Isabelle Picarel

Rugby à 7 - Tavite Veredamu le Légionnaire

Veredamu le Légionnaire
Par jeremy fadat via Midi Olympique

Le 25/07/2018 à 18:04

Fraîchement nommé dans l'équipe type de la Coupe du monde qui s'est déroulée à San Francisco, voici le portrait d’un homme au caractère à part et d’un parcours unique, notamment à Nîmes où il a sévi pendant des années sur les terrains de fédérale. Arrivé dans l’Héxagone en 2007 pour intégrer la Légion étrangère, le Fidjien d’origine a appris à servir son pays d’adoption.

C’était un soir de semaine comme les autres, en 2010, pour les joueurs du Rugby Club Nîmois, quand Tavite Veredamu est apparu. "Sur la pointe des pieds", selon le pilier devenu ami Tim Daniel. Il a questionné : "Je peux m’entraîner avec vous ?" Daniel poursuit : "On a vu cet animal rentrer dans e vestiaire et on s’est dit : "Mais c’est quoi ?" Un sacré bébé. Il était humble, limite timide." Veredamu avait débarqué dans la région, au 2e régiment étranger d’infanterie, et demandé autour de lui où il pourrait jouer au rugby. Lui, le Fidjien ayant quitté son pays natal en 2007, à 18 ans, pour intégrer la Légion étrangère française. Il avait commencé à tripoter le ballon ovale en 2005 à Nakavu avant d’arrêter de pratiquer durant trois ans à son arrivée sur notre territoire.

" Il était vraiment au-dessus de la moyenne"

"Je suis venu pour rejoindre la Légion mais le rugby me manquait", raconte Veredamu. "Au début, il a joué un peu en équipe B", explique le demi de mêlée Arnaud Solis qui l’a côtoyé durant deux ans à Nîmes. "Il avait la possibilité d’évoluer en première mais c’était son souhait d’être en réserve car il ne voulait pas s’imposer, avoue Tim Daniel. Très vite, il a traversé le terrain une, deux, trois fois dans le match, et il est monté en première." Pour devenir l’arme fatale d’une formation reléguée en Fédérale 2. "Je crois que la Légion l’a beaucoup aidé physiquement, reprend Solis. Il était vraiment au-dessus de la moyenne." Jusqu’à inscrire sept essais en six matchs lors de l’exercice 2017-2018, entre septembre et novembre, ses dernières apparitions avec son club de cœur…

Sevens Paris - Tavite Veredamu (France) contre l'Angleterre

Sevens Paris - Tavite Veredamu (France) contre l'AngleterreIcon Sport

"Durant l’été, il avait effectué un stage avec France 7 à Biarritz, se rappelle le numéro 9. On a senti qu’il allait rapidement partir avec eux et qu’il fallait en profiter. à chaque match avec nous, il était content. Nous aussi (rires)." Veredamu était un pion essentiel. 'Il ne possède pas juste ce côté "foufou" des Fidjiens, détaille Solis. Il est toujours bien placé, au soutien, lit parfaitement le jeu. Dans nos mouvements, il arrivait au bon endroit au bon moment et faisait la différence." L’intéressé n’avait de strict troisième ligne que le numéro dans le dos. Pas question de le brider."Il est la définition du joueur intelligent, confirme Daniel. Il colle au ballon, se retrouve dans tous les bons coups. Chez nous, Tavite était l’électron libre. On avait un schéma précis mais lui avait carte blanche. Dès qu’il touchait la balle, il passait les bras, cassait les plaquages. Nous étions quatorze mecs qui s’adaptaient à lui mais c’était naturel."

" Le dimanche à la télé, c’était notre Tavite"

Mais, si Veredamu s’est tant imposé dans l’effectif gardois, c’est aussi par son état d’esprit, sa générosité. « J’ai l’image en tête d’un match où il a déchiré toute la défense puis fait une passe pour offrir l’essai à un coéquipier au lieu de marquer », sourit Tim Daniel. Aussi par sa fidélité. « S’il avait explosé à 22 ou 23 ans, il aurait certainement fait carrière à XV, pense Arnaud Solis. Des clubs de Pro D2 l’ont appelé pour partir jouer au-dessus. Mais, pour lui, le plus important était la Légion et le passeport français. » Car, sinon, il aurait dû quitter l’armée. Impensable. Mais il a cherché à dégager du temps pour l’offrir à son club alors que son agenda ne le permettait pas vraiment.

Rugby à 7 - Tavite Veredamu (France)

Rugby à 7 - Tavite Veredamu (France)Icon Sport

"Les cinq premières années, il était basé à la Légion et il ramassait physiquement mais essayait de s’arranger pour être là le plus possible. Quand il est passé sous-officier, il a eu son appart et était un peu plus libre même s’il lui arrivait encore de partir en mission d’entraînement pendant deux ou trois semaines. Là, nous n’avions pas de nouvelles." Mais il revenait, égal à lui-même, car il avait fait de Nîmes son attache. "On jouait ensemble en sélection Provence pour la Coupe des fédérations, illustre Daniel. Il était énorme et les mecs d’Aix le draguaient ouvertement. Il répondait : "Nîmes, c’est mon club, ma famille." Nous sommes d’autant plus heureux de ce qui lui arrive. On a perdu un homme adorable au club mais, lors de ses premiers tournois à 7, on mettait la télé le dimanche aux heures des repas avant nos matchs pour le voir. C’était notre Tavite"

" Il avait déjà couru quinze bornes avec des sacs sur le dos"

Pour comprendre Veredamu, la maxime est essentielle : militaire il est, militaire il reste. "C’est un soldat, dans tous les sens du terme, répète Julien Candelon, chargé de mission auprès du 7 à la FFR. Il est arrivé dans le groupe avec une connaissance des règles incroyables. En toute discrétion mais on sentait une grande fierté d’être là. Les jeunes n’affichent pas forcément cette même estime du blason. Pour ma part, je me suis occupé de son obtention du passeport. Il était prêt à tout pour être là, s’est démené." Tim Daniel n’est pas étonné : "Dans la vie, il est légionnaire. Sur le terrain aussi. Quand on lui dit d’aller au combat, il y va. Il est capable de mettre la tête là où d’autres ne mettent pas le pied. Une fois, on jouait à Prades, qui était dernier. On était dans les deux premiers mais on perdait à la mi-temps. Tavite avait été méconnaissable. Le capitaine lui avait mis un soufflon dans le vestiaire et j’en ai fait de même derrière. Cela a été un électrochoc. Il est revenu transcendé, a pris trois ballons, traversé trois fois et mis trois essais. Il a été monstrueux et a gagné le match en quarante minutes."

Tavite Veredamu inscrit l'essai de la gagne face à l'Australie (22-17) - Coupe du monde de Sevens 2018, huitième de finale

Tavite Veredamu inscrit l'essai de la gagne face à l'Australie (22-17) - Coupe du monde de Sevens 2018, huitième de finaleGetty Images

Le sens du sacrifice. Sans jamais la moindre lamentation. "C’est bête mais il est toujours ponctuel, respectueux des personnes et du cadre, admire Arnaud Solis. La Légion et le rugby l’ont sorti de la misère. Parfois, on râlait car un entraînement était trop dur. Lui, le matin, avait déjà couru quinze bornes avec des sacs de je ne sais combien de kilos sur le dos. Il ne se plaint jamais. à Nîmes, on a tiré sur la corde, il a joué un peu blessé, en arrivant à 11 heures le dimanche. Mais il était irréprochable, d’humeur égale, disait oui à tout. En revenant du 7, certains auraient pu se gérer. Lui pas du tout. C’est sa culture militaire". Le Montpélliérain Mohamed Haouas, qui a partagé la Coupe du monde militaire 2015 avec lui, avoue : "Parfois, on ne croirait pas qu’il est légionnaire, tellement il sait prendre du recul. Il a tout le temps le sourire, rigole, danse. Pourtant, il a fait toutes les missions, a vu des gens morts, des choses terribles."

" Le défi d’un champ de bataille"

Toujours volontaire, Veredamu a été en service actif en Syrie, posté à Abu Dabhi, est même parti pendant trois mois au Mali, alors plongé en pleine guerre. "Les légionnaires sont ceux qui y ont été envoyés en premiers, je crois que ça veut tout dire, évoque Solis. Mais lui n’en parle pas trop. Il est très réservé sur ce sujet." Et ses potes n’en rajoutent pas. "Il est pudique là-dessus, ajoute Daniel. Comme tout bon militaire, il ne dit rien ou presque. On sait qu’il a dû voir ou faire des choses qui lui appartiennent mais on ne lui pose pas de questions." Même si ce qu’il a vécu sur place nourrit son personnage et la grandeur qui s’en dégage.

Tavite Veredamu a été décisif, lors de la victoire de la France face à l'Australie (22-17), en huitième de finale de la Coupe du monde de rugby à 7 2018

Tavite Veredamu a été décisif, lors de la victoire de la France face à l'Australie (22-17), en huitième de finale de la Coupe du monde de rugby à 7 2018Getty Images

"Il est précieux par son talent, en partie dû à ses origines, note Candelon. Il possède un ratio puissance-technique-vitesse unique, un profil que nous n’avions pas. Mais l’aspect phénomène chez lui est davantage lié à son parcours. Peu de gens peuvent dire qu’ils ont combattu pour la France. Lui a été sur le front, face à l’ennemi, le vrai. Cela lui confère une force incroyable." Qu’il transmet autour de lui. "Il est plutôt introverti mais s’ouvre quand il se sent bien, constate Jonathan Laugel, membre de France7. Son histoire n’est pas neutre, nous ne connaîtrons jamais la même, et il peut nous apprendre beaucoup. Lui connaît le défi que représente un champ de bataille. On a hâte de le découvrir encore."

Rugby à 7 - Tavite Veredamu (France)

Rugby à 7 - Tavite Veredamu (France)Icon Sport

Veredamu le clame : "C’est un honneur de servir la France." Et Tim Daniel de conclure : "Comme tout îlien, il aime la fête même s’il n’est jamais violent. Il est drôle mais, après deux ou trois verres, il dit toujours : "La France, c’est mon pays, ma nation, mon drapeau." Quand il est revenu de la Coupe du monde militaire, il était si heureux d’avoir porté nos couleurs. Il m’a offert un tee-shirt en guise de cadeau. étant pilier droit, je ne rentre pas dedans mais je l’ai gardé précieusement car je sais l’importance pour lui."

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