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Parisse : "J'ai la certitude d'avoir encore quelque chose à apporter sur les terrains"

Parisse : "J'ai la certitude d'avoir encore quelque chose à apporter sur les terrains"

Le 30/03/2021 à 09:18Mis à jour Le 30/03/2021 à 09:23

TOP 14 - Revenu après deux mois de blessure au mollet, Sergio Parisse a particulièrement mal vécu le non-match toulonnais sur la pelouse du Lou (54-16). Selon lui, les joueurs ont beaucoup à se faire pardonner, et auront une parfaite occasion de faire amende honorable vendredi sur la pelouse du Leinster, pour leur 8e de finale de Champions Cup.

Le joueur de 37 ans a par ailleurs accepté de revenir sur sa décision de prolonger sa carrière d'un an. Entretien.

Sergio, Toulon a encaissé 54 points sur la pelouse du LOU samedi dernier. Avec un peu de recul : comment expliquez-vous cette débâcle ?

Justement, on sort à l'instant (entretien réalisé lundi en fin de matinée N.D.L.R.) d'une réunion assez intense. Prendre 50 points, même deux jours après le match, c'est difficile à digérer. Donc les joueurs et le staff se sont réunis pour s'expliquer au sujet de cette immense contre-performance. C'est inacceptable. Nous avons affiché un visage indigne de l'histoire du RCT. On a manqué de respect à ce club, à ce maillot et à nos supporters. En tant que joueur, c'est quelque chose qu'on ne peut pas accepter. Il faut une remise en question individuelle, puis collective. Si on veut avancer, il est indispensable que chaque joueur réfléchisse à sa performance. Alors évidemment, il ne faudra pas penser à ce match tous les jours, mais il ne faut pas non plus l'oublier. On doit avancer, tout en se souvenant de cette claque.

Aviez-vous déjà connu une telle déroute dans votre carrière ?

Pas depuis que je suis à Toulon, mais avec le Stade français et la sélection, oui. Mais finalement, au-delà de la défaite, ce qui me dérange le plus, c'est la manière. Il existe des façons de perdre, voire même d'encaisser 40/50 points, mais nous avons choisi la pire. Lyon a fait un bon match, et il faut les féliciter. Mais je suis convaincu que samedi nous avons fait n'importe quoi. Nous avions le droit de perdre ce match, mais pas ainsi. Certains comportements et certaines attitudes sont impardonnables. La faute revient à 100% aux joueurs. On n'a pas mis l'ingrédient principal de notre sport : l'agressivité. On n'a pas combattu et on n'a pas senti cette volonté d'aller à la guerre les uns pour les autres. À partir de là il n'y a pas d'histoire de technique, de tactique, de stratégie, de préparation.

Comment se relever de cela ?

Il faut que nous soyons humbles, en acceptant de se remettre en question, afin d'avancer en équipe, de monter en puissance. En fin de semaine on se rend au Leinster pour disputer un 8e de finale de Champions Cup, et on n'a pas de temps à perdre en pleurant sur notre sort. Il faut désormais relever la tête.

Top 14 - Sergio Parisse (Toulon) face à Castres

Top 14 - Sergio Parisse (Toulon) face à CastresIcon Sport

Justement, pendant que vous encaissiez plus de 50 points à Lyon samedi, le Leinster remportait le Pro14. Les dynamiques de confiance sont diamétralement opposées. Comment appréhendez-vous cette...

(il coupe) Mais c'est une super nouvelle ! Quand tu es joueur, quoi de mieux que d'affronter, si ce n'est la meilleure, au moins l'une des meilleures équipes d'Europe ? On va affronter l'équipe d'Irlande ou presque, chez elle, et malgré l'absence de public, on sait que le niveau va être très élevé. C'est l'occasion de se jauger, dans une compétition différente du Top14, face à une équipe en pleine confiance. C'est le genre de match que chaque joueur rêve de disputer, alors il n'y a rien de mieux pour se remettre la tête à l'endroit. L'enjeu est immense, l'adversaire redoutable, et quand on sort d'un match comme celui de Lyon, c'est le moment parfait pour repartir au combat. On a des choses à se faire pardonner.

Vous dites que vous allez rencontrer "l'équipe d'Irlande ou presque" : quels sont les principaux atouts du Leinster ?

Ils sont solides devant, derrière, en mêlée, en touche, ont de l'expérience mais également des jeunes talents : c'est une équipe sans faille, d'autant qu'ils viennent de remporter le Pro14 et seront en pleine confiance. Donc on ne va pas se concentrer sur leurs faiblesses mais sur notre rugby. On sait que les provinces irlandaises tiennent particulièrement à la Champions Cup, et il faudra proposer un match parfait pour faire un coup là-bas.

La bonne nouvelle pour Toulon concerne le retour des internationaux (Ollivon, Rebbadj, Serin, Rebbadj, Gros et Taofifenua), qui vont apporter leur talent, mais également un vent de fraîcheur après ce résultat du côté de Lyon...

Évidemment, maintenant je sais d'expérience qu'en sortant du Tournoi il y a une fatigue physique et mentale importante. Quand on sait par exemple que Charles (Ollivon) était capitaine du XV de France et a disputé l'intégralité des rencontres, il a dû dépenser beaucoup d'énergie. Mais je pense qu'ils auront envie de rebasculer rapidement sur les objectifs du club, c'est donc parfait de les récupérer à ce moment de la saison. Ils vont apporter de l'envie, de la qualité, puis c'est important que l'équipe soit bientôt au complet, après deux mois et demi très compliqués. Le groupe a fait le dos rond, mais on peut désormais attaquer franchement cette dernière ligne droite de la saison. On a six matchs de championnat et ce 8e de finale de Champions Cup en tête, et il ne faut plus se poser de question.

En début de Champions Cup, il y avait eu une grosse polémique autour de votre match contre les Scarlets (Toulon avait refusé de jouer, à la suite de cas de Covid détectés chez les Gallois). En ce sens, la Champions Cup est-elle toujours une priorité ?

Quand on joue à Toulon, au regard de l'histoire du club en Coupe d'Europe, dire qu'on va lâcher la compétition, ce serait un manque de respect pour les anciens, les supporters et pour nous-mêmes. Ce n'est donc pas parce qu'il y a eu cette polémique en décembre que le groupe souhaite prioriser le championnat. Puis sincèrement, après le match de Lyon, tout le monde a envie de jouer, d'évacuer la frustration et de montrer qu'on peut tenir tête à l'une des meilleures équipes européennes.

Enfin, pour finir sur la Champions Cup : qu'est-ce que cette compétition représente à vos yeux, vous qui ne l'avez encore jamais remportée ?

Depuis le début de ma carrière, je rêve de remporter cette compétition, alors croyez-moi, je ne compte pas galvauder la chance qui se présente à moi, car je sais qu'il ne me reste pas 10 000 occasions (rires). Je pense sincèrement que ce groupe a les moyens d'aller très loin. Il faut simplement qu'il s'enlève la pression du glorieux passé européen du club. Nous avons tous vu le RCT dominer l'Europe au début des années 2010, mais il faut désormais que ce groupe écrive sa propre histoire. Le triplé du RCT est bien derrière nous, il faut qu'on ajoute nos propres lignes. Personnellement, j'espère parvenir à apporter mon énergie, mon envie et mon expérience dans la compétition. Ce sont des matchs particuliers, et le vécu de chacun va compter.

Vous avez annoncé la semaine passée que vous alliez poursuivre votre carrière une saison de plus. Vous aurez 38 ans en septembre, qu'est-ce qui vous a décidé ?

J'ai pris le temps de réfléchir, j'ai pesé les pour et les contre, et c'était une évidence pour moi de prolonger encore le plaisir d'une saison... Et j'ai compris deux choses : j'ai encore envie de jouer, et j'ai la certitude d'avoir encore quelque chose à apporter sur les terrains.

Paradoxalement, alors que vous avez connu des périodes particulièrement fastes depuis le début de saison, vous annoncez cette décision au moment où vous sortez de deux mois de blessure, la première blessure aussi longue depuis votre arrivée au RCT...

Je connais parfaitement mon corps, et je sais que ce n'est pas un contre-temps qui peut remettre en question ma décision. Si je m'étais rompu les ligaments croisés, l'histoire aurait peut-être été différente, mais là, c'était une "simple" déchirure au mollet. Puis comme vous le disiez, à 37 ans, c'était ma première blessure depuis le début de saison.

Challenge Cup - Sergio Parisse (Toulon) triste après la défaite face à Bristol

Challenge Cup - Sergio Parisse (Toulon) triste après la défaite face à BristolIcon Sport

Oui, mais justement, pourquoi avoir pris cette décision au moment où vous étiez éloigné des terrains ?

Attention, ce n'est pas parce que je ne l'ai pas dit plus tôt que je n'avais pas pris ma décision (sourire). C'est toujours plus simple d'annoncer les choses quand on joue et que tout se passe bien, mais je n'ai pas hésité à faire cette déclaration au moment où je revenais de deux mois de blessure, tout simplement parce que j'étais vraiment convaincu. J'avais pris cette décision depuis plusieurs semaines, mais j'ai préféré attendre mon retour de blessure pour l'annoncer.

Vous vous sentez donc prêt à vous lever tous les matins pour partir au combat une année de plus...

Je n'aurais jamais pris cette décision si je doutais ne serait-ce qu'à 1% de ma volonté. J'ai écouté mon corps et ma tête, car il y aurait pu y avoir une forme de fatigue mentale, et je suis convaincu que c'était la décision à prendre. J'ai toujours cette envie de jouer, et mon corps me suit. Maintenant, les paroles et les discours, c'est très bien, mais ce sont les actes qui comptent. À moi de montrer sur le terrain que ce n'est pas la peur d'arrêter qui me fait prolonger l'aventure, mais bien le fait que je peux encore apporter à l'équipe.

Pour conclure, sous quelles couleurs pensez-vous disputer cette dernière saison ? Et envisagez-vous un rôle d'entraîneur/joueur, vous qui avez toujours annoncé votre volonté d'intégrer un staff après votre carrière ?

Aujourd'hui, la seule certitude c'est que je vais jouer un an de plus. Pour le reste, j'ai eu plusieurs propositions : en France, en Europe ou même dans des pays beaucoup plus lointains (rires). Mais ma priorité c'est de terminer ma carrière au RCT. Je suis déjà en discussion très avancée avec le club, mais je ferais une annonce dès lors que tout sera fixé. Pour la suite, c'est vrai que j'aimerais entraîner, mais aujourd'hui mon unique priorité est de savoir où je jouerai en 2021/22.

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