Icon Sport

Top 14 - Lambey, l'éclosion d'un Lyon en cage

Lambey, l'éclosion d'un Lyon en cage

Le 24/10/2018 à 11:01Mis à jour Le 24/10/2018 à 11:51

TOP 14 - Rien ne le prédestinait à embrasser une carrière de rugbyman, professionnel de surcroît. Reste que, poussé par une passion dévorante et un mental à toute épreuve, le "rouquin de Lons-le-Saunier" s’est construit à force de persévérance sa place au soleil.

C’est une histoire qui aurait pu ne jamais commencer. Celle d’un drôle de hasard qui, au début des années 90, mit François-Régis Lambey sur le chemin d’un drôle d’énergumène, vêtu d’un tee-shirt au slogan suranné : école de rugby, école de la vie… "Avec ma famille, nous venions d’arriver à Montmorot, dans la banlieue de Lons-le-Saunier, dresse le patriarche de la dynastie Lambey. Le rugby, je ne connaissais pas. Comme tous les gamins qui avaient grandi dans un petit patelin, j’avais fait du foot, parce qu’à l’époque il n’y avait pas le choix. J’y avais joué jusqu’à 18, 19 ans, davantage pour être avec les copains que par plaisir. Alors, quand j’ai croisé ce type, je l’ai branché, et il m’a convié à l’assemblée générale du club. Tout de suite, j’y ai inscrit mon fils aîné Victor. Félix et Arthur ont suivi le chemin de leur grand frère, à chaque fois vers 5 ans et demi."

Le point de départ d’une passion aussi dévorante que venue de nulle part. "Dans ma famille, il n’y avait aucun rugbyman, hormis le mari de ma tante, Roger Besombes, qui avait joué à l’Usap, sourit Félix Lambey. En fait, j’ai surtout débuté le rugby parce que je faisais beaucoup d’allergies, et que le médecin avait dit à mes parents qu’il fallait que j’effectue une activité sportive régulière en plein air. C’est pour cela qu’ils m’ont inscrit si tôt… J’étais tellement jeune que j’ai passé quatre ans dans la même catégorie. Je n’avais pas le droit de jouer les tournois, je ne faisais que les entraînements du mercredi, mais je m’éclatais."

Dès qu’il sortait de l’école, il se changeait, et jouait tout seul dans le jardin, se souvient son père. Ses frères le rejoignaient parfois, mais c’était de loin le plus mordu. Il se racontait des histoires, effectuait des cad-débs sur des adversaires imaginaires. Les seuls qu’il ait jamais réussis, d’ailleurs…

Top 14 - Félix Lambey (Lyon) face à Clermont

Top 14 - Félix Lambey (Lyon) face à ClermontIcon Sport

Parce qu’il faut savoir que, même chez les plus jeunes, Félix Lambey n’a jamais été du genre à traverser le terrain, malgré sa taille et son poids déjà supérieurs. "Ce qu’il aimait, c’était passer le ballon à ses copains, jure François-Régis Lambey. Pas le garder pour lui." "Au début, comme il était plus grand que les autres, il se mettait à genoux pour plaquer, se souvient son premier éducateur, Jean-Michel Molard. Le jour où il a compris comment bien se baisser et à trouver les bons appuis, ça a été un déclic. Je l’ai suivi pendant douze ans, et je ne l’ai pratiquement jamais vu rater un entraînement. Pour tous les déplacements, même les plus lointains, il était toujours partant."

Une passion dévorante et qui, chose rare chez les professionnels actuels, ne l’a toujours pas quitté. "C’est un peu un problème, et cela agace un peu mes proches, mais je suis un boulimique de rugby. Lorsque je ne joue pas, je suis capable de regarder tous les matchs de Pro D2 en semaine, avant d’enchaîner sur le Top 14 le week-end, en passant par le petit déj’ devant le Super Rugby ou les Four-Nations ! Cette passion, c’est un peu ce qui m’a suivi toute ma vie, parce qu’à mes débuts, je n’étais pas du tout le meilleur. C’est peut-être paradoxal quand on connaît mon style de jeu aujourd’hui, mais je n’aimais pas du tout le ballon. Au contraire : mon truc, c’était les plaquages, le combat, la bataille. J’étais le rouquin de Lons-le-Saunier, quoi !"

" Des "Rouquin, tu pues !", j’en ai entendus…"

Rouquin… Le mot est lâché, qui lui colle évidemment à la peau depuis son plus jeune âge, sur tous les terrains de France. Un racisme banalisé et ordinaire dont, si certains gamins en souffrent, Félix Lambey sut puiser une force. "Comme j’étais plus grand que les autres, ça n’a jamais été un problème. Si quelqu’un me traitait de rouquin, c’était dans mon dos, et il se barrait vite en courant !".

"Son physique l’a aidé, mais sa mentalité aussi, précise son père. Jamais je ne l’ai senti blessé lorsque quelqu’un l’attaquait là-dessus. Au contraire, quand quelqu’un hurlait depuis un bord de touche, ça lui donnait encore plus de force…" "Il a toujours eu une certaine philosophie par rapport à ça, un vrai humour, un recul, prolonge Jean-Michel Molard. Il s’est fait emmerder un paquet de fois à ce sujet. Des "rouquin, tu pues !", j’en ai souvent entendus… Mais ça ne l’a jamais perturbé plus que ça, au contraire. Quand un gamin lui disait une méchanceté, s’il ne répondait rien, il lui réservait un bon plaquage sur l’action d’après, pour lui montrer qu’il n’était pas là pour se laisser faire"

Avec, au final des conséquences inattendues… "Dans le rugby, être roux, c’est quelque chose qui m’a beaucoup plus aidé que desservi, s’amuse Félix Lambey. C’est bête, mais depuis mon plus jeune âge, entre ma taille et la couleur de mes cheveux, je ne passe pas inaperçu ! Je plaisante pas mal à propos de ça, mais être rouquin m’a probablement aidé à me faire repérer."

Top 14 - Félix Lambey (Lyon) heureux de la victoire de son club formateur à la U Arena face au Racing 92

Top 14 - Félix Lambey (Lyon) heureux de la victoire de son club formateur à la U Arena face au Racing 92Icon Sport

L’humour, comme politesse du désespoir. Rien d’étonnant finalement au vu de son prénom, dont l’origine latine signifie "heureux". Hasard, ou pas… "On a toujours aimé les "vieux" prénoms, explique François-Régis Lambey. Après notre aîné Victor, nous avons eu un autre fils, Antonin, qui est décédé brutalement alors qu’il était nourrisson. L’idée de nommer le suivant Félix, la joie, le bonheur, c’était quelque chose d’inconscient, mais qui fait sens quand on y réfléchit. Avec le recul, de toute façon, on trouve toujours des explications à tout…"

Un événement forcément marquant dans la construction d’une personnalité, sur laquelle Félix préfère toutefois jeter un voile pudique. "C’est quelque chose dont je ne parle pas souvent. C’est un événement tragique qui marque une vie, bien sûr. Mais comme je n’étais pas encore né, ça n’a pas été un traumatisme pour moi comme ça a pu l’être pour mes parents ou mon frère aîné." Pas un traumatisme donc, mais forcément de quoi tisser avec sa fratrie un lien encore plus fort et plus étroit que la moyenne.

"Ce qui est drôle, c’est que son frère Arthur, qui a hérité de la même toison que Félix, dit qu’il n’en a pas souffert parce qu’il avait son grand frère pour le protéger", s’amuse François-Régis. "Avec mes frères, on est super lié, confirme Félix. On est encore parti en vacances ensemble cet été." Un parallèle qui se prolonge sur les terrains puisqu’après un passage par le foot US, Arthur a repris cette saison le rugby, en Honneur du comité d’Ile-de-France…

Éclosion lente et exil salvateur

Toutefois, la comparaison s’arrête là. Car la voie de Félix Lambey, elle, le destine au plus haut niveau, quand bien même celle-ci fut tracée dans la difficulté. "Pour ma première année cadets, je n’avais pas été repéré par le pôle espoirs de Dijon, se souvient Lambey. Ça m’avait vexé. Mais je n’ai pas renoncé. Après en avoir discuté avec mes parents, j’ai décidé d’intégrer une section sportive à Chalon. Pendant ce temps-là, je continuais à jouer avec Lons, car notre bande de copains avait réussi à se qualifier en Alamercery. Ce n’est qu’en deuxième année que j’ai enfin réussi à intégrer le pôle espoirs de Dijon et que j’ai rejoint l’ABCD XV, où j’ai croisé Camille Chat."

Le point de départ d’une éclosion lente, qui passa d’abord par un changement de poste… "Au départ, j’étais troisième ligne, comme mon idole Serge Betsen. C’est à partir du moment où je suis entré dans le circuit des sélections et que j’ai rejoint le pôle France que j’ai commencé à être polyvalent, à monter de plus en plus souvent au poste de deuxième ligne. C’est aussi à ce moment-là que j’ai rejoint Lyon, mais cette première saison était assez étrange. Comme j’étais à Marcoussis, je n’étais au club que le vendredi, ce n’était pas idéal. En plus, à l’époque, les catégories espoirs accueillaient des joueurs jusqu’à 23, 24 ans… Moi, j’en avais 18, et il fallait s’accrocher."

Champions Cup - Félix Lambey (Lyon) face aux Cardiff Blues

Champions Cup - Félix Lambey (Lyon) face aux Cardiff BluesIcon Sport

Jusqu’à finalement opter pour l’exil, pour se dégager un horizon bouché. "C’était un peu obligatoire… J’allais sur mes 21 ans et l’entraîneur de l’époque, Olivier Azam, ne me faisait pas du tout confiance. J’avais bien compris qu’avec lui, mon temps de jeu serait nul. Ce prêt à Béziers en Pro D2 était idéal pour les deux parties. À Béziers, on avait une équipe très joueuse avec un coach, Manny Edmonds, qui voulait que tout le monde touche le ballon. Il a dû déceler quelque chose en moi au niveau de la manipulation du ballon car, très vite, il m’a intégré à son système. C’est à partir de là que j’ai commencé à développer ces habiletés, et que j’ai trouvé mon style de jeu."

Un style qui fait désormais la joie du Lou et offre à Félix Lambey les perspectives d’un avenir doré, au vu de son profil taillé pour le haut niveau et de sa capacité rare à jouer dans le dos des défenses. "Longtemps, on m’a demandé de prendre du poids, et j’ai déjà pesé jusqu’à 112 kg. Mais cela ne m’a jamais apporté grand-chose… Aujourd’hui, je me situe entre 106 et 107 kg, et j’ai trouvé comment me rendre efficace. Je ne suis pas assez rapide et explosif pour faire des différences sur les premiers temps de jeu. En revanche, je peux trouver des espaces lorsque les actions durent sur une dizaine de temps de jeu."

Pas si mal, pour un rouquin de Lons-le-Saunier. Et la preuve, surtout, que la passion et un mental à toute épreuve peuvent amener beaucoup plus loin qu’on peut l’imaginer…

Contenus sponsorisés
0
0