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Un pillage international assumé pour Toulouse

Un pillage international assumé pour Toulouse

Le 07/10/2021 à 16:57Mis à jour

TOP 14 – Depuis des décennies, le Stade Toulousain est l’un des grands pourvoyeurs du XV de France et de quelques sélections. Perdant nombre de joueurs durant les fenêtres internationales comme celle d'automne qui arrive, le club haut-garonnais semble s’en accommoder et s'organiser en conséquence.

Le capitaine tricolore Charles Ollivon longuement blessé et le néo Stadiste Anthony Jelonch ayant mené avec succès les troupes bleues en Australie, il est probable qu'une troisième-ligne toulousaine entière se retrouve du côté de Marcoussis fin octobre afin de préparer la tournée automnale. Alors que Cros a réussi 29 plaquages contre Clermont et que Tolofua ne cesse de mettre les siens dans l’avancée, ces deux-là pourraient être appelés en Bleus en compagnie de l’ancien Castrais. Même si l’effectif des hommes du Capitole est riche en troisième-ligne, cela pourrait d’autant décontenancer son staff que la charnière Dupont-Ntamack ou les première-lignes Baille et Marchand sont partants quasi certains. Ramos est aussi un gage de réussite et les noms de Flament et Lebel reviennent avec insistance, sans oublier les Argentins, Australiens et Boks de ce squad cinq étoiles.

En d’autres temps, cette question de ces absences de ses meilleurs éléments a longtemps prêté à polémique et à certaines complaintes. Dorénavant partagé, l’intérêt supérieur du rugby français et son Mondial 2023 qui approche semblent avoir permis la paix des braves. Quoi qu’il en soit, le club aux 21 Brennus et 5 H Cup a toujours, directement ou indirectement aidé ses meilleurs joueurs à briller et ainsi être sélectionnés avant de revenir en club, forts d’une plus grande expérience, bien que fatigante. La conséquence, ce sont ces absences aux moments des rassemblements internationaux que sont les tournées et Tournoi des 6 Nations. Dès lors, la situation est-elle anticipable et anticipée ? Pour l’entraîneur de la défense Laurent Thuéry, « il n’y a pas de rotation en fonction de possibles sélections de certains. La seule chose qui nous motive est d’aligner la meilleure équipe possible chaque semaine. On essaie juste de prendre les points qu’il y a à prendre. Si nous sommes impactés par ces absences des internationaux, tant mieux car les joueurs démontrent toutes leurs qualités pour le bien du club, pour eux-mêmes et pour leur sélection. Sans oublier la concurrence qu’ils créent en interne et qui tire tout le monde vers le haut. »

Ugo Mola : « Assumer notre formation »

Et le paradoxe veut qu’en toute connaissance de cause, on fasse encore et toujours confiance au travers des années aux internationaux ou ceux en passe de le devenir. Quitte à ce qu’ils n’évoluent que peu avec les couleurs du club. Le recrutement des meilleurs jeunes de la région ou de France ne permettait et ne permet encore de les biberonner au jeu des Rouge et Noir qui convient aussi aux Bleus. Mais cela se fait aussi avec des moins jeunes, comme l’intérêt actuel pour les internationaux Barassi ou Jaminet le prouve encore.

Pour compenser ces absences, les Toulousains sont aussi obligés de recruter des joueurs non sélectionnés ou sélectionnables. C’est ainsi le cas cette saison avec Nanai-Williams qui pourra suppléer le N°10 ou centre Ntamack quand les fidèles Miquel ou Placines, voire Brennan, Flament, Youyoute ou Mauvaka devront composer en troisième-ligne. Autre solution, les prêts. Depuis quelques saisons, le club du président Lacroix n’hésite pas à prêter ses pépites à des clubs de Pro D2. Cela a l’avantage de les aguerrir, d’un peu diminuer la masse salariale et d’aussi pouvoir les rapatrier durant les périodes internationales en cas de coup dur à certains postes (remember Tedder). Il y a aussi eu des périodes où le club s’est tourné vers davantage d’étrangers ou de joueurs non sélectionnables pour être moins handicapé. Mais cela n’a pas été pour autant couronné de succès à 100%.

Le manager Ugo Mola a de la mémoire et n’a pas oublié qu’à l’automne dernier, en l’absence de ses internationaux, son équipe avait concédé une série de trois matches sans succès (bilan de 3V 1N 2D). « C’est un casse-tête mais le plus dur à gérer est le nombre de sélectionnés à un même poste ou par ligne. Nous anticipons dans notre recrutement mais sans vouloir faire le nombre pour le nombre. Les joueurs dits "intermédiaires" qui disputent entre 4 et 7 matches par saison sont amenés à disparaître chez nous. Lors des 3 à 5 matches d'automne sans les internationaux, je préfère qu’on continue d’assumer notre formation en faisant confiance à nos jeunes joueurs, encadrés par quelques joueurs plus aguerris, quitte à être parfois en difficulté ou connaître de courts trous d’air. A terme, cela les fait gagner en maturité. »

French paradox

Assumant son appétit pour les internationaux ou ceux qui le deviendront, ces derniers sont donc mis au repos dès que possible pour respecter la convention FFR-LNR et leur santé. A l’heure de la data, les joueurs de club amenés à les remplacer sont aussi préparés en temps de jeu afin d’anticiper ces absences. Virgile Lacombe est l’un des entraîneurs des avants : « Ayant repris la saison tardivement, on s’est un peu plus appuyés sur le groupe qui avait fini la saison dernière. Etant sur une bonne série de résultats en ce début de saison, il nous faut entretenir la dynamique tout en créant de la compétition entre joueurs afin qu’ils soient remis en question. Personne ne doit s’endormir. Ce serait difficile d’intégrer lors des doublons des joueurs n’ayant pas du tout participé jusqu’alors. Donc on les implique petit à petit pour qu’il n’y ait pas de surprise. Le championnat est très long. Que ce soit par rapport aux échéances du club ou celles individuelles de chaque joueur, il ne faut pas qu’il y ait de relâchement ni de lassitude. » Voire pire. Car non content de voir ses meilleurs éléments appelés sous les drapeaux, le club des bords de Garonne y a aussi consenti un lourd tribut à des blessures hors club pour la génération actuelle (Aldegheri, Baille, Cros, Dupont ou Marchand). C’est aussi afin de ne pas trop dépeupler un poste ou un secteur d’un club pourvoyeur, que des discussions officieuses existent ou ont existé en amont des listes de sélectionnés. Pour le bien de tous.

Depuis l’avènement du staff Galthié-Ibañez, les échanges entre l’équipe de France et les clubs n’ont jamais été aussi riches pour les trois partis (sélection, club et joueurs). Et si le Stade Toulousain demeure être le plus gros pourvoyeur du XV de France, cela ne l’empêche pas d’avoir encore dernièrement réussi un doublé Championnat-Europe 2021 historique en s'appuyant sur ses meilleurs talents. French paradox.

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