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Reports en cascade : c’est quoi le problème, docteur ?

Reports en cascade : c’est quoi le problème, docteur ?
Par Simon ValzerPar Vincent Bissonnet via Midi Olympique

Le 23/04/2021 à 11:49Mis à jour Le 23/04/2021 à 16:56

TOP 14 - Après quatre reports lors de la dernière journée, au moins trois matchs vont être décalés cette semaine. Mais comment expliquer cette flambée des cas positifs dans le Top 14 ? Voici quelques pistes...

Mais c’est quoi le problème avec le rugby ? Au fil des jours, les supporters se posent cette question avec de plus en plus d’insistance. Au moins sept matchs ont été reportés sur les 21e et 22e journées de Top 14. Une rencontre sur deux. Cette proportion interroge : pourquoi le championnat se trouve-t-il autant contrarié quand les autres compétitions ont repris leur cours presque normalement ?

Comme pour chaque équation, il existe des facteurs divers et variés. A commencer par les particularités du rugby. « Ce n’est pas le basket. On s’entraîne à une quarantaine de joueurs », expliquait en début de semaine, à l’AFP, Philippe Izard, médecin du Stade toulousain. L’argument du nombre peut paraître facile, il n’en reste pas moins vrai. À l’automne, une étude de chercheurs de l’école polytechnique de Turin avait classé les disciplines selon une échelle, établissant la dangerosité de contagion de chaque sport. L’indice va de 0 à 4 pour un risque très élevé. Le rugby, discipline collective et de contact, présente l’indice le plus élevé (4) quand le football pointe à 3, à titre de comparaison. Pas un hasard si l'on constate aussi depuis plusieurs mois que l'épidémie se transmet très rapidement par le biais des joueurs de première ligne : aucun sport collectif n'impose un contact aussi proche et intense que celui de la mêlée... Et de toute évidence, l’actualité récente donne raison à ce travail d’analyse.

Au foot, on accepte jusqu’à seize cas

Un autre élément d’explication à ces reports en série tient aux protocoles établis par chaque instance. Le règlement de la LNR stipule clairement que « dans l’hypothèse où il est confirmé que trois joueurs ou plus sur sept jours glissants sont bien considérés comme positifs », « le report du match qui se dispute le week-end suivant » est automatiquement acté. Trois sur quarante, soit environ 7 %. La LFP, son homologue du ballon rond, se montre nettement plus flexible dans ses textes. la Ligue de football professionnel a encore allégé son protocole médical, mercredi. Un match de Ligue 1 ou de Ligue 2 est susceptible d’être reporté à partir de seize cas positifs parmi la liste de trente éléments composant l’effectif. Auparavant, le plafond était fixé à onze cas. Pour résumer, une équipe avec quinze joueurs dont un gardien de but jouera comme si de rien n’était. Clairement, le rugby a placé la barre haute en termes d’exigences sanitaires, et l'on ne peut que s'en féliciter. Seulement, ces mesures n'ont clairement pas évité cette nouvelle flambée du virus en Top 14, alors on ne peut se satisfaire de cette explication.

Un relâchement pas facile à éviter...

La question du comportement des joueurs doit forcément être posée. L’épisode des gaufres du XV de France avait interpellé l’opinion. Avec le redoux printanier et les périodes de vacances ou de coupures européennes, les tentations se multiplient. Le docteur Izard place les acteurs face à leurs responsabilités individuelles : « Les vrais moments de contagiosité d’un groupe, c’est l’extra-rugby, quand ils mangent ou boivent un coup ensemble. On réduit au maximum le risque ici, mais on ne sait pas trop ce qui se passe chez eux. On ne peut pas dire aux mecs de ne pas voir leurs enfants ou de ne pas aller les chercher à l’école. » En un sens, les clubs ne sont pas non plus exempts de tout reproche dans la gestion de la question sanitaire. Comme l’a prouvé la récente mise en demeure de Provence Rugby pour avoir dérogé au principe du huis clos. Dans l’élite, aussi, la présence de dizaines de proches en tribunes a déjà pu être constatée. Au regard des chiffres recensés dans l’Hexagone, aucun relâchement n’est permis : « On suit l’évolution de l’épidémie nationale, tempère le Dr Dusfour, président de la commission médicale de la LNR. Il y a plus de cas en ce moment, ce n’est donc pas étonnant de se retrouver avec plusieurs matchs reportés alors que ça n’avait pas été le cas depuis un moment. »

Le variant anglais et sa contagiosité supérieure font des ravages

Le dernier facteur, c'est bien évidemment la mutation du virus et l'apparition des nouveaux variants. En l'espace de quelques mois, le variant anglais a totalement supplanté le virus original, qui paraît aujourd'hui bien moins contagieux que sa « version » anglaise. La recrudescence du virus partout en Europe et en France s'explique en grande partie par cette contagiosité nettement supérieure. Et les joueurs de rugby y sont exposés, au même titre que tous les Français. La semaine dernière, nous avions contacté Thomas Charabas, arbitre de Top 14 et médecin urgentiste à l'hôpital de Bayonne. Bien qu'il ne soit pas épidémiologue et qu'il se garde d'avancer des raisons pour expliquer ce qu'il se passe dans les clubs de Top 14 qu'il ne fréquente pas au quotidien, le médecin observe que ce variant a changé la donne : « A l'heure actuelle, neuf nouveaux cas positifs sur dix dans les Pyrénées-Atlantiques sont des variants anglais. Il est beaucoup plus contagieux et a nettement accéléré la circulation du virus en France. Les rugbymen ne sont donc pas épargnés, comme les autres Français. » Et le Top 14 non plus...

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