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Bilan 2018 - Yannick Nyanga : "Merci pour ce beau voyage, c’était extraordinaire"

Nyanga : "Merci pour ce beau voyage, c’était extraordinaire"

Le 25/12/2018 à 13:59Mis à jour Le 25/12/2018 à 14:01

BILAN 2018 - En 2018, Yannick Nyanga a perdu une finale de Champions Cup, mis un terme à sa carrière de joueur et embrassé celle de directeur sportif du Racing 92. Pendant près d’une heure, l’ancien flanker international est revenu sur son année forcément spéciale, la passion du rugby toujours chevillé au cœur.

Rugbyrama : Est-ce au cours de l’année 2018 que vous avez pris la décision de raccrocher les crampons ?

Yannick Nyanga : Non, j’ai donné mon accord au président Jacky Lorenzetti pour devenir directeur sportif du club vers novembre 2017. Les dirigeants étaient venus me voir pour me proposer le poste à la fin de la saison 2016-2017. J’ai eu du temps pour me décider, pas de pression, et l’occasion de préparer cette saison 2017-2018 comme si c’était la dernière. J’ai pu atteindre ma meilleure forme physique pour profiter au maximum de ces derniers mois.

Auriez-vous changé d’avis si Jacques Brunel, lors de sa prise de fonction à la tête du XV de France, vous avait appelé en vue d’un retour en sélection ?

Y.N. Il l’a fait ! La première fois qu’il m’en a parlé, c’était juste avant le Tournoi des 6 Nations. Il m’a dit : "Tu sais, j’ai regardé ton match face au Munster. Tu fais des bonnes prestations en ce moment et tu fais partie des meilleurs numéro 8 français. Tu as 34 ans, c’est un peu limite mais franchement, si tu avais un an ou deux de moins, je t’aurais pris avec nous !". Puis, après notre demi-finale européenne, toujours face au Munster, il s’est renseigné pour savoir si j’étais disponible pour l’équipe de France. Mais j’avais déjà donné ma parole au Racing 92.

Yannick Nyanga (Racing 92)

Yannick Nyanga (Racing 92)Icon Sport

N’avez-vous tout de même pas un peu hésité ?

Y.N. : Forcément, il y a de la réflexion car l’équipe de France est ce qu’il y a de plus grand. Mais je ne voulais pas faire un choix dicté par les émotions. J’avais mûrement réfléchi avant de prendre la décision d’arrêter. Il faut être lucide et voir les choses sur le long terme. C’était juste un intérêt du sélectionneur, je n’avais pas de garantie d’être pris jusqu’à la Coupe du monde. Imaginons : je suis pris pour la tournée en Nouvelle-Zélande, aurais-je fait une bonne tournée ? Et si je ne suis pas performant à ce moment-là et que je ne suis plus pris ensuite ? Après, tu n’as pas respecté ton engagement avec ton club et tu te retrouves à faire cette saison en plus dans ce contexte... Donc sentimentalement parlant, l’équipe de France, ça fait frissonner, c’est grand, mais le Racing aussi est grand. Je m’étais engagé et j’essaie autant que possible d’être un homme de parole.

" J’ai versé beaucoup de larmes après la finale de Champions Cup "

Pour votre dernière saison, vous avez vécu une belle épopée européenne…

Y.N. : Ce sont des souvenirs géniaux. On avait eu un déclic au Munster (14-7) dans des conditions climatiques très difficiles. En quart, on gagne à Clermont (17-28), une victoire nette et sans bavure avec de très beaux essais marqués. Puis cette superbe demi-finale contre le Munster (27-22)… j’aurais préféré que cela se termine autrement en finale (15-12). L’histoire aurait été belle pour ma dernière saison et j’ai versé beaucoup de larmes après ce match. Je pense qu’on était meilleur que le Leinster ce jour-là mais il était plus discipliné.

Quelle place a eu cette déception parmi toutes les déceptions connues dans votre carrière ?

Y.N : C’est la plus grande ! Déjà, j’aurais aimé la jouer avec Dimitri (Szarzewski, ndlr), mon frère. Et ça aurait été beau de gagner. J’avais invité tous mes copains d’enfance, d’Agde, de Béziers, de Toulouse. J’ai aussi invité mon tout premier entraîneur de rugby à Agde, quand j’avais 5 ans. Je lui ai donné ma médaille à la fin du match, mais cela me tenait à cœur de lui en remettre une en or, pas en argent. J’ai envoyé des messages à tous mes amis et j’ai dû en tout en avoir pour 3000 euros de places offertes ! Le théâtre de Bilbao était évidemment magnifique pour une dernière scène, mais ce qui comptait le plus était d’avoir toutes ces personnes-là pour ce moment. C’était un moment spécial.

Quelles images vous ont traversé l’esprit en entrant sur la pelouse de San Mamès ?

Y.N. : Ce que je revois le plus, c’est mon premier match en jeunes avec Béziers en 1999. Longtemps, je ne voulais pas aller dans ce club car j’étais bien à Agde. J’y suis finalement allé car les dirigeants ont beaucoup insisté et aussi parce qu’en allant en sport études et en côtoyant plein de bons joueurs, j’ai vraiment pris conscience que je n’évoluais pas à haut niveau. Lors de mon premier match, face à Colomiers, tous mes copains d’Agde étaient venus me voir. Ils criaient "allez Agde" et étaient super fiers de moi. C’est à ce moment que j’ai pris conscience que je ne représentais pas que moi.

Cette année 2018 a été marquante pour vous et également pour le rugby français, avec une défaite historique des Bleus contre les Fidji (14-21). Quel regard portez-vous sur ce XV de France ?

Y.N. : J’ai beaucoup de peine pour eux. Je les connais tous, tout comme je connais Jacques Brunel, qui est une bonne personne. Même s’ils sont les premiers responsables, les joueurs sont malgré tout marqués. On le voit quand ils rentrent. On ne les ramasse pas à la petite cuillère mais pas loin, il faut les aider. Ceux du Racing ont encore la chance d’avoir de bons résultats en club, mais je pense à Guilhem Guirado à Toulon et je me dis que cela doit être très difficile pour lui. Sur le match des Fidji, il n’y a rien à dire, on est tombé sur meilleur que nous. Si on l’avait rejoué la semaine d’après, pas sûr qu’on aurait gagné. La vraie question est : comment se fait-il que les Fidji, avec leurs moyens, soient aujourd’hui au-dessus de la France ?

XV de France - Jacques Brunel et ses joueurs

XV de France - Jacques Brunel et ses joueursIcon Sport

L’actualité de 2018 a aussi été frappée par les décès tragiques de trois jeunes joueurs. Cette année sera-t-elle pour vous le déclencheur d’une réflexion profonde des instances du rugby pour éviter d’autres drames ?

Y.N. : J’espère que 2018 sera une année charnière sur le thème : plus jamais ça ! Il faut vraiment que ça nous anime. Maintenant, est-ce que le rugby, dans sa forme actuelle, rend possible le plus jamais ça ? C’est le seul sport où deux adversaires peuvent arriver lancé, se percuter et qu’il n’y ait pas faute. Sur la route, quand deux voitures se rentrent dedans plein face, on appelle cela un accident. On parle aujourd’hui d’abaisser la hauteur du plaquage. Mais Samuel Ezeala n’avait-il pas plaqué Virimi Vakatawa au niveau des genoux ? Si aujourd’hui on trouve une mesure qui fait qu’il n’y aura plus du tout d’accident, comme on l’a fait pour la mêlée, ce serait fantastique mais ce n’est pas évident.

Que faudrait-il faire ?

Y.N. : Dans tous les autres sports collectifs, les joueurs se croisent, même au handball où il existe la règle du passage en force. Doit-on faire la même chose au rugby ? Je ne crois pas. Je pense qu’il s’agit plus d’une question d’éducation et de formation. Les All Blacks ne sont pas du tout les plus monstrueux physiquement mais ce sont les meilleurs joueurs de rugby. Comment ? Par la passe, car le ballon va toujours plus vite que l’homme, et par l’attitude au contact.

" Les drames de cette année doivent nous alerter "

Mais encore ?

Y.N. : Doit-on interdire le plaquage jusqu’à 16 ans au risque que les joueurs ne sachent pas bien l’appréhender quand il sera permis et que les gabarits seront déjà imposants ? Doit-on définir des catégories de poids chez les jeunes, au risque qu’un joueur de 80 kilos, qui a l’habitude de plaquer uniquement des garçons de son poids, voit arriver du jour au lendemain des mecs bien plus costauds que lui lui rentrer dedans ? Au Racing, Teddy Iribaren, qui est un des joueurs de Top 14 les moins lourds, est aussi un de nos meilleurs défenseurs. Et il ne fait jamais de K.O. Je pense aussi à un garçon comme Morgan Parra qui retourne des gros sans problème. Maintenant, les drames de cette année doivent nous alerter, nous faire prendre conscience qu’il y a urgence et peut-être qu’il faut changer la règle. Je pense au plaquage à deux, aux déblayages dans les rucks ou même au fait de maintenir un joueur en l’air pour enterrer le ballon, car cela revient tout simplement à récompenser ceux qui viennent pour tuer le jeu.

Deux des plus brillantes plumes du rugby, Jacques Verdier et Jean Cormier, nous ont aussi quitté récemment…

Y.N. : Je connaissais les deux et cela m’a affecté. Jean un peu plus encore car c’était un ami. J’avais énormément de plaisir à le voir et j’avais toujours envie de le prendre dans mes bras, qu’on perde ou qu’on gagne. Un vrai bon vivant, fêtard, qu’on ne pouvait pas ne pas aimer. Même quand on n’était pas bon sur le terrain, il avait toujours la manière de le dire sans juger et c’est ce que j’adorais chez lui. Cette qualité, Jacques l’avait aussi, dans un autre registre.

Malgré ces mauvaises nouvelles et vos échecs en finale de Champions Cup et en demi-finale de Top 14, cette année 2018 aura-t-elle une place particulière dans votre cœur d’ex-rugbyman ?

Y.N. : Oui et si je devais la synthétiser, sur un plan personnel, je dirais merci pour ce beau voyage, c’était extraordinaire. J’ai n’ai joué que numéro 8 à Agde mais jamais ensuite au haut niveau, si ce n’est de façon très ponctuelle. Sauf cette dernière année où on m’a fait revenir à mes premières amours. J’ai pris autant de plaisir sur cette dernière année que quand j’étais tout jeune rugbyman à Agde. Dimitri, Camille (Chat), Bernard (Le Roux)… tous m’ont permis de vivre ça et je ne peux que leur dire merci.

Yannick Nyanga (Racing 92)

Yannick Nyanga (Racing 92)Icon Sport

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