition de s'appuyer sur une stratégie qui la favorise. Observer Ntamack aller "péter" dans la muraille adverse pour créer des points de fixation, puis se contenter de défendre comme un diable, n'a évidemment aucun sens et ne met pas en valeur les qualités de ce garçon. Si ce doit être le cas, autant placer Jonathan Danty d'entrée. Évoluer avec deux ouvreurs (car "NTK" est aujourd'hui un ouvreur et doit le rester) veut dire ce que ça veut dire : orientation du jeu, permutation, gestion du tempo, lecture de la situation et occupation au pied. Tout ce qu'on n'a pas vu samedi. Pour autant, la maxime "avoir ses meilleurs joueurs sur le terrain, peu importe le numéro dans le dos" a ses adeptes. Elle se défend amplement. Virimi Vakatawa blessé (en plus d'être neutre depuis le début de saison avec le Racing), l'association au centre avec Gaël Fickou ne peut de facto pas exister. Alors, tout porte à insister aujourd'hui avec Jalibert et Ntamack, lesquels marchent sur l'eau en Top 14.

Le Toulousain est un garçon éminemment brillant dans son rugby et sa faculté à demeurer confiant malgré les aléas est un atout. Peut-être même la chance du staff. Samedi, c'est lui qui a payé les pots cassés, sans qu'il ne soit coupable de grand-chose. En cédant sa place en cours de rencontre après avoir laissé son numéro 10 et la charge des tirs au but. Mais il sait se relever mieux que personne. Et n'allez pas faire croire que le "cinq huitième" n'est pas adapté à la culture du rugby français parce que son club, justement, a remporté beaucoup de grands matchs européens avec lui en 12 durant la saison 2018-2019. La saison passée, il a encore gagné à l'Ulster et au Racing 92 dans cette configuration. Mais la clé de la réussite, au-delà de profiter du talent d'animateur de Jalibert, c'est justement de mettre aussi Ntamack dans les meilleures dispositions pour qu'il puisse exprimer le sien. Ensuite, et seulement là, il sera temps d'acter la compatibilité, ou malheureusement l'incompatibilité. Auquel cas il faudrait trancher entre les deux hommes. Nous en sommes encore loin... "

XV de France - Romain Ntamack (France).

XV de France - Romain Ntamack (France).Midi Olympique

Nicolas Augot : " Il faut se laisser du temps pour savoir si Matthieu Jalibert et Romain Ntamack peuvent former un duo crédible "

" Fabien Galthié a décidé de tenter une nouvelle expérimentation stratégique. Elle peut être bonne ou mauvaise. Mais pour l'instant, il est impossible d'avoir un avis définitif sur la question après un premier test qui n'a duré que 54 minutes. Il convient alors de donner du temps à cette option, car le rugby français a trop souffert des changements de cap intempestifs. Pendant des années, une défaite, ou même une victoire étriquée, envoyaient directement l'ouvreur annoncé comme le sauveur à l'échafaud. Cette utopie du messie a trop privé les Bleus de continuité et caché l'absence d'un travail de fond sur un véritable projet de jeu. Une philosophie qui a toujours conduit aux mêmes désillusions malgré quelques exploits en cours de route. Les adversaires qualifiaient alors cette équipe de France d'imprévisible. Certains ont cru à un compliment.

Après deux années de mandat, Fabien Galthié peut déjà s'appuyer sur quelques certitudes au niveau de sa ligne d'attaque. Elle est composée de deux paires, la première composée de Dupont et Ntamack et la seconde de Fickou et Vakatawa, formant un quatuor offrant de belles garanties à cette équipe de France. Lors de cette tournée d'automne, le sélectionneur veut savoir s'il existe d'autres options stratégiques, s'il va pouvoir s'appuyer sur un plan B. Celui-ci aussi a tellement fait défaut aux Bleus par le passé.

Alors, il faut se laisser du temps pour savoir si Matthieu Jalibert et Romain Ntamack peuvent former un duo crédible et offrir une corde de plus à l'arc tricolore. Maintenons ce cap pendant toute la tournée. Cela évitera certainement des questionnements inutiles au moment de débuter la prochaine coupe du monde. En septembre 2023, il sera trop tard pour savoir si machin peut être associé à trucmuche, ou si tartempion ne serait finalement pas le facteur manquant, ou s'il ne conviendrait finalement pas de tenter de nouveau l'association Jalibert-Ntamack que l'on avait brûlée après seulement 54 minutes de vie commune deux ans plus tôt. "

Pierre-Laurent Gou : " Ntamack peut être le Wilkinson français "

" On aime bien se faire inutilement des nœuds à la tête. Depuis deux ans, le XV de France avait enfin trouvé la bonne formule à la charnière. Mieux, ils étaient partenaires en club. Mieux encore : depuis trois saisons, ils décrochent tout ce qui est possible de récolter en matière de palmarès. Deux Boucliers de Brennus et une Coupe d'Europe. Tout ça avec une saison 2019-2020 tronquée, stoppée par le Covid. Et puis, Dupont-Ntamack, puisqu'il s'agit d'eux, sont très complémentaires rugbystiquement.

Pour parler spécifiquement du poste d'ouvreur, pour la première fois de son histoire, le rugby français possède avec Romain Ntamack un demi d'ouverture de la trempe d'un Jonny Wilkinson. Talentueux, mais qui sait aussi garder la tête froide dans sa gestion du jeu. Et, surtout, qui ne doute jamais de ses moyens.

Bref, quand est apparue la possibilité de faire glisser Ntamack au centre pour titulariser Jalibert, on pouvait penser que Galthié n'aurait pas l'idée stupide de se priver d'une complémentarité naturelle et cultivée au Stade toulousain. Il a osé et il semble qu'il a vu. Jalibert et Ntamack n'ont que peu d'affinités en dehors du terrain, cela s'est vu samedi soir sur la pelouse.

Alors pourquoi vouloir rebattre les cartes ? Le staff insiste, à longueur de conférences de presse, qu'il n'a que très peu de temps d'ici à la Coupe du Monde 2023. On pourrait nous rétorquer qu'il faut aussi tester Jalibert, si jamais Ntamack venait à se blesser. Ou que les Bleus sont déjà " Dupont dépendant " et qu'il ne faudrait pas qu'ils deviennent " Ntamack dépendant ". O.-K. Mais si l'on regarde les sélections championnes du monde, que ce soit Wilkinson en 2003, Carter en 2011 (même s'il est blessé pour les phases finales) et 2015, Pollard en 2019, ils étaient clairement les tauliers du poste. Alors, laissez Ntamack en dix, donnez-lui du temps et tant pis pour les autres prétendants, aussi talentueux soient-ils ! "

Romain Ntamack, pris dans la défense argentine

Romain Ntamack, pris dans la défense argentineIcon Sport

Cédric Cathala : " Une association contre nature ! "

" L'association, contre nature, Jalibert-Ntamack est passée au révélateur d'un style de match engagé et stratégiquement difficile à maîtriser. Le bilan est sans appel pour une fantaisie managériale qui a déjà vécu.

Associer Jalibert et Ntamack, c'est un peu comme enrôler dans la même écurie les deux meilleurs pilotes de la planète, en espérant décrocher un titre de champion du monde... à partager. Illusoire !

L'opposition face aux Pumas n'a d'abord laissé que peu de munitions au binôme. La domination des avants argentins pendant la première mi-temps a eu pour effet de museler les deux, obligeant le premier à un rugby restrictif fait de jeux au près afin de concentrer la défense des Pumas, et de sevrer le second de ballons d'attaque à proprement parler où son sens de l'orientation aurait mérité de pouvoir s'exprimer.

A vouloir singer des systèmes anglo-saxons, dont on sait la maigre réussite, pour ne pas dire l'échec, à l'image de la paire George Ford - Owen Farrell chez les Anglais, le staff du XV de France en a perdu toute lucidité. Celle d'une évidence avec, entre les mains de Fabien Galthié, une charnière toulousaine Dupont - Ntamack dont la connivence et les repères communs ne demandent qu'à être éprouvés encore et encore, dans la perspective d'arriver à pleine maturité en 2023. Celle aussi de pouvoir disposer du talent d'un joueur comme Matthieu Jalibert, un atout maître dans la manche des Bleus, capable de gestes inspirés et décisifs quand le scénario sur le terrain demeure crispé. Pourquoi diable vouloir les associer quant on sait le caractère de ces deux pur sang et leur capacité à débloquer des situations par leur talent et leur inspiration ? A faire ce choix, on eu droit à deux joueurs en sous régime et il fallut la sortie prématurée de l'un des deux pour que l'autre puisse enfin jouer libéré. Le coaching fut alors, d'évidence, efficace. Mais au prix d'un sacrifice dont les Bleus se seraient bien passés. "

Selon vous, faut-il aligner Jalibert ou Ntamack à l’ouverture ou continuer avec les deux sur le terrain ?

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Jalibert à l'ouverture
Ntamack à l'ouverture
Les deux sur le terrain
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